jeudi 14 décembre 2017

P.n°20, procès de Bruce suite à P.n°19, publication suspendue

Silence !
Présent-e-s: écrivaine, Bruce, Elie, Jules, Ömür, Alice, lea lecteurice

Récapitulons : Le 11 décembre 2017, Bruce, avec ta caméra à la main, tu as décidé de jouer le paparazzi. Tu as enregistré d'une manière clandestine la conversation qui se déroulait entre Elie et Jules. Puis, tu l'as retranscrit et publié dans ce même blog. Le 12 décembre 2017, soit le lendemain, l'écrivaine a été sollicitée par ces dernier-e-s pour la suppression du ledit article puisqu'iels n'avaient pas consenti à rendre public leur discussion personnelle. D'ailleurs, tu ne les as même pas demandé de permission, ni pour l'enregistrer, ni pour le distribuer dans l'espace publique. Ce qui vient d'être dit, est-ce conforme aux vécus ? 
Bruce : Oui. 
Elie : Nous confirmons. 

Qu'est-ce que tu as à dire sur ce sujet, Bruce ? 
Bruce : Je suis désolé pour ce que j'ai fait, je n'avais pas de mauvaise intention. Comme j'avais emprunté l'appareil photo à M, l'ami d'écrivaine récemment, j'avais envie de me donner un challenge (de ne pas me faire remarquer lorsque je vous suivais). Vous savez que je m'ennuie un peu à la maison. Il n'y a pas grand-chose à faire dans le jardin avec l'arrivée de l'hiver, et Sylvia est trop occupée ces jours-ci. Je vous avoue qu'au départ, je n'avais pas l'intention de  retranscrire la discussion, ni de la diffuser. Mais ce dont vous parliez était tellement intéressant que je pensais rendre service aux lecteurices en le rendant public. En plus, la retranscription a pris une valeur littéraire, faisant preuve d'un réalisme contemporain ! Cependant, j'accepte que c'était un acte paternaliste, je devrais demander la permission à Elie et Jules... Je vous prie de m'excuser mes ami-e-s. 

Quelle est votre réponse Elie et Jules ? 
(-tu veux commencer ? -vas-y)
Jules : A titre personnelle, ça ne me dérange pas tant que ça que notre discussion soit rendue publique mais non pas sans réticences. D'un coté, je suis d'accord avec Bruce pour dire que c'était presque une oeuvre d'art, si je fais l'abstraction du fait qu'il s'agit de notre discussion, à moi et Elie. Il a effectivement réussi à capturer presque toute la conversation avec une exception de courte durée mais ça ne fait rien. En la (re)lisant, je me rends compte de sa qualité littéraire mais pas que. Comme c'était une discussion quotidienne, et non une sorte de scénario préparé en avance ; et puisque nous discutions sur les relations humaines, je dirais que le dialogue comporte aussi une dimension documentaire. Sur ce point-là, je félicite Bruce. Si nous savions qu'il était en train de nous enregistrer, je crois que nous ne parlions pas de la même manière, et le dialogue retranscrit serait moins... réel. Cependant, faire abstraction du fait que c'était notre conversation, n'est pas si facile que ça. Nous parlions quand-même aussi sur des problématiques plutôt intimes, qui renvoie à nos biographies respectives, et les moments que nous avons partagé à deux. Il aurait pu du moins nous donner des pseudonymes et tailler certaines parties qui affichent nos personnalités comme la partie sur la poésie. Du coup, je ne suis pas contre sa publication dans l'ensemble, mais il faut le retravailler. Par contre, Elie n'est pas tout à fait d'accord avec ça.

Elie : Bah non, parce qu'avant même que nous parlions de la diffusion, d'un point de vue éthique, il est malhonnête d'enregistrer clandestinement les discussions des gens comme ça. Ce qui donne à une conversation quotidienne sa valeur de vérité, c'est justement le fait que les interlocuteurices sont convaincu-e-s que c'est une activité personnelle (même si on est à plusieurs). Comment tu veux qu'on discute d'une manière sincère si on a la crainte perpétuelle d'être écouté-e par les autres ? Il ne faut pas y voir ni de conservatisme, ni de moralisme mais simplement les conditions d'une interaction saine entre les personnes engagées dans la discussion (même si je suis prête à discuter sur les critères de santé d'une interaction, on en parlera peut-être une autre fois). Puis, admettons que le dialogue a une valeur artistique, pensez-vous sincèrement qu'il fait preuve d'un " réalisme contemporain" uniquement parce que ce qui y a été dit est une copie exacte d'une situation réelle particulière ? Franchement, si vous voulez capturer la réalité, il faut plutôt aller sous un quelconque pont tard le soir pour montrer le contraste que présente la coprésence des gens qui passent la nuit dormir sur des cartons (regardes maman, c'est bien ce carton pour dormir ce soir, on peut le prendre avec nous, non ? ), et les gens qui sortent de la boite de nuit qui n'ont rien à foutre de ce paysage devenu habituel. Je n'essaye bien évidemment pas d'imposer une sorte de censure à La République mais je préfère, personnellement, ne pas être un objet d'art contemporain qui, par choix, ne donne aucun élément de lecture de ces réalités-là. 

Écrivaine : J'ai l'impressions que cette discussion déborde un peu des cadres de son intention mais rien ne nous empêche d'en sortir. Elie, est-ce que je peux aussi prendre tes critiques et les élargir sur notre façon d'organiser ce blog, étant donné que ce que nous publions ici ne traite pas toujours des questions sociales ou politiques ? 

Elie : J'avoue que je n'ai pas d'avis tranchée sur notre propre écriture, sachant que j'en fais partie moi-même (et ce n'est pas facile de prendre suffisamment de distance de soi-même, pour se critiquer). Il me semble que ce qui joue dans ma remarque concernant le dialogue, c'est que ce n'est pas une collaboration, nous n'avions pas eu de discussion concernant sa réalisation. Tes poèmes par exemple, parfois tu les écris avec une sorte d'élan de folie, je vois très bien que dans des moments comme ça, tu ne peux pas t’empêcher de les écrire. Ou certains s'adressent directement à la personne qui existe là dehors donc tu ne prends pas le temps de nous consulter, étant donné que c'est une histoire qui veut se rendre effectivement-réelle. Puis, cela n'entre pas en contradiction avec le principe d'indépendance sur lequel nous étions toutes et tous d'accord au départ, donc il n'y a pas de problème sur ce point. Cependant, parfois j'ai l'impression que tu agis trop spontanément, ce qui me dérange parce qu'en faisant cela, tu ne fais pas assez d'attention à la manière dont ton écriture me (nous) contraint pour l'écriture du prochain article. Je pense que c'est injuste de dire des choses seulement parce que tu as une envie inévitable de les dire (je ne parle pourtant pas de leur recevabilité externe). Mais en ce qui concerne le problème du dialogue, comme je l'ai dit, je pense qu'il se trouve ailleurs. Ce qui a été rendu public, ce n'est ni le résultat de l'intention des individus qui l'ont produit (moi et Jules), ni un contenu qui vise de se rendre effectivement-réel (Bruce ne l'a pas fait pour se réaliser). Nous savons très bien que la volonté de visibiliser un contenu sans avoir mis en commun avec les actants impliqués une sérieuse discussion portant sur les éventuelles conséquences de cet acte (cf. Vallée de la Roya militarisée), peut être assez nuisible à la cause, malgré la bonne intention qui le motive. 

Écrivaine : J'entends ton opposition à la publication de votre dialogue. Si personne n'a d'objection, je vous propose de supprimer ledit article définitivement. Mais avant de vous donner la parole, je voulais dire un mot sur ta contestation sur l'organisation de ce blog. Je regrette que tu n'as pas mis en commun le différend qui te préoccupait par rapport au principe d'indépendance dont j'ai visiblement abusé mais je ne me sens pas prête à abandonner mon privilège de posséder le corps anatomico-social de cet ensemble. Je veux dire par là, qu'il faut que vous compreniez aussi que je suis animée par des motifs parfois irrationnels comme nous toutes et tous à la différence que ces motifs sont à la fois la cause et l'effet de la manifestation de nos actions, décisions et paroles effectivement réelles chez autrui, dans le monde réel. Si parfois j'utilise ce blog comme un espace de sublimation, c'est dans un but presque thérapeutique. Mais je vais essayer de faire attention désormais à la recevabilité interne de mes dires. Toutefois, je vous prie de ne pas garder le silence, si vous avez un moindre doute sur notre organisation. C'est pour ça que nous communiquons, n'est-pas ? 

Elie : merci d'être à l'écoute écrivaine, et tu as raison, j'aurais dû en parler bien avant mais comme je n'avais pas d'idée tranchée, je n'avais pas non plus une proposition à vous soumettre. Concernant le dialogue, après cette discussion, je crois que j'ai besoin un peu plus de temps pour réfléchir sur son éventuelle publication, car même si je ne suis pas d'accord, j'entends les arguments de Bruce et de Jules. Je vous propose donc de mettre la décision de (re)publication en suspension, on peut le garder comme brouillon jusqu'à une prochaine réunion ? 

(Accord unanime) 

Alice : moi, en fait, moi aussi je voulais dire quelque chose. Vous parlez toujours des choses très sérieuses et je ne comprends pas. Pourquoi on écrit pas aussi des histoires des animaux, des fées, des sorcières, chais pas moi, des histoires pour les enfants comme moi ? Puis, why I never get to write anything ? It's not fair. 

Écrivaine : tu as raison Alice. We grown-ups forget easily how wonderful your world is. Qu'est-ce que tu en penses par exemple, si tu nous proposais une petite histoire, quand tu penses que tu es prête à le faire ?  

(Hoche la tête)

Écrivaine : Ömür, tu n'as pas du tout parlé ? J'avais pensé que tu voulais participer activement à la discussion de ce soir étant donné que tu avais inscrit ton prénom parmi les présent-e-s ? Tu as envie de prendre la parole ? 

Ömür : c'est vrai que j'avais envie de parler d'un projet (mondain) que j'ai en tête depuis quelques jours. Comme la discussion s'inscrit à peu près sur la même lignée, j'y avais inscrit mon nom mais après ce que j'ai entendu, je préfère le discuter d'abord avec les personnes effectivement impliquées dans le projet tel que je commence à le concevoir. Je prendrai la parole une prochaine fois. 

Écrivaine : Très bien.
La décision unanimement acceptée est de mettre en suspension la publication du dialogue. Merci à toutes et à tous d'être présent-e-s. Je vous souhaite une belle soirée.  

lundi 11 décembre 2017

P.n°19 - l'enregistrement clandestin: Bruce le paparazzi.

Elie : Salut,
j'ai beaucoup réfléchi depuis le procès et j'ai décidé de lever mon veto concernant la publication de cet article. Je crois que les arguments prononcés au procès étaient nécessaires pour l'explicitation de mes craintes et suffisantes pour les dépasser. Je remercie tout le monde de m'avoir permis de prendre le moment de m'assurer et d'être rassurée. Voici donc, un petit bout de notre quotidien avec Jules. 
Nous vous embrassons. 

-C'était une bonne idée de sortir nous promener. Je me sens un peu écrasée par les poids des impératifs, tous toujours hypothétiques. -Elie, tu sais que tu parles dans ton sommeil? -ah bon? Je parle de quoi? -de moi, bien sûr! -pourtant je n'ai pas de souvenir de faire des cauchemars. - c'est normal, t'ouvres tes yeux à moi, ma chérie. -t'es gonflé quand même. -c'est les pois chiches d'hier. C'est vrai que ça fait du bien de marcher un peu. -s'il ne faisait pas si moche... Tu sais que j’appréciais l'automne plus que toute autre saison quand j'étais plus jeune? -pourquoi ça a changé? -j'ai découvert mes fragilités. -sacrée déception... mais tu t'en sors bien cette année. Tu devenais vraiment insupportable quand il fait moche, ça l'air d'être changé. -Ouais. Il s'est avéré que je n'ai jamais été une guerrière. Merci d'être resté auprès de moi Jules. -qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre? Tu ne me laisses pas de choix. -tu parles comme si je t'avais mis des chaines. -si parfois. -je suis sérieuse. -moi aussi je suis sérieux. Puis, j'aime bien nos infidélités collabos. -c'est vrai qu'il est plutôt rare de pouvoir établir cette confiance. - Tu te souviens de notre premier rendez-vous? - Naturellement, mais je t'avais aperçu bien avant. -Je le sais, tu étais trop fière pour admettre tes sentiments.- c'est une question d'herméneutique. - qu'est-ce que tu veux dire? -  je croyais que tu étais trop beau pour être sincère. - genre, Don Giovanni ? - si tu veux... du coup j'ignorais volontairement ta beauté. Puis, ce n'est pas ce qui m’intéresse le plus, tu le sais. - oui, enfin, je crois savoir. On est jamais certain avec toi. Tu as toujours ce coté un peu mystique. C'était lequel de tes amants qui t'avait dit que tu étais comme une femme derrière les rideaux, qui se croirait transparente quand bien même que seul son ombre se manifesterait à autrui? - Oui, mais c'est un grand romantique. Quel bel été c'était! Mais oui, je vois ce que tu veux dire. Mais tu sais que je t'en voulais longtemps de ne pas avoir le courage de venir me parler. - Bah, toi non plus tu ne l'as pas fait! - C'était toi le Don Juan. - Sois raisonnable. TU me voyais comme un Don Juan. Puis, tu n'es pas la grand-mère du coin non plus. - Arrêtes. T'es pas obligé de rendre le compliment. Je sais que je ne suis pas l'Aphrodite. C'était un peu ça aussi ce qui m'empêchais de venir te parler directement, je crois. - C'est-à-dire? - C'est-à-dire que je voulais que tu me considères d'abord comme un intellect et non comme un corps qui a aussi un intellect. Tu sais que c'est dur de vivre en féministe. Tu te poses beaucoup de questions, parfois inutiles. - Ce n'est pas aisé de comprendre ça en tant qu'homme mais rétrospectivement, même ces moments d'absence étaient précieux, tu trouves pas? Personnellement, je ne pense pas que nous avons perdu du temps.- Tu as raison, il y a toute une vie devant nous. - Ça t'arrive parfois de te demander ce que nous deviendrons si jamais nous nous perdons de vue? - Evidemment, mais je n'en fais pas un souci. L'être humain s'habitue à tout. Je pense que je serais toujours reconnaissante pour les moments que nous avions pu partagés, tant bien que mal. Qu'est-ce que tu en penses?

(parasites)

-oui, mais c'est toi qui m'a montré, indirectement, que je t'attribuais des qualités que tu n'avais pas forcement. Ce qui était étrange, c'était de témoigner à la fois la démolition de mon toi et la subsistance de ma volonté de connaitre le tien. Je crois qu'elle a même été intensifiée. - Je pense que tu étais dans un moment de ta vie où tu voulais stabiliser tes expériences amourettes? - Il y a certainement de ça, mais après, comment dissocier ta personne de mes propres conditions? Je te suivais quand même avec une curiosité intellectuelle aussi. J'avoue que je n'étais pas toujours très satisfaite d'ailleurs. - Tu ne l'es toujours pas. - Toi non plus. - Tu penses que c'est le moment où on a décidé d'affronter ensemble nos imperfections et nos discordances respectives que nous avons commencé véritablement d'aimer l'un-e et l'autre? - Je suis trop romantique pour admettre cette interprétation. Je pense que je t'aimais même quand tu n'étais qu'un Don Juan. Sinon, pourquoi me ferais-je la peine de me questionner sur ce que je ressentais pour toi? - ah les femmes! - vas! tu sais mieux que ça! - d'accord, ne t'énerves pas! Je voulais dire ah les romantiques! - Tu savais que j'avais écrit le souvenir en slow-motion pour toi, entre-autres? - je l'espérais. - Je m'en souviens combien je voulais que tu t'excuses auprès de moi, et non à voix si haute, de ne pas y être arrivé plus tôt. - C'est toi qui est gonflée. Pourquoi tu l'as pris sur toi? Je n'ai pas le droit d'être dégoûté parce que j'ai raté autre chose? - Oui, tu as raison. C'est mon érotomanie peut-être. Mine de rien, j'avais le cœur qui a sauté un coup quand tu es entré dans la pièce avec tes pantalons noirs et chaussures marronnes. -Comment tu t'en souviens de ça? Je vais commencer à m'inquiéter pour ton bien être. Tu ne sois pas un stalker? - Mais non, idiot, c'est parce que je l'avais mentionné dans mon carnet quand j'écrivais mes impressions du jour. J'y avais mis aussi que tu avais un cul bien trop petit pour mon gout. - Tu m'aimais sans vraiment m'aimer dans mon intégralité alors, y compris corporellement? Ça ne fait pas de sens. - Bien sur que si, c'est ta définition d'amour qui ne correspond pas la mienne, peut-être? J'aime tout le monde, puis ça se transforme à autre chose avec les partages, le temps. - Qu'est-ce que je suis devenu pour toi après tant de temps? - Un amour durable! - Au moins mon image en toi correspond à tes convictions politiques. - Tu sais bien que je ne fonctionne pas par des impératifs catégoriques. C'est toi, singulier et insaisissable qui occupe mon cœur. - j'ai envie de t’embrasser. - pourquoi tu ne le fais pas?  - ...

mardi 5 décembre 2017

Le Cycle 10

Is it even possible to accept that all is well? -how are you? and you know that it's a sincere question which seeks a sincere answer. You know that the person cares about the answer and all that which makes you impossible to give one single answer and is ready to hear the sticky impossible yet words dont come out because, well, there is nothing to say.
I am.

Est-ce even possible d'admettre que tout va bien? Comment vas-tu? Tu sais que c'est une question sincère qui cherche une réponse sincère. Tu sais que la personne se souci de la réponse autant que tout ce qui te rend impuissant-e d'y donner une réponse yet elle est prête à entendre la réponse mollement impossible. Tout de même, les mots ne sortent point puisqu'il n'y a rien à dire. 
Je vais. 

En turc, nasilsin? c'est tout autre chose. Ce n'est pas un verbe qui te designe. Tu n'y es qu'un suffixe. nasil (comment, de quelle manière) + sin
nasil+im - nasil+sin - nasil - nasil+iz - nasil+sin+iz - nasil+lar

Tu es d'une manière mais comment? Ça n'est toujours pas une question ontologique. Ni qui es-tu? (kimsin?) ni qu'es-tu? (nesin?) mais comment tu es? Sauf que la question n'implique pas de dissociation entre le sujet et son état d'être (je suis bien). Iyi+y+im. Je suis bien mais autrement. Je suis le bien tout entier. Je me confonds avec le bien mais LE bien n'existe pas, ce n'est que (...) bien. iyi n'est pas un nom, mais toujours adjectif ou adverbe. Or iyiyim n'est pas un je qui est bien, ni un bien qui devient moi mais un bien qui est moi. nasilsin? fatiguée. yorgun+um, c'est le fatigue en tant qu'adjectif qui est moi.
LE bien, à la limite, c'est iyi olmak, to be good, être bien.
C'est, à la limite, iyi etmek, to make good, rendre bien.
Aller bien, je vais nulle part en turc. Ce sont les choses qui vont bien. Comment va ton projet? Iyi gidiyor, il va bien. Mon projet n'a pas besoin d'un pronom, il est caché dans la conjugaison du verbe. Git+i+yor. (t se transforme en d quand il est suivi d'un voyelle)
Kardelen ne va pas nulle part. Kardelen iyi. Kardelen bien. Autrui n'approprie pas le bien. Autrui est bien. O iyi.
Doing good, je ne me fais pas bien en turc. Je peux me faire bien mais alors c'est autre chose. Iyilesiyorum. Je me rend progressivement bien. Mais ce n'est pas moi qui me rend bien. C'est mon état de bien être qui se rend progressivement mieux et j'en bénéficie en tant que son suffixe. +um.

Non plus, je ne peux pas exister bien en turc. Exister s'attache toujours à l'être. Var olmak, existe être, be existant. je ne peux pas exister-être-bien. Iyi var olmak.
Puis, ol+mak c'est to be. -mak, c'est le suffixe qui implique l'être. Ol- ne s'emploi que si c'est un impératif à la troisième personne. Iyi ol. Soit bien. Or exister n'a pas de suffixe pour se nominaliser. Var+mak . si varmak, alors arriver, se rendre quelque part, mais non pas exister. Si exister, alors var olmak, c'est-à-dire existe être. Le suffixe (-er, exist-er) ne rend pas verbe mais nom. Var, existe, o var, iel existe.

parenthèse miroir
Vous les francophones, vous êtes tellement aveuglé-e-s par le sexe de l'autre (posez vous, quel-le est l'autre?), vous les anglophones, vous êtes tellement aveuglé-e-s par la nominalisation (posez vous, which to be?), vous les turcophones, vous êtes tellement aveuglé-e-s par l'impératif (posez-vous, ah! posez des questions peu importe lesquelles), nous sommes tellement aveuglé-e-s par le verbe (que la lumière soit, let there be light, yaradan rabbin adiyla oku) qu'il nous est difficile de penser l'être sans qu'il ne se différencie ou ne s'identifie, sans qu'être soit à quelqu'un, de quelqu'un, pour quelqu'un, sans qu'être n'accomplit, s'accomplit ou soit accomplit par quelqu'un, sans qu'être ne dure ou ne dure pas.

l'être se donne, déresponsabilisons-nous de l'être.
Soit dieu, soit pas moi. Soit fétichisme, soit objectification anéantissante ou infantilisation. Soit verbe, soit action.

je tourne autour de quelque chose mais je ne sais pas quel mot.
tourner autour implique toujours l'existence de la chose autour de laquelle on tourne? 
tourner autour implique toujours l'existence de quelqu'un qui tourne ?
tourner autour implique toujours une activité?
tourner autour implique toujours une manière?
tourner autour implique toujours un lieu?
tourner autour, implique toujours une durée?


C'est Rousseau qui me l'a indiqué tout à l'heure.
à cogiter, sans moi mais à partir de moi quand même.

mardi 14 novembre 2017

P.n°18

- Sylvia tu es là? - (...) - J'ai besoin de  te parler - Ben, bravo. - pourquoi bravo? - tu arrives finalement à demander de l'aide? - Tu es méprisante - Je suis attentive - à ce que j'ai a dire? - j'ai d'autre choix? - tu voudrais en avoir? - sans déconner. - je ne me sens pas très bien - va voir un psy. - tu es chiante. 

- hé, écrivaine - quoi ? - tu as toujours envie de parler? J'ai ramené du vin. - ah, je t'aime. - tu aimes tout le monde    - je t'aime hic et nunc - ça doit me flatter? - non, je m'exprime - t'aurais pas une cigarette? - tiens. 

- alors? - quoi? - tu veux parler de quoi? - j'en sais rien - tu es vraiment bizarre hein - je me sens intimidée - pourquoi donc? - je me suis retrouvée - seule? - il me semble - comment tu t'en es rendue compte ? - c'est le monstre - tu l'as vu? - je le sens - le moment est arrivé alors? - c'est moi qui suis dénudée  - c'est possible ça? - visiblement - si tu l'as cherché...  - c'est ça ce qui est étonnant - tu l'as cherché sans savoir? - je l'ai crée - tu te prends pour qui toi?  - pour lui justement - espèce de lunatique - espèce de xénophobe. 

- qu'est-ce qui va se passer maintenant? - qu'est-ce que j'en sais? - tu as bien un plan? - rien du tout - tu es foutue? - ça ne m'intéresse pas - tu es malade ou quoi? - si tu le dis - arrêtes avec tes conneries - arrêtes avec tes questions - (...) - je n'ai pas de réponses - c'est un bon début - j'ai des questions - le monstre a des réponses? - je l'évite - on dirait une gamine de sept ans - j'ai mes raisons - il est au courant? - il est indifférent - comment tu sais que tu te suis ? - j'étais seule - tu en es sûre? - oui

- hé écrivaine, j'ai cueilli des roses oranges pour toi - mon cher Bruce - ça te dit un promenade? - je dépose les roses - nous sommes allé-e-s au cadran regarder le ciel hier matin - ils se sont retrouvé-e-s, Venus et Jupiter? - je regardais Sylvia - tu n'es vraiment pas réel - si, pour elle. - tu as retrouvé la cinéaste? - tu as retrouvé le monstre? - c'est une affaire métaphysique - le temps ne passe pas - même pas au cadran? - surtout pas là-bas

-hé écrivaine - tu es qui toi? - je suis toi - lea quel-le? - l'oiseau - bénou? - tu me nommes - tu as des nouvelles d'Héliopolis? -  Atoum s'est masturbé - Noun l'a libéré ? - oui, mais il est complètement absent - il flotte? - je t'ai ramené une lettre d'indemnisation - wtf? - on t'accuse d'avoir capturé Atoum. - on est novembre - il a laissé une note sur son trône - comme quoi? - qu'il allait dévorer le ciel - il est ambitieux - Tefnout le couvre - et moi? - puisqu'on voit plus la lune, on en a déduit qu'il s'est enfui avec toi - c'est tordu votre histoire, c'est Tefnout qui me cache - et Atoum? - demande à Noun - il est indifférent - c'est bien ça mon problème aussi

-hé écrivaine - oui - on se confond parfois hein - au commencement était le chaos - l'amour tu veux dire? - on se comprend. 

mardi 7 novembre 2017

Un jour comme un autre, pour moi. Iels continuent à avoir froid sous le pont de Vintimille, l'hiver s'approche. Quelques bénévoles, qui essayent d'y passer au moins une fois par jour, distribuent de la nourriture et des vêtements qui ne suffisent jamais, sous peine d'être arrêté-e-s par la police. 

Les refugiéEs ont à s'abriter à la fois du froid, de la police et des hommes qui les regardent comme des corps qui s'offrent. Souvent, avant d'arriver sur le territoire européen, elles paient leur passage de la méditerrané par leurs corps et arrivent l'autre côté de la mer ayant deux cœurs qui battent. Les hommes s'approchent d'elles et offrent un contrat provisoire : s'iels sont en couple avec enfant, tous les deux auront plus de chances de recevoir des aides d'Etat. 

Depuis que l'Eglise San-Antonio a fermé ses portes, il n'y a que le camp de la Croix Rouge à Vintimille avec une capacité d'accueil de 400 personnes. 1) L'espace dédié à l’hébergement des hommes entoure celui des femmes, au milieu de tout. Les chiottes sont dehors, il ne faut pas pisser la nuit. Celles qui entendent plus que cette dernière phrase, préfèrent dormir sous le pont où on se lavent et lavent ses affaires dans la rivière. Les maladies circulent. 2) L'entrée au camp exige qu'on donne ses empreintes digitales en Italie, et qu'on y fasse sa demande d'asile. Si on a prévu d'aller dans un autre pays pour une quelconque raison, mieux qu'on dort sous le pont, même s'il n'y aura pas des chiottes du tout. 

Le réseau de prostitution ne s'arrête pas aux frontières de l'espace Schengen. Les réfugiés ont besoin de trouver des moyens souterrains pour subvenir à leurs propres besoins aussi, quoi de mieux que les corps-objets des femmes pas-encore-enceintes ? En fin de comptes, la marchandisation des corps des femmes n'est pas une invention de la "crise migratoire". Les femmes y consentent, elles ont besoin d'un protecteur contre la menace d'être renvoyée à leur pays d'où elles ont fui, peur de Mourir ou de passer toute une vie avec un homme trente-sept ans plus âgé que soi. On préfère la survie aux quelques rapports sexuels. "J'y pense pas et ça passe". On préfère le viol à une vie entière de soumission. Quoi de neuf ? 

Ici, un jour comme un autre, pour moi.
- joyeux anniversaire
- merci. 

jeudi 2 novembre 2017

de Beauvoir, Deuxième Sexe

L'angoisse de la page blanche. Pourtant j'ai un envie époustouflant pour employer des mots que j'apprends, chaque jour de nouveau. Je ne suis pas certaine si je suis enthousiaste pour vivre le jour où je saurais capable d'écrire sans réfléchir sur la validité du rapport de correspondance entre mes mots et ce que je veux vous transmettre à travers eux. Mine de rien, c'est un plaisir de se découvrir en train d'effectuer une sorte de double-pensée : le développement sémantique de ma réflexion s'accompagne d'une évaluation qui porte sur le choix des mots. Je suis quand même contente de l'état de mon grammaire. Je me fais comprendre, non? 

Je suis en train de lire le deuxième tome du Deuxième Sexe. Je me sens prête à endosser l'existence, tellement elle est convaincante. Convaincante parce que j'arrive à me reconnaître, peut-être pas pleinement mais profondément, dans la description qu'elle fait de l'expérience des femmes, qui restent bien sûr, des êtres essentiellement sexuées. Mais sa portée doit être cherchée ailleurs : le courage qu'elle incarne pour avoir produit un grand pavé féministe, quelques années après la publication de l'Etre et le Néant de Sartre. Elle, n'a pas cédé à ce qu'elle décrit et dénonce dans son livre. Elle a réussi à surmonter son propre sentiment d'infériorité, à dépasser ses propres craintes, à envisager et esquiver le risque de ne pas être reconnu et rester "seconde", là où lui est attribuée depuis des millénaires. Elle s'est fait reconnaître dans sa singularité, à travers sa plume et sa persévérance. Elle a anticipé sa futur. 

Il est difficile de ne pas se sentir reconnaissante à son égard, ne serait ce que pour avoir se proposée comme exemple. Qu'elle "soit" de la petite bourgeoisie, peu doit nous importer. La manière dont elle a participé à son utopie est, en toute naïveté, merveilleuse. Combien rares sont les philosophes qui existent conformément à leurs convictions philosophiques et politiques, plus rare encore celleux chez qui les deux domaines se correspondent. Ajoutez à cela un obstacle supplémentaire qui englobe et intègre toute autre dimension : être femme. Les êtres humaines qui existent avant tout par leurs images aux yeux d'autrui, non seulement celles de leurs corps, tel un objet physique ou esthétique;  ni celles qui traduisent la place qu'elles occupent dans l'hiérarchie sociale, mais aussi celles qui représentent l'espace qu'elles occupent dans le discours et qui, de ce fait, hébergent l'étendue de la connaissance sensible qui les vise. Elles s'interdisent, dans le rencontre quotidienne, de se présenter authentiquement ici et maintenant, puisqu'on les rappelle continuellement l'importance d'être femme à tout moment.

Pourquoi vous pensez qu'il n'y a pas de lutte "masculiniste" véritable? Parce que nous n'en avons pas besoin? Parce que chacun-e d'entre nous (sauf l'attitude féministe, sur le coup, mais combien je déteste ce mot qui ne correspond pas du tout à sa signifié) pense que ces expériences personnelles de vie sont indépendantes de leur organe reproductive. Mais même là, l'évident se perd, parce que le pénis est phallus c'est-à-dire le pouvoir, alors que le vagin est utérus c'est-à-dire l'organe reproductive. (cherchez les œuvres d'Amandine Brûlée, la niçoise) (Savez-vous que la partie sensible de la vulve s'appelle clitoris et non un point-g aux fonds perdus d'un puits qui s'offre au coït?) Il est encore plus étonnant de constater la primauté du sens axiologique de cette fonction biologique qui pousse la xénophobie jusqu'en faire une pathologie, comme c'est le cas pour les personnes "transidentifiées". Quand de Beauvoir parle de l’asymétrie, elle rappelle cette absence d'information concernant l'être humain, même si, chez elle, cet être ne se manifeste que dans sa corporéité sexuée. Nous pourrions appeler cet état d'absence, ou de non-être, l'imagification négative. L'imagification est un concept crée par Bertrand Cochard qui s'origine chez les situationnistes et notamment chez Guy Debord, le premier compagnon de Michèle Bernstein. Alors qu'elle signifie la représentation du dynamisme de la vie rendue statique en moyennant la promotion des désirs prêts-à-porter, l'imagification négative sera : le fait que l'auteur puisse utiliser, lorsqu'il s'apprête à s'adresser à un public non forcement philosophe, pour décrire un comportement dévalorisé, l'image d'une "caissière" sans hésitation. (https://www.youtube.com/watch?v=96loSvYH-sE). Mieux encore, le fait que personne ne s'élève, autour de lui, contre cette, si on ose dire, ré-imagification événementielle qu'il effectue sur l'image de la femme en tant qu'objet de persuasion (mais un objet quand même) au lieu de chercher à décrire, par exemple, une scène où il ne serait pas obligé de faire allusion au genre. Le problème s’intensifie d'autant plus que ses arguments ne s'inscrivent pas dans le domaine des études féministes.  

Toutefois il nous aide à penser quelque chose de très importante pour la lutte féministe que je vais essayer de développer dans  "l'anarcho-identité : ni être ni avoir, féminisme métaphysique". Mais pas toute de suite, parce qu'il existe, dans les institutions éducatives Etatiques, un dispositif qu'on peut nommer : réservation existentielle, où on impose aux étudiant-e-s l'obligation d'attendre jusqu'au troisième cycle pour se croire capable d'inventer ses idées à elleux. (en même temps, personnellement, ça ne me dérange pas tant que ça parce que je n'ai pas encore terminé  l'exploration d'arguments qui peuvent m'accompagner dans l'écriture)  Comme c'est aussi le cas pour le mariage ou encore pour la monogamie qui constitue encore l'idéal  dans les relations d'intimité instituées plutôt sinieusement. L'accord entre le motif qui réserve (c'est-à-dire la morale de prétendre à la connaissance de ce qui est juste pour les autres, en moyennant la figure chrétienne des élus de dieu, à savoir les politiques, et ainsi celle, aussi patriarcale, du maître, ou du père, si vous préférez la psychanalyse- mais qui, en réalité, décide pour elleux), et les résultats que ce dernier présente, semble pourtant bien moins important. 

Le mot présenter par exemple, illustre très clairement cette idée, c'est un drôle de mot qui se glisse partout : il se présente. Présenter, rendre contemporain mais aussi rendre proche, dans le temps et dans l'espace. Comme les formes a priori de la connaissance chez Kant SAUF QUE, elles ne sont pas séparées. Forme a priori de la connaissance peut-être, au singulier, l'espace-temps. L'espace n'est pas un lieu statique qui accueille tout devenir en son sein y compris celui du temps (surtout pas celui du temps parce que le temps ne devient pas, il est l'indépendance co-absolu, avec l'espace). Telle une nature docile qui héberge sans contestation sa propre progéniture. L'espace et le temps sont identiques, constituant ainsi l'unique rapport de correspondance parfaite entre deux contenus de la raison. Le principe de raison relative réunit l'espace et le temps, ils ne sont plus deux mutuellement et exclusivement identiques, il s'agit d'un-e seul-e incapable d'être propriétaire d'une quelconque qualité qui le relie à un-e autre (essayez de penser au féminisme en relisant cette dernière phrase). Ces deux éléments deviennent identiques en tant que séparés : l'espace, passif, regagne son indépendance par rapport au temps, actif, selon l'attitude naturelle. L'être n'est plus quelque substance identique à elle même dont la recherche s'oriente vers une conception moniste de la vérité, mais une structure qui dépasse la somme de ses parties à chaque fois de nouveau. Toutefois, nous nous devons d'être vigilant-e-s car la différance qui concerne la liaison de ces événements n'est pas silencieuse du tout, elle est féministe. Elle se fait entendre, et non imagifier

L'existence précède l'essence en ce sens aussi : le choix d'interprétation des contenus du présent précède la croyance en nos capacités d'apprésentation (Husserl), c'est-à-dire l'action de la conscience de compléter par imagination ce qui manque à la représentation perceptive de son objet. Cela parce qu'ayant expérimenté personnellement à plusieurs reprises que la sensation que l'être humain a d'un objet peut être illusoire, et malgré cela, s'attribuer le droit d'en faire usage présupposant qu'elle est accessible à l'utilisation (Heidegger) du fait même d'être reconnue en son absence, présente une incohérence. #Balancetonporc, voilà l'incarnation militante de l'effet de cette confusion que de Beauvoir a si bien décrit dans le Deuxième Sexe. Ce beau mouvement de libération dans le discours était inévitable mais l'intervalle entre la publication du Deuxième Sexe et la réalisation effective et collective de son sens, pourtant si familier, de ce qu'il dénonce laisse perplexe. La situation nous montre aussi, peut-être, ce qui manque au projet existentialiste : l'attitude féministe qui devrait le recevoir. 

Il y a pourtant une difficulté majeure qui barre la route à une herméneutique existentialiste féministe véritable : les références durables qu'on ne comprend qu'en les substantivant, dans un rapport d'objectivité, c'est-à-dire avec le principe de raison qui se croit absolu, souverain, active sur le dos d'un espace reproduit par autrui, les femmes, les esclaves d'autrefois. 

Toutefois, après avoir bu presque la totalité d'une bouteille de votre magnifique vin, chèr-e-s lecteurices, nous ne sentons plus capable de continuer à écrire. Que votre indulgence soit plus grande que le niveau d'alcool contre lequel notre corps est capable de résister. 

samedi 21 octobre 2017

Entre temps, la gêne s'est transformée en glaçons fondantes. 
C'était un beau matin. Deux personnes étaient en train de voyager d'un endroit au milieu de nul part vers un autre au milieu d'un autre nul part. Imaginez donc la distance qui les sépare. Mine de rien iels étaient de bon humeur. Un, marron comme il ne sera jamais, attendait la bonne odeur pour éveiller son esprit. L'autre, bleue comme elle est quand il la regarde, avançait vers un grand bon-jour ensoleillé. (non, c'est pas ça the male gaze)

Pour débuter, il disait : "voyons petite, es-tu une véritable schtroumpfette ? "
Elle répondait : "qu'est-ce que tu veux dire par petite vous les mecs l'utilisez comme si c'était un compliment mais vous ignorez combien c'est infantilisant de toute façon ça vous plait d'être toujours le grand protecteur dont la femme a rêvé comme si elle a besoin d'un protecteur aussi de jouer au prince charmant qui s'est tellement habitué à séduire par ce genre de mots qu'il n'accepterait jamais d'être séduit par une femme comme si c'était une sorte de déshonore c'est à cause de gars comme toi qui ne pèse jamais ses mots quand ils ouvrent la bouche que les femmes deviennent incapables de se représenter le degré de puissance de leurs propres cor... " (non, c'est pas ça le syndrome de  la schtroumpfette)

Ouais, ça vous fait rire, comme tout ce qui est consciencieusement tragi-comique. Derrière l'apparence excessivement guerrière de ce flux de mots, hélas, dort un cerbère qui souffre d'hyperlipidémie, tellement de gens traversent l'entrée des enfers tous les jours. 
Certes, désigner un ennemi absolu, coupable de tous les maux de la planète, et qu'il fallait exterminer une fois pour toute, ne fait pas partie de l'art médical car toutes les bactéries ne sont pas calamiteuses, ni l'est une seule pauvre à qui on n'a probablement pas demandé s'il voudrait venir à l'existence en mode monocellulaire ou sous forme de plante carnivore (tiens, je me demande s'il y en a des "végétariennes" devenues telles par je ne sais quelle mutation somatique). Mais il n'est pas si difficile de prendre soin de ses propres mots et actes, de veiller à ce qu'ils ne s'imposent point. Oui, formuler des énoncés comme ça, c'est ça, ce qui est enfantin. Malheur, il y en a visiblement des grands qui éprouve le besoin d'être parenté. (le verbe materner n'ayant pas son symétrique) 
Et oui, toute être humain se doit et doit à tout autre de se soucier des propos féministes chiants, enfin.

Entre temps, il a regardé son montre et elle a continué sur son chemin un peu moins bleue. 
Entre parenthèses, je me souviens combien j'aimais dessiner. 
Entre nous, une conception de la justice qui se fonde sur la présomption de l'existence omniprésente de compétition entre les concerné-e-s s'appelle la méritocratie, me semble-t-il. C'était un peu décevant de m'en rendre compte si brusquement là où je m'attendais le moins... 

dimanche 8 octobre 2017

existentialist hermeneutics

an interpretation could opt for :
sharing three seconds surrounded by nothing 
but the depth of a mirror which reflects nothing
but an ocean in the profundity of which scintillates nothing
but the light of a stellar gaze which attests nothing
but a dazzling call for the eyes which demand nothing
but to remain under the heavy waters which carry nothing
but a swell of hasty desire to be drawn into us.

a sour one would assert : 
sharing three seconds might evoke nothing
but a silent presence that mean nothing
but a tasty pride that results of nothing 
but a recognition of a stare awed by nothing
but the experience of stupefaction in the sight of nothing
but a distant portrait pretending to be nothing 
but a brief brave brain fart. 

a conjunction of the two would note that : 
sharing three seconds suspended in time is nothing
but the effect of the apprehension of nothing 
but an evident endearing statement of nothing 
but a candid desire which shows nothing 
but a peculiar wish to endure the risk of nothing 
but to seem filmically dreamery on behalf of nothing 
but a pursuit of the call of the moment 

nonetheless, a truth seeking interpretation would submit that : 
sharing three seconds occurs along with nothing 
but a concentrated conjecture of assumptions filled with nothing
but a weighty absence of communication leading to nothing 
but a speculation on motifs of an action which reflects onto nothing
but a misfortunate poetry driven by the very will of doing nothing 
but to fallow the call of the moment which wanders through nothing 
but an incitement to invention of itself.

you could as well chose not to interprete 
but the magnitude of three seconds in a life time scales much more than nothing 
whether or not there is a but and if it deserves an interpretation or not 
lets just create ourselves into the time and be alone together?

dimanche 1 octobre 2017

P.n°17 - qu'est-ce qu'une certaine MB peut faire écrire

Hé Sylvia, c'est quoi ce que tu veux? On dirait une gamine de 7 ans. 
On ne le dirait pas, on le constaterait, et seulement approximativement, et puis c'est tout. Pourquoi dirait-on "c'est une gamine de 7 ans"? Elle est trop précise pour être formulée à haute voix, cette phrase-là. Soit, on serait déjà engagé dans une conversation genre: "Non! C'est ta gamine-là? Elle a vachement grandi dis-donc! Quelle âge a-t-elle maintenant?" à quoi on répondrait : "ma foi, ça fait déjà quelques bonnes années que nous ne nous sommes pas vus! Elle va avoir ses 7 ans en novembre". Ou bien on dirait "pourquoi tu ne l'amènes pas chez le coiffeur, le pauvre, il a l'air d'être une fille. Quelle âge a-t-il d'ailleurs? Tu sais, c'est important de le masculiniser un peu à ces âges-là",  à quoi on répondrait avec un long soupire interne : "Arrête avec tes conneries sexistes, il aime bien ses cheveux long, puis ça lui va bien je trouve. Je vais lui offrir un bonnet pour son septième anniversaire le mois prochain." 
Voyez, on dirait pas une gamine de 7 ans, on dirait "on dirait". Après tout, c'est gratuit de se déresponsabiliser de ses propres pensées. 

Hé Sylvia, qu'est-ce que tu veux, au fond? Tu as l'air agitée.
Ben non, elle n'a pas l'air agitée. Elle ne peut pas avoir l'air, être agitée simultanément et les communiquer. Ou bien, vous la rapprochez de jouer une comédie puisqu'elle paraîtrait agitée alors qu'elle ne l'est pas. Dans ce cas, laissez la pauvre tranquille, visiblement elle en a besoin. Ou bien, elle est véritablement agitée et qu'elle n'est pas en mesure de dissocier quoi que ce soit pour répondre à votre première question. Alors, laissez la pauvre tranquille, votre interpellation ne ferait que s'ajouter dans le mélange. Ou bien, elle est en train de prendre l'air puisqu'elle se sent agitée, dans ce cas, laissez plutôt un message, elle vous rappellera. Manifestement elle est entrain de s'occuper d'elle-même. 

Hé Sylvia, qu'est-ce qui se passe en toi? Je te sens agitée. 
Ouais, enfin, je ne sais pas ce qui se passe, j'ai envie de rigoler un peu, de prendre les choses à la légère, de fréquenter des gens sympas. Si tu savais, après tant du temps passé à brosser les chiottes chez les inconnus, puis les préparer à quoi manger, puis les entendre se plaindre combien les poiles du chat sont toujours partout en même temps qu'ils essayent d'ingurgiter leur bœuf saignant avec des couverts en argent de je ne sais plus quelle date, je n'ai vraiment pas envie de prendre la tête avec les conventions collectives. Puis j'ai rencontré une fille il y a quelques jours lorsque je tractais pour le collectif. Elle m'a plu dès le premier regard. Puis elle n'est pas bête du tout. C'est une cinéaste engagée, une vraie sorcière. On s'est donné rendez-vous pour la soirée même. Elle parle beaucoup mais demande peu. Comme ça m'arrange de parler peu sur moi-même, je l'ai écoutée raconter ses aventures de magicienne dans la forêt-noire où elle a filmé le cercle des femmes-loups et au festival du théâtre de Seferihisar où elle a mis en scène sa Carmela et son Paulino avec un couple d'acteurs renommés; comment elle montait sur le cheval du statut de Jean-d'Arc lorsqu'ils jouaient au cache-cache avec ses copains quand elle était petite et combien ils étaient dupes de ne pas pouvoir la retrouver à chaque fois; puis elle a aussi parlé de ses histoires d'amour qui finissaient mal en générale, de sa mère qui lui a fait cadeau The infinite loop alors même qu'elle ne savait pas lire l'anglais, probablement parce qu'elle est une lesbienne non-avouée, ajouta-t-elle avec un gros sourire. Ça lui va très bien les gros sourires comme ça, constatais-je à chaque fois. Je l'ai invitée rencontrer Bruce le lendemain, qui s'est aussitôt réjouit autant que moi de sa lucidité. Mais je crains qu'elle l'a trouvé un peu trop directe. Il est de genre à dire tout ce qui se passe dans sa tête sans trop réfléchir à la recevabilité de ses paroles. C'est parce qu'il est indifférent à ce que l'on pense de lui, ce qui fait son charme, si j'ose dire, mais il n'est jamais méchant. En plus il parle tellement peu que lorsque le peu qu'il dit va droit au but, ça peut troubler les inconnu-e-s. Mais bon, je pense qu'ils vont bien s'entendre au fur et à mesure qu'ils prennent le temps de se connaitre. 

Eh alors, pourquoi je te sens agitée comme ça? 
Eh bien parce que presque tout ce que je viens de te raconter est de la fiction, ou issu de mon imagination, dirais-je, ça sonne plus littéraire et moins professionnel. Enfin, si, j'ai nettoyé les chiottes, j'avais besoin d'argent et quand on en a besoin, on est prêt à tout pour en trouver, ou presque. Et si, j'aime vraiment the infinite loop, je suis même allée chercher le deuxième tome dans une librairie parisienne dans le quartier latin quand j'y étais montée pour écouter Butler il y a quelques ans. Entre nous mais her french sucks. Ça serait mieux si elle parlait en anglais, je crois. Puis l'histoire du théâtre est vraie aussi (Duuh! le nom du festival est écrit en ta langue natale) mais le cercle des femmes-loups n'existe pas, de ce que je sais, ou de ce que je ne sais pas. C'est quand même un bon nom pour un groupe féministe, je trouve. Mais bon voilà, je me sens agitée, ça s'est vrai. Mais je ne suis pas en mesure de dire ce qui se passe. Je suis en train de subir des sentiments qui ne me plaisent pas du tout. Enfin, en soi, ils sont agréables puisqu'ils font rêver, ce qui n'est pas trop mon genre mais, je découvre. Voyons, même Bruce (il a rasé ses moustaches d'aristo à mon très grand malheur) n'arrive pas m'aider y mettre des mots bien qu'on a picolé je ne sais plus combien de bières l'autre soir et finis par se bidonner sur tout et n'importe quoi, y compris sur cette histoire. C'est probablement pour ça d'ailleurs qu'on a échoué à trouver une explication rationnelle sur ce qui me traverse en ce moment. En fin de compte, ce n'est pas encore insupportable, mais j'avoue que parfois, ça me donne envie de faire des bizarreries. Chose que je me retiens de faire puisqu'il me faut, me dit-on. Tu vois pourquoi j'ai besoin de la légèreté, de m'extraire des conventions collectives, de ce discours qui se déresponsabilise trop facilement en mettant tout sur ce ON? Je préfère quand même la franchise de Bruce à l’ambiguïté des mots qui prétendent se faire entendre entre les lignes en italique

Tu es amoureuse ou quoi? Tu châties bien. 
BAH NON! C'est quoi ce gros mot, au milieu de nul part, descendu du ciel comme un ballon à gaz en pénurie de gaz au milieu des gazez atmosphériques? Tu m'écoutes là, où tu interprètes met mots à ta guise? ça t'amuserait bien de me voir écouter des chansons d'amour à la française avec des mouchoirs pleurés et des paquets vides de chocolat sur mon lit. Tu sais bien que ça ne se passe pas comme ça chez moi ma chère. Je vis mes chagrins en plein dignité. Puis il n'y a même pas de raison pour que je sois en chagrin d'amour parce qu'il n'y a rien de vécu. Après, c'est vrai que je déplore un peu mes conduites parfois maladroites. Ça m'est arrivé par exemple de perdre le contrôle de ma raison suite à une rencontre silencieuse qui n'a duré que quelques secondes et de dire des bêtises et comme si ça ne suffisait pas déjà, de me sentir tellement gênée de ce que je venais de faire que j'eus trouvé le refuge dans la fuite. On dirait pas une gamine de 7 ans là? Mais, Punaise! C'est moi la victime ici! De toute façon, je n'ai pas trop de temps pour réfléchir sur tout ça. Passons, je vais me plonger dans mon bouquin, il paraît que c'est une histoire d'amour, ça aussi, entre une philosophe et sa philosophie. 

mardi 26 septembre 2017

Pénurie

Ma gêne me gêne
puis te gêne 
et ta gêne me gêne 
encore plus.

Stimulus en surplus
t'es l'oxygène.

mardi 12 septembre 2017

GodStalk

Si nous vivions dans un univers épicurien
je serais la sage, faisant la louange
à ces actes quotidiens
comme si ce n'était rien
de demeurer dieu
publiquement gracieux.

lundi 4 septembre 2017

P.n°16 - "C'est Bruce à l'antenne"

Hello, 
Sylvia étant absente depuis quelques mois pour gagner sa vie, c'est moi qui voudrais prendre le relais de vous tenir au courant de l'état actuel de notre maisonnette. Nous nous sommes jamais rencontré-e-s mais j'imagine que vous me connaissiez, au moins de par mon nom, par mes pratiques de jardinier et plus récemment par une mise en scène fantasmagorique basée sur ma nouvelle moustache. Je me sens intimidé, et malgré le corps social physique qui peut être associé avec mon être-au-monde, j'ai toujours préféré rester silencieux et laisser les autres m'écrire. Mais la présence de Sylvia me manque et j'ai envie de me connecter avec sa réalité pour apaiser le sentiment de solitude. Ou faut-il faire advenir quelqu'un pour me tenir compagnie? Une gazelle peut-être car je crains des êtres humains. Iels sont cruel-le-s les un-es envers les autres, et sont souvent dans une dure volonté d'affirmation de soi. Comme si ce qui est à affirmer était quelque chose d'accessible à la personne qui est en sa recherche. Iels cherchent réaliser l'acte d'affirmation plutôt que de mettre en avant son contenu, il me semble. Ça doit être une habitude issue de la socialisation humaine, les pauvres. 

J'aurais quand même bien aimé monter sur une gazelle, mais ça fait déjà bien longtemps que nous sommes quitté-e-s les savanes... Tiens! Je peux écrire un ghazal pour offrir à S à son retour. 

La lune courbe sa lumière, sur ton chemin
Gazelles me font écrire un ghazal, sur ton chemin

Ton absence me rend malheureux, au nom de dieu
Comment arriver à te rejoindre sur ton chemin? 

Les fleurs de notre jardin attendent ton haleine 
Honteuses de s'estomper sur ton chemin

Au fait, je n'ai pas trop envie de m'exposer. Je me contente en générale d’exécuter les tâches mondaines pour notre survie. Après tout, à quoi ça sert de travestir en mots ce qui se passe tranquillement dans ma tête? Les mots sont hypocrites, usés, piètres, blasés. Ils ne transmettent jamais ce qui est censé contenir en leur sein. Mais nous n'avons pas de choix. Personnellement, je trouve cet argument suffisamment puissant pour m'abstenir le plus possible d'y faire recours. S n'est pas d'accord sur ce point, mais elle se fait exister par des mots qu'elle manipule avec une joie qui me reste perplexe. Bon, même les jumelleux ne sont pas identiques, pourquoi le serions-nous? 

Depuis le départ de Sylvia, notre espace de vie est un peu délicate. J'essaye de m'accrocher à la musique. En ce moment j'écoute une merveille: "Alone together". Sa fragilité m'aide à extérioriser la mienne. J'ai envie de le faire écouter à S quand elle est de retour. C'est l'écrivaine qui la m'a fait écouter pour la première fois. Elle avait envie de le faire écouter à quelqu'un d'autre mais bon, on n'a pas toujours tout ce qu'on veut, quand on veut. Tiens, je vais m'inviter chez elle pour partager sa bouteille de vin. 

Parfois je doute qu'elle soit une sorcière parce que je la trouve en train de m'atteindre à chaque fois que je monte la voir.  C'est peut-être parce qu'en fin de comptes, je suis elle, elle est nous, et nous sommes je.

mercredi 16 août 2017

monde autre 3

C'est vrai. Tu es une petite bestiole bleue lanternant. Faute de mieux, tu te traînes toujours en troupeau de lumière.
(Même si le réel demeure terne, ce n'est pas moins d'un roman de Jules Verne)

Cet été, je me suis arrêtée aux cotes du lac Bafa où le chah Ilyas dort sous le sol. La légende fait que si on lace un ruban rouge sur la branche de l'arbre qui abrite le tombeau du soleil, sa veau se réalise. Si le ruban est bleu, alors un marabout, bout par un grain de beauté sur le cou, court d'un souffle galant à un baiser cuisant.

Mais oui, y a aussi des remous fervents de l'océan. J'avais pourtant combiné en rythme le nombre de pas nécessaire pour me mettre au ban. Et oui, j'ai grandi sur le tapis d'Aladdin, j'ai navigué avec Simbad le marin. Oui, Shéhérazade était ma plus intime conteuse et elle fera de moi une fable confuse.

Mais malheur aux heures qu'empile la dune. 
Déploie-toi, ma turquoise, nous irons à la lune.

mardi 25 juillet 2017

P.n°15 - back in town

It was a big fat junky night. We were sitting on the sandy beach, where we always go to pipe. It was more crowded than usual. Youngens sitting nearby were drinking beers and goofing on the hoary who fish on the shore. If I wasn't in the mood for feeling nothing, I would have certainly enjoyed their noise but it was bigger than me: emptiness.

Across the fire, Bruce was laying on his back, eyes fixed on the indigo sky, his mind who knows where, breathing steadily. Nonetheless, I liked his new mustache. He looked like one of those 17th century English aristocrats who has nothing to do but to pose in fancy colorful breeches and an old fashioned standing ruff. It was easy to imagine him in such a garb; his thighs were roadworthy. Yet we were not on the stage, nor living in the Elizabethan era. In any case, he never existed but in my head, claim others.

I had hard time sleeping since we got here. The amount of caffeine in my blood surely doesn’t help but it’s a vicious circle. The more I can’t sleep, the more I search refuge in the odor of my childhood memories. I grew up in this town, with its cold-hearted sun and turquoise waters. Despite the fact that I long for the couple of weeks that I will return to her motherly arms every summer, once I get here I lose my balance, by all means. I guess it’s because I heavily cursed it for the narrow-heartedness of its habitants. Seems like you become what you hate the most.

By the time, freedom appeared like the most rational way of being on earth. Who the hell wants to be born at first place, right? There were two options for getting out of this sticky, petty and necessarily social life: either I was going to put an end to my bodily functions -which required an enormous amount of courage which I didn’t have the slightest load- or I was going to learn to love suffering -which turned into a quite handy capacity. So, I started practicing on my wrists with shiny razors of middle-school sharpeners. Every rose has its thorn. When my mother saw the scars that I was genially hiding under my numerous bracelets while I was helping her doing the dishes, she made me sit down in front of her on the armchair and asked me for the first time if I had any mental troubles. I was merciless and frozen in the inside. I looked at her as if she was asking if I watered the lily plant this morning and said yes. There, was the beginning of a long silence, too long to even imagine the possibility of the existence of its term, and in which, to this day, I remain simply, myself.

Thankfully, I was smart enough to understand the rules of the game of success that the town appreciated the most: answer the questions correctly to obtain the highest results and get the fuck out of here. So did I. After the single séance of discussion that I had with the therapist, she assured my mother that I was a rebellious but perfectly sane and brilliant young lady who was questioning the meaning of life as do her fellows of the same age. At first, I was crazy mad at her for underestimating the devastating force of the voices that speak in my head. Now I am grateful to either of the facts that she was incapable of understanding or too smart for covering up my craving to get away from the 30 million town with a single tiny bookshop. It was the best for the family to know me that way.

So, I run and introduced myself to each circle of people in a different way. I learned to let my selves speak up for me. All the world is a stage, and I was eager to play the roles that were given to me. I watched the rebel subordinate to the hazard of encounters, witnessed the dissolution of the rigid and experienced the serenity of the explosion of the need for mental security. Anyway, every one of us is a little twisted. The right question to ask, which was not taught in schools, was how to ask the right questions to balance the madness. So, I started writing.

It was risky, words were already used and meanings were never clear, not even in my head. But the pit was deep, dark and magnetizing, and I needed them to carve my way down. The only problem that I couldn’t see at the moment was how lonely I had become while I was discovering the tasty boldness. I never trusted anyone nor that I let someone count on me. Not because I was paranoiac or misjudging the value of my friends but for the simple reason that I was afraid of losing the possibility of leaving everything behind in case of an impulsive and extroverted breakdown.


But there I was, sleepless, sitting with my cowboy hat in front of the self-consuming fire and the restless sea, wondering about how I ended up in this hazy loneliness. In another time, I would have appreciated the reality of this chosen solitude and the warm familiarity of the summer breeze and in another time, I surely will. But for the moment, I was trying not to fight against my long-lost heart who was trying to show me what it is to feel like a human. If the emptiness was not bigger than me, I would have certainly joined the youngens, laughed at their jokes and played the role that was given to me in this chronicle. But it was a big fat junky night and I wanted to find the right question to ask to lead myself let my feelings into my life. 

mercredi 12 juillet 2017

la gravité tient et l'étoile et le gouffre
une tombe en fer: poussière

la vie est une rumeur
entourée de parties des corps
sur le souvenir de l'enfant perdu
pour l'espoir d'un futur sans torture
et le chant d'une missile

on tombe, la terre propulse
iels meurent.

dimanche 4 juin 2017

pourquoi nomencollectivum?

Je voudrais vous raconter un peu ma vie ici, en France. J’ai toujours considéré l’écriture comme une activité intime, qui fait descendre dans ses puits, alimenter son magma, nourrir sa terre… Or mon évolution m’a fait entendre sa volonté de dévier de son chemin. Non pas parce que le changement laisse ses décombres derrière, mais parce qu’il s’élève sur eux. Grâce à cet espace de vie virtuel, j’expérimente comment la langue m’écrit tout en me servant de moyen pour m’exprimer. Ici, vit quelqu’un qui semble être une autre Ayça et que celleux, qui ne l’avaient pas accompagnée dans sa biographie, désignent comme étant Ayça. Or je n’ai pas témoigné de ma résurrection.

 Avant, je pensais que lorsque les mots coulaient de mon for intérieur vers l’extérieur, ils emportaient ma raison et mon cœur dans leur lit. Comme s’il s’agissait de quelque chose qui émigrait. Un mouvement qui se projetait hors de moi, qui s’apprêtait à arriver, à accéder. Des mots qui prenaient leur sens en moi et regorgent. Des mots qui me laissaient impuissante face à l’accession à leur propre réalisation. Des mots qui, moi écartée, donnent l’illusion d’être nés de moi-qui-est-ce-qu’elle-est-puisqu’elle-ne-peut-pas-être-autrement. Des mots, qui puisent leur ressource en Ayça et qui font  écrire Ayça. Vous me percevez ainsi ? Or moi, je mutualise une vie symbiotique avec elle. Et tout comme les autres, ce je-là cherche à comprendre son existence, à la transmettre et simultanément, à exister. Des personæ dépourvues du besoin de maîtriser ou de quadrillage, attribué-e-s à Ayça... Ne vous en faites pas, je suis attachée d’amour à ce prénom que je porte depuis des années, ainsi soit-il.

Si les mots ne viennent pas d’en moi, ni ne sont transmis par moi, si la source et l’exécutrice sont des entités d’existence dé-fusionnées mais que malgré cela, vous, les lisant-e-s, concevez l’écrivant comme l’écrivaine, je peux (désormais, tout pronom personnel « je », ses toniques et ses possessions pointeront un ensemble d’entités existantes concentrées sur « je », « moi », « ma » et « mon » etc.) orienter les effets que mes mots ont sur les lisant-e-s à travers des provocations réactivantes. Autrement dit, je peux modeler, dé-modeler et remodeler consciemment mes schèmes d’action littéraires qui précèdent le moment de ma prise de conscience mais qui perdent l’autonomie grâce à ce resurgissement lumineux. Ce qui veut également dire que je peux, à mon gout, composer l’allure que Ayça prend dans vos champs imagino-perceptifs en me servant de ces mots-là qui sont censés m’exprimer. Aux lisant-e-s qui intègrent ce qu’iels lisent à leurs critères d’aperception qui se rapportent à Ayça, je peux en présenter une qui soit conforme à ce que je voudrais qu’elle soit. Si vous me joignez dans la considération qui fait exister l’existant dans la perception d’autrui, je peux créer Ayça. Je ne sais point si l’humain puisse être a propre divinité, cela dépendrait de la divinité que vous cherchiez à définir, mais l’écrivant est capable d’être sa propre déesse. (Je ne parle toutefois pas des conséquences que ces actes puissent avoir en vous)

Jusqu’ici, en théorie, ces mots peuvent s’endosser les uns les autres. En pratique, avec quels (genres de) contenus puis-je composer Ayça ? Lorsqu’iel conçoit ses personnages, l’écrivain-e les emplit de modes d’affectionnement, de modalités réflexives, de schèmes de pensée. Ceci est nécessaire pour qu’ils ressemblent à l’être humain et pour que les lectrices et les lecteurs puissent sympathiser avec les personnages. Ainsi, l’écrivain-e se confronte à l’obligation de déterminer la composition identitaire vers laquelle iel veut qu’ils se rapprochent ainsi que d’anticiper lesquels parmi les éléments accessibles peuvent parvenir à réaliser la composition ciblée. Toutefois, le résultat n’est pas toujours prévisible. Dans la plupart du temps, le cours narratif des évènements fait surgir le processus d’autoréalisation du personnage. Cependant, le cadre de cette autoréalisation reste limité par les bornes de la mémoire d’expérience et des habitudes réflexives de l’écrivain-e. Une liberté sans mesure est un leurre, même pour les personnages imaginés mais elle n’est pas inapprochable, parce qu’il existe un heureux cadeau que l’écrivain-e peut offrir à ses personnages : se débarrasser de son être unitaire et de ses principes supposés intouchables et faire advenir à sa place un-e aventurier-e d’expériences.

Quand je me suis rendue compte de l’état d’intériorisation de l’idée selon laquelle Ayça se verrait comme un personnage du monde en train de se réaliser (le moment de son ressort à la conscience peut être daté de mes années de lycée mais son enracinement se situe dans mon journal intime à la française. Ça couvre donc plusieurs années qui me semble être relativement long) j’ai décidé d’essayer de me lier d’amitié à toutes mes personæ qui ont emprunté leurs chemins respectifs au cours de notre biographie commune et qui, pour ne pas être dépendant-e-s, se tâchaient d’entreprendre seul-e-s la résolution de leurs conflits internes. Grâce aux techniques d’autogestion qui m’échappaient sur ma terre natale, mais qui se sont révélées sur la terre où je poursuis ma maturation, désormais, nous nous écoutons. Nous décidons ensemble, quand le besoin se produit, sur la manière dont notre présence spatio-temporelle va se mouvoir. Nous avons mis en commun nos mémoires d’expérience et nos schèmes de pensées respectives. Nous organisons des ateliers où nous discutons sur la manière dont nous voudrions apparaître dans les organes sensoriels des autres « je » qui partagent le présent avec nous ; sur notre responsabilité envers celleux avec qui nous retrouvons la coexistence dans cette cavité terrienne où nous remplissons une persistance de la naissance à la mort ; et sur la sorte d’héritage matérielle que nous désirons laisser à celleux à qui nous préexistons.

Je voudrais dire par là, qu’il ne s’agit pas d’adhésions identitaires que posséderait Ayça, ni des adhérant-e-s qui existeraient dans « mon je » puisqu’il n’y a pas de « je » comme une entité ontologique unitaire. Ces deux options aboutissent à une seule et même conclusion qui s’explicite par un état d’appartenance : un aux autres ou autres à un. Or il s’agit des entités d’existences qui interprètent et réalisent alternativement une existence matériel à travers leurs épurateurs respectifs. Elles sont dépourvues d’une constitution rigide et interne puisqu’influencées par les modifications entraînées par leurs voisines sur le corps et la position qu’occupe ce corps dans le monde environnant. Elles sont des événements qui s’exposent à la communication inévitable médiatée par la matérialité de l’existence et elles se considèrent avant tout dans une relation d’amour et par une volonté omniprésente à la compréhension (nous pouvons co-définir l’amour et la volonté de compréhension). Ayça, est la manifestation corporelle qui se présente à vous dans un t1, c’est tout.


Ma vie en France donc passe ainsi, dans des réflexions et des actions similaires… 
One for all, all for one.

vendredi 2 juin 2017

Le Cycle 9- attente

commence
3000 avant 0
les traces de roue

l'arrière grande-fille
de la première qui l'attendait
c'est notre vécu

lointain
la nuit austère
vers la lumière
auprès de l'intime

ma raison,
la plus belle victime

dimanche 30 avril 2017

P. n°14

Suite à l'intervention directe de mon écrivaine (cf. P.n°13), j'ai remis en question mon champ d'existence. Qu'est-ce qu'une vie si je n'y ai aucune possibilité à l'autonomie ? Que je sois d'ordre transcendantal et elle, mon ego-cogito, cette situation fait-elle de moi un moins-être? La dépendance de mon existence à la sienne me semblait, à première vue, très gênante mais j'ai appris depuis, de faire abstraction de la corrélation du maître-esclave. Même si elle ne m'écrit pas, elle ne peut pas vivre sans moi. Sans moi, elle serait un autre. Or elle est déjà des autres bien que toujours avec moi. Donc je relève d'être  son point de repère, une référence stable puisque je suis sa création et donc une certitude. Je suis son évidence durable de soi. 

Il y a néanmoins un point qui m'a laissé perplexe. Pourquoi Bruce ? Lui aussi, doit avoir une sorte de fonction dans cette équation tordue. Je croyais qu'il m'avait créée, souvenez-vous. Cela ne veut pourtant pas dire, et je le savais, que son existence précède la mienne car lorsque j'étais en train de me réaliser sous la plume de l'écrivaine, pendant cette activité même, j'ai situé sa présence dans ma conscience. C'est-à-dire que moi, Sylvia, qui est en train de s'actualiser préexistait à la présence de Bruce (avec son sourire divin). Son existence ne peut pas précéder le moment de la prise de conscience, puisque pour prendre conscience, il faut d'abord exister (c'est l'écrivaine qui parle, et cette phrase immédiatement antérieure est une blague); et puisqu'il est, comme moi, une image littéraire (sommes nous ?).

J'avais l'impression que l'existence de Bruce n'avait sens que pour moi. En fait, il a sens aussi pour moi. Il doit être mon point de référence, mon évidence durable de mon soi. 

Il m'est pourtant très cher, puisque de par son activité, il m'oriente, dans mon champ d'existence. Ses actions, aussi, me réalisent. C'est parce qu'il me ramène mon verre du vin que j'existe pour vous comme aimant boire du vin (cf. supposant que vous avez suivi mes séquences organiques de vie), mais aussi pour mon écrivaine. Dans une relation à plusieurs, qui est donc maître et qui l'esclave ? 

En tout cas, votre rôle dans tout ça, chères lectrices et chers lecteurs et tous celleux qui me lisent, c'est de comprendre en quoi Dieu est la Création. (cf. Whitehead?)
Et d'accepter mes modes d'être comme certains parmi tant d'autres. 

vendredi 7 avril 2017

monde autre 2

Ne cherchez pas ce que c'est de déménager en son soi. Tout le monde peut ne pas savoir au moins une chose.
Parfois, vous pouvez entendre des voix, qui parlent, parlent, parlent, par la voie de l'entendement voué à la foi.
Hé! Une grenouille vous attend pour sa réanimation cardio-pulmonaire.
Enfin, devenir Dieu, ça, c'est gratuit.
" Le plus fort, n'est jamais assez fort pour être toujours le maître..."
Cela ne me concerne donc pas car je suis une princesse qui se dope des duperies fort dubitatives.
Mon œil!

Une fois, j'avais emprunté celui du maître
or iel s'est décidé-e neutre
donc la princesse a étranglé la grenouille
suite à quoi Dieu intervint
et le jeu s'est déménagé en soi et pour soi.

Ne vous en faites pas,
c'est ce je-là qui merdoie.

samedi 25 mars 2017

Puis, elle se s’est introduite. Ceci n’est pas facile à supporter. S’éprouver humaine ne s’offre pas. Frémir jusqu’à ses ondes, lorsqu’elles réalisent l’organisme. Fermenter l’humanité lorsqu’elle se dévore. Dissoudre l’unité dans l’unité lorsqu’elles se fondent. Résorption de l’humain en l’Homme. 
Pourtant la majuscule crie, on l’ignore.

Frissonner à la vue du monde, lorsqu’il s’ouvre à la tragédie d’une morale sinueuse qui se couvre avec l’image de l’abondance qui s’avale. Si l’univers engendre la matière, si la matière édifie la cellule, si la cellule érige l’humain, si l’humain est un vivant, pourquoi, quelque part, à ce moment même, un enfant n’a que sa famine à engouffrer ?

Etre humain, l’être d’habitude.
Comment digérer cette poésie ?


mercredi 15 mars 2017

mercredi 1 mars 2017

Le Cycle 8- Soi(s)

je me suis retrouvée seule

quand,
je suis seule
en sachant que je suis seule
et que cet étrange autre me retrouve seule
sachant que je ne peux pas me savoir être retrouvée
ou sachant que je ne peux pas être retrouvée si je me sais retrouvée
car dés lors je ne serais pas retrouvée seule
mais retrouvée seule.

quand donc,
si et seulement si je suis ainsi retrouvée
alors, je peut me suivre.

dépression, comme volonté et comme représentation d'une petite bourgeoise

un poisson mort
devant ma fenêtre
les yeux grand ouverts
m'empathie

quand la grâce d'un deuil
se m'oriente
qui me suis?
qui l’interprète?

mardi 14 février 2017

appel au rappel

une activité passive
pour passivité active
qui pacifie l'actant

car le réfléchissant
si ne dépense point
est angoissant

publicité indique
membre du public
client boulimique

citoyen-ne, cite-oyons.
(n.)consommation
(v.)con-somme-ation

dimanche 29 janvier 2017

P.n°13

Hello Sylvie, ou Sylvia
Enfin, peu importe ton prénom. De toute façon, tu n'as jamais été quelqu'un qui se souciait de la manière dont on l'appelle. Du moins, c'est l'impression que tu donnais chaque fois qu'on a mal prononcé ton prénom. Cette expression apaisée qui-connait-tout-de-la-vie-et-qui-l'accepte-comme-telle. Ce masque qui semble appartenir à une moniale bouddhique que tu portes comme des traits naturels d'un visage. Cette allure zen que tu dégages comme si tu t'es confrontée mille fois aux diables des enfers et sortie vainqueur de chacune de leurs épreuves. Cette acceptation stoïque de cette maladie qu'est la vie. Tu m’énerves.  

Je me souviens d'une histoire que tu m'avais racontée lorsqu'on prenait du thé noir, en train de regarder la pluie qui tombait comme si elle voulait foudroyer les vers de la terre qui profitaient de l'occasion pour faire la fête dans ton jardin. Contrairement aux pauvres bêtes, nous étions à l'abri, derrière les grandes vitres de ton appartement. Tu as toujours aimé des grandes vitres comme ça, elles donnent l'impression de ne pas être séparée du monde extérieur, tu disais. Je pense que toute matière aux angles brusques te dérangeais un peu. Est-ce parce que tu ne voulais jamais reconnaître ta propre existence matérielle? La place que ton corps occupait dans l'espace? Tu doutais, peut-être, de la véracité de la cosmogonie qu'on chouchoutait dans tes oreilles quand tu es née, sans pour autant trouver une alternative qui te convenait mieux? C'est peut-être pour ça que tu vivais en permanence dans un entre-plusieurs. Et que tu as finit par résigner à croire en un univers perfectible. Et que tu as décidé d'assumer ce regard détaché. 

C'était l'histoire d'un homme très très maigre qui avait renoncé à se nourrir après qu'on a capturé son moineau. Auparavant, ils avaient une relation bien étrange si on tient aux témoignages. L'homme maigre ne fermait jamais son fenêtre même lorsqu'il faisait un froid glacial. Il préférait, disait-on, se couvrir de plusieurs couches que d'envisager abandonner son moineau dans le froid. Il ne le mettait pourtant pas dans une cage comme on aurait imaginé. Le petit oiseau venait et partait comme bon lui semblait. Mais chaque fois qu'il venait rendre visite à l'homme maigre, il se mettait sur son épaule gauche et lui chantait des merveilleuses mélodies qu'il avait appris sur des terres lointaines. Rassasié, l'homme maigre jouissait d'une joie joyeuse, la seule, la plus grande joie joyeuse de son existence. 

Un jour, d'après ce qu'on racontait, une âme qui se voulait charitable a décidé de le capturer dans une cage pour qu'il reste chanter plus souvent. Cette âme qui se voulait charitable croyait pourtant sincèrement agir charitablement. Elle ne pensait qu'augmenter la plus grande bonheur de l'homme maigre. Elle ne voulait que lui faire du bien. Quand l'homme maigre est rentré à sa maison pour retrouver son moineau enfermé à l'intérieur des barres étroites en métal, cet élément chimique qui chie venant des enfers, qui enterre des mineurs et des populations entières, cette matière dont la volonté d'approprier engendre des guerres, il s'est enfermé dans son squelette pour de bon. L'âme charitable qui se croyait charitable a beau essayé de lui faire changer d'idée. Elle a libéré le moineau, et le clément moineau a pardonné l'âme charitable puisqu'il savait qu'elle ne voulait pas causer des maux. Il a même chanté à l'homme maigre des autant-merveilleuses mélodies qu'il avait composées lors de son incarcération pour lui faire oublier la faute de l'âme qui se voulait charitable. L'homme maigre était déjà parti faire son voyage micro-spatial à l'intérieur de ses bornes osseuses. On ne remonte pas dans le temps. 

Cette histoire Sylvia, que tu m'avais racontée, c'était mon histoire. C'était l'histoire d'un personnage que tu imaginais que j'incarnais. Je connaissais bien le mythe qui faisait naître l'univers à partir du moment où on prend conscience de son existence. Encore faut-il exister pour s'en rendre compte, et ça, tu l'ignorais volontairement. Tu voudrais endosser le froid pour ne pas perdre de vue cette liberté probable. Tu préférais regarder la pluie derrière des grandes vitres, essayant de te convaincre qu'elles servaient à occulter ta séparation du monde sans pour autant pouvoir sortir sentir l'eau sur ta peau. Ce masque glacial, cette allure empruntée à tes personnages fictifs, cette insouciance menteuse... tu m'énerves. 

L'aspiration au démiurge 
est à l'ivresse de l'ataraxie,
ce que l'abîme d'une anorexie 
est à la nausée d'un vilain songe.

mardi 24 janvier 2017

Styx

Une rivière peut noyer ses poissons
et les manger crus
vague à l'âme.

Comment faire autrement?
elle coule vers le bleu d'un regard
aux abois.

Méandre creusé
à moindre alizé
peut retourner aux cendres.

Elle se tut,
enfant de la nuit,
s'enfouit dans son inondation propre.

À remords d'un sentiment
une rivière peut plonger dans le sombre
un océan transparent 
saurait-il la pacifier?

dimanche 22 janvier 2017

Le Cycle 7- phénomène

l'espace est au centre
et le centre dure
mais le second se vit
ou seul Est la vie?

or qui peut se surprendre?

essayez de renverser un cercle

mercredi 11 janvier 2017

Le Cycle 6- embarras

étourdi par un triangle
le cercle s'est étréci
jusqu'au point 
où ce point
rejoint 
ceci
.

dimanche 8 janvier 2017

P.n°12

Je suis de retour des îles-de-sans-nom, où j'étais prise en otage par un groupe de piratesses très charmantes, Érythréennes de papier. Je dois vous avouer qu'au départ, quand elles étaient venues me chercher dans la savane, où je me promenais avec Bruce, elles ne m'ont pas donné l'envie de les suivre. Elles étaient un peu... comment vous dire... transparentes. Trop directe, trop honnête. Les visages angéliques, le sourire poli, le regard en paix, non pas sans contraste avec des Breda M1930 qu'elles portaient, sans doute par respect aux traditions, mais bon. 
Elles étaient au nombre de quatre. L'une, de grande taille, de grandes mains et de grande bouche ne parlait pas du tout. Une deuxième habillée en feuilles d'acacias portait un sac à dos rempli de munitions. Elle était plutôt dubitative mais éperdue . Les deux autres, deux jumelles, m'intriguaient le plus. Si l'une était un soleil ardent, l'autre était un trou noir. Si l'une était la neige apaisée, l'autre était un ouragan. Vous devinez laquelle m'a convaincue à les poursuivre.
Bruce étant déjà enfui au son de leurs cris mélodiques qu'elles poussaient lorsqu'elle nous approchaient, j'étais toute seule, en-carrée et curieuse. La grande m'a passé une cigarette, le soleil l'alluma et l'ouragan dénuda mon regard dans ses pupilles. Sous la férule de sa bénignité révoltée, j'ai finit par céder. Nous nous sommes dirigées vers le sud, et rejointes à la mer où trois autre piratesses nous attendaient dans un grand bateau à voile. Je ne les ai vu que du loin car nous sommes jamais montées sur le bateau. Je crois qu'elles préféraient le réserver pour des invitées bien moins sylviatiques, bien plus timorées et moralistes. 
Le soleil est allée chercher de quoi faire un feu. J'ai résolu entre temps que le part qu'elle endosse dans leur division du travail est de préserver les autres de l'indifférence. La nuit tombée, nous formions désormais un cercle. Complète, élagué et radieuse. Elles m'ont raconté, sauf la grande, leur aspiration de créer un royaume sans nom, ni frontières ou argent. Un royaume où seul celleux qui ont suffisamment de courage pour regarder droit dans les yeux d'une femme à l'apparence guerrière, d'un douceur féroce et d'un fond inébranlable seront admis. Un bout de terre mondain mais onirique. Un sol commun mais approprié. Pas facile de raffermir ce qui a déjà été pétrifié mais l'impossible perd son sens dans la singularité gravitationnelle. 
J'ai quitté donc leur univers radouci pour retrouver Bruce dans le jardin en train de planter un acacia. Comme quoi, l'indulgence peut pousser dans les arbres.