dimanche 8 janvier 2017

P.n°12

Je suis de retour des îles-de-sans-nom, où j'étais prise en otage par un groupe de piratesses très charmantes, Érythréennes de papier. Je dois vous avouer qu'au départ, quand elles étaient venues me chercher dans la savane, où je me promenais avec Bruce, elles ne m'ont pas donné l'envie de les suivre. Elles étaient un peu... comment vous dire... transparentes. Trop directe, trop honnête. Les visages angéliques, le sourire poli, le regard en paix, non pas sans contraste avec des Breda M1930 qu'elles portaient, sans doute par respect aux traditions, mais bon. 
Elles étaient au nombre de quatre. L'une, de grande taille, de grandes mains et de grande bouche ne parlait pas du tout. Une deuxième habillée en feuilles d'acacias portait un sac à dos rempli de munitions. Elle était plutôt dubitative mais éperdue . Les deux autres, deux jumelles, m'intriguaient le plus. Si l'une était un soleil ardent, l'autre était un trou noir. Si l'une était la neige apaisée, l'autre était un ouragan. Vous devinez laquelle m'a convaincue à les poursuivre.
Bruce étant déjà enfui au son de leurs cris mélodiques qu'elles poussaient lorsqu'elle nous approchaient, j'étais toute seule, en-carrée et curieuse. La grande m'a passé une cigarette, le soleil l'alluma et l'ouragan dénuda mon regard dans ses pupilles. Sous la férule de sa bénignité révoltée, j'ai finit par céder. Nous nous sommes dirigées vers le sud, et rejointes à la mer où trois autre piratesses nous attendaient dans un grand bateau à voile. Je ne les ai vu que du loin car nous sommes jamais montées sur le bateau. Je crois qu'elles préféraient le réserver pour des invitées bien moins sylviatiques, bien plus timorées et moralistes. 
Le soleil est allée chercher de quoi faire un feu. J'ai résolu entre temps que le part qu'elle endosse dans leur division du travail est de préserver les autres de l'indifférence. La nuit tombée, nous formions désormais un cercle. Complète, élagué et radieuse. Elles m'ont raconté, sauf la grande, leur aspiration de créer un royaume sans nom, ni frontières ou argent. Un royaume où seul celleux qui ont suffisamment de courage pour regarder droit dans les yeux d'une femme à l'apparence guerrière, d'un douceur féroce et d'un fond inébranlable seront admis. Un bout de terre mondain mais onirique. Un sol commun mais approprié. Pas facile de raffermir ce qui a déjà été pétrifié mais l'impossible perd son sens dans la singularité gravitationnelle. 
J'ai quitté donc leur univers radouci pour retrouver Bruce dans le jardin en train de planter un acacia. Comme quoi, l'indulgence peut pousser dans les arbres.  

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