mardi 24 avril 2018

P. n°21 & mémoires de Chalvagne 3

Styx, était un bon début, poursuivons.
Non mais franchement...
-Hé, Sylvia, tu es là? J'ai besoin que tu prends le relais un peu. Je n'arrive plus à faire n'importe quoi, et ma vie en a besoin. - Tu as du vin? -Evidemment. - Tu écoutes quoi? - Led Zeppelin. -Ok.

-Faut que tu me fasse un petit résumé quand même, j'ai pas tout suivi tu sais. J'étais partie à Chalvagne avec Bruce. Comme ça fait du bien de se perdre dans le forêt pendant des heures, sans calculer comment retourner au refuge. -Bruce n'était pas avec toi? -Bien sûr que non. Il est trop peureux pour faire le chemin. Puis il y avait des empreintes de sangliers. Mais cette peur-là, pour moi, c'était étrangement ravissante. -La pomme de pin que tu m'avais offert pour que je l'offre à B... - Tu l'as fait? -Non. - Comme vous êtes lâches tous les deux. -Ouais.

-Je parlais avec ML hier. -Et? - Elle m'a engueulé un peu. -Tu le mérites. Ella a dit quoi? - Que je ne savais pas faire de concessions. - Elle a raison - Ne penses-tu pas que presque la moitié de l'humanité en a suffisamment fait jusqu'ici? - Tu ne peux pas t'identifier à un seul groupe d'appartenance, ma chérie. -Tu sais bien que c'est plus qu'un groupe d'appartenance. -Pour celles et ceux qui n'en font pas partie, il l'est. -Bah, alors! Qu'est-ce que je fais avec elleux? - Tu n'y es même pas là. Tu vas vraiment trop vite dans le jugement. Comme dans tout d'ailleurs. -Oui, je sais. J'en ai eu une démonstration concrète ce samedi. Nous sommes allées à la plage avec ML pour profiter du beau temps. Je me suis jetée dans l'eau comme si je n'en avais jamais connue. Evidemment, après quelques bras, je suis sortie en étant complétement gelée. Lorsque je nageais, j'avais l'impression que mon visage était la proie aux piqures cruelles d'un armée de fourmis rouges. - Haha, c'était un beau souvenir quand même. -Oui, d'ailleurs à Chalvagne, j'ai rencontré le bois, comme si c'était la première fois. - Si la philo ne marche pas, on devient bûcheronne? -Carrément.
(Merci N, pour la photo, mais aussi de m'avoir appris comment chercher, repérer, transporter, couper, stocker de bois. Comme tu disais, les femmes peuvent très bien s'occuper de l'approvisionnement pour l'hiver, même si la tâche semble exiger "la force masculine"!)

-Tu as changé, l'écrivaine.- Comme quoi? - Tu es plus transparente -Eh bien, tu vois que j'essaie de faire des concessions. - Dans ta tête. -Comment puis-je faire autrement? - J'en sais rien. - Tu n'as pas envie de parler d'autre chose un peu, j'en ai marre de subir des fantasmes et mal dormir à cause de ça, lorsque le monde va mal. -Le monde n'a jamais allé bien. - C'est une excuse, ça? - Tu es obligée d'apprendre de te détendre, c'est tout. - Oui mais c'est quand que ça va terminer cette période de "détente" ? - Quand ça se termine. - Tu ne m'aides pas là. - C'est là où se rejoignent l'auto-apprentissage avec l'auto-responsabilisation. - Sauf que je ne suis pas seule pendant tout ce temps-là. -Grâce à ML. -Merci ML. - Je pense qu'elle aimerait bien te matcher avec son fils. - C'est parce qu'elle n'a pas eu de fille. - Tu parles au nom d'elle. - Je suis incurable. Faut m'abandonner ici et prendre le dessus Sylvia. - Hé! j'ai ma propre vie. - (...)

- Comment ça s'est passée ta journée? - Incroyablement excitée et calme à la fois. (...)CENSURé(...) Voilà, où j'en suis. -Ok, c'est le moment de te rappeler les arguments de ML. On fait une pause cigarette, et tu te redresses. -oui maitresse. 

- Vous étiez pas censés aller à Notre Dame de Landes pour la manif de dimanche dernier avec N? -Oui mais on n'a pas réussi à nous arranger finalement. Ca ne faisait pas de sens de passer une journée entière en stoppe pour y arriver le matin même et pour repartir le lendemain. Y avait la réunion de la comité éthique sur le PMA. Ah! quelle horreur. Déjà, le président n'avait pas trop envie que je prenne la parole visiblement, vu l'amitié qu'il tenait avec la doctorante en droit qui faisait certainement partie de la Manifpourtous, chose que je ne me suis pas retenue à verbaliser. Le débat n'en était pas vraiment un, tellement la question qui était censée lancer le débat était orientée. La PMA est accessible en ce moment en France aux couples hétérosexuels (!), à l'âge de procréer (ce que ça veut dire, va savoir) et a pour condition l'infertilité de l'un-e des membres. C'est de la pure hypocrisie, on est d'accord? -Rien à dire. - Si tu entendais les scénarios catastrophiques qu'ils inventaient pour soutenir leurs arguments, tu inventerais la magie pour créer des tomates et des œufs afin de les leur jeter. - A ce point-là? - C'est inquiétant...  - à ce point-là... - après, le sujet ne me semble pas être l'une des plus urgentes. Ce qui gêne le plus, c'est la mise en question de l'institution familiale. Ce n'est pas uniquement une question de traditions mais bien la continuation d'un système de reproduction socio-économique. S'il disparaisse, c'est tout un système sociétal qui va être ébranlé. Ca fait peur. -Etre en mal d'imagination, ça doit être ça aussi. - Il faut d'abord assurer la structure d'entraide à l'auto-responsabilisation. - Je vois, tu as beaucoup influencée par les idées de J. - Elle font plus en plus de sens. -Fais attention à ne pas trop t'éloigner de la réalité sociologique. - Ouais, c'est un enjeu. 

-Tu n'as pas un poème pour terminer la soirée?
J'ai une adaptation d'une micronouvelle d'Hemingway: l'amour: baby shoes, never worn.
This is the end, donc. 
Not really, way over yonder, plutôt.
Têtue que tu es... 

mercredi 11 avril 2018

séance thérapie 4

Je n'accepte pas cette humanité là. Je ne me supporte plus en tant qu'humain. Je ne me supporte plus tout court.
La peur est envahissante. J'ai peur de rentrer dans mon pays. J'ai peur de ne pas pouvoir revenir ici. J'ai peur d'être arrêtée pour un quelconque motif politique mensonger ou simplement stupide. Je me dis, mais n'exagères pas quand même, tu vas tomber dans un paranoia.
Puis je me réponds, oui mais le procès de Pinar continue depuis 20 ans à cause d'une crime qu'elle n'a pas commis. l'Etat la poursuit parce qu'en tant que sociologue, elle travaillait avec les kurdes, soutenait les arméniens, animait des spectacles de rue avec des travailleuses de sexe, des transsexuelles et des mineurs isolés. Depuis, elle a été acquitté quatre fois, mais son dossier vient d'attérire à la Cour Suprême. Elle a obtenu la nationalité française entre temps mais sa famille est menacée et surtout elle ne peut plus remettre les pieds dans sa terre natale.
Je me réponds, Ahmet Altan, Havva Custan, Mehmet Baransu, Kemal Ozer, Gurbet Cakar et beaucoup d'autres journalistes sont en prison, Asli Erdogan, Can Dundar et je ne sais qui d'autre sont exilés en Europe.
Il y a une semaine, 23 politicien-ne-s (en plus) de HDP ont été garde à vue, sans raison juridique légitime.
10 camarades à l'université de Bogazici sont arrêté-e-s d'avoir manifesté contre les jeunes erdoganistes qui célébraient le massacre qui a lieu à Afrin.
Les amis et collègues à ma mère ont été licenciés de leur fonction publique sous prétexte d'appartenir à Feto, le communauté islamiste de Gulen, réfugié aux Etats-Unis, l'ancien mentor d'Erdogan, accusé d'avoir organisé le coup d'Etat avorté d'il y a deux ans. Alors que tous les deux sont des médecins dans une petite ville touristique, sont de gauche, syndiqués et militants.
Erdogan menace la France parce que Macron a reçu il y a quelques jours une délégation de représentants du Rojava. Il dit à propos de l'attaque de Munster en Allemagne : "La même chose va arriver en France. L'occident ne va pas pouvoir se libérer du fléau du terrorisme. L'occident va s'effondrer en soutenant ces terroristes"

Je ne peux plus supporter mon état d'esprit qui se réfléchit brutalement avant de s'enfermer dehors, plusieurs fois par jour.
Je ne peux plus supporter d'écouter passivement les gens qui n'adressent pas leur paroles à moi mais à une masse d'individus poissonisés.
Je ne peux plus supporter ma façon de me plaindre des choses quotidiennes, des petits trucs sans importance, des mouches, des vers, des cafards qui prennent plaisir à fréquenter ma tête.
Qui es-tu, demandent-ils ardemment. Quelle importance? Pourtant quelle question! elle me rend obsessive.
Mais je me demande, quelle âme sans politique? Quelle politique pour cette âme cherished? Quelle utopie de la société si elle ne correspond pas ni plus ni moins à cette utopie? Si elle n'existe pas comme entité autonome. Si les journalistes sont en prison, si j'ai peur de rentrer dans mon pays, si j'ai peur pour le futur, si j'ai peur tout court?

Pour le moment, je ne peux simplement plus, mais je vais revenir plus forte...
Sans être capable de fermer les yeux et faire ma petite vie tranquille, sans me plonger complétement dans un esprit guerrier, toujours dans un entre-deux, il faut rester courageuse...

lundi 9 avril 2018

séance thérapie 3

Ce soir, nous écoutons Lamb of God, In Flames, Katatonia et Pain of Salvation. L'état d'esprit est rebel et viril avec une touche de nostalgie. Les frontières sont celles de l'anarchie, de libertarien et du vin des Côtes du Rhône. L'amour est omniprésent. Sans objet de désir, il fait des voyages spatio-temporelles. C'est le début d'une nouvelle confusion. Bras ouverts, nous l'accueillons.
La problématique de Jung de l'autre jour nous a interpellé et as we walk through the ashes, we whisper its name.
A qui appartient ce corps? Qu'est-ce que l'appartenir? Dans la mesure où l'écrivaine l'approprie pour en faire le support nécessaire de l'extériorisation de son existence, il est à elle. Mais quelle serait la durée légitime de cette appropriation? Quelles seraient les critères qui détermineraient les limites de son utilisation par elle? through the undertow, let me go. Serait-elle en mesure de let it go? Réellement, non. Cependant, le problème réside dans la revendication. A qui adressons-nous cette revendication? L'instance de reception, n'est-elle pas, dans le même mouvement, est légitimée? Et si nous voulions mettre en question l'autorité de cette instance? Quelle serait dès lors la référence à partir de laquelle nous formulons la revendication d'une libération? L'émancipation entre en jeu peut-être précisément sur ce point. Non seulement pour se débarrasser d'une référence d'autorité, mais aussi pour se constituer en l'absence d'une quelconque autorité. On est à la porte d'un certaine existentialisme? D'un plus grand féminisme?
Reconciliation. Non pas dans le rejet mais dans l'acceptation. Non pas dans la soumission mais dans la désocialisation. Dans une socialisation choisie. Selon quelles critères? J dirait le désir (trop libéral?). G dirait que le désir s'impose (l'essentialisation?). B dirait le consentement (l'invisibilisation?) Ma tête pompette dirait: l'anarchisme intersectionnel. Omer Khayyam dirait sous la plume d'Amin Maalouf: "lève-toi, nous avons l'éternité pour dormir". Elvis Presley ajoutera : "its now or never". Nous les suivons.
Nous accepterons par la même les dérives de la pensée. Je me suis touchée hier en sachant que je touchais à mon corps pensant que mes touchées étaient les siennes. En touchant, en touchant à lui. En me sentant touchée par ces mains qui ne m'ont touché qu'une seule fois, sur le coude. à bas rien mais à bas la honte. Nous acceptons nos fantasies, nous assumons nos contradictions lorsque celles-ci nous font penser ce soir à elle. Nous dénonçons l'impératif de la pudeur et les normes de l'hétéronormativité. Nous aimons librement, sans que cela implique l'appartenance de ce corps à ce désir; sans que cela indique l'appropriation d'un désir par une seule image, celle d'une représentation du bonheur attribué. Nous revendiquons le désir de pouvoir désirer par choix, par communication, par reconnaissance de l'autre en tant qu'iel se présente selon ses propres conditions d'existence, en tant qu'iel veut se faire connaître.
Faisant l'expérience de l'être entier qui tourne, sans que la réalité ne bouge, nous admettons que l'espacetemps sans tiré (C. Rovelli) dépasse notre puissance d'agir, mais aussi de penser. Ce qui est mis en mots devient par là, une vulnérabilité. (dont la définition dans la loi sur l'immigration de 2015, ni bien évidemment dans la Convention de Genève, n'inclut pas la violence domestique comme motif d'octroi d'asile) A chaque fois que la réalité rentre en contradiction avec la philosophie, il y a matière à réfléchir car l'exception ne fait pas le règle. ça, nous l'assumons parfaitement.)
Avant d'écouter Opeth, nous dénonçons les publicités de Veet qui promeut la mise en valeur des sourcils. Nous dénonçons la publicité tout court. Nous dénonçons l'hyperséxualisation des corps des femmes. Avec l'arrivé de l'été, nous savons que nous allons être obligées d'adopter, de nouveau, une stratégie supplémentaire pour retourner les regards de nos seins non-opprimés par le soutien-gorge vers nos yeux, les interlocuteurs de nos propos. Hello, je suis là. Une préoccupation constante non méritée ni désirée. (où est le désir et où le consentement dans des cas pareils?)
Harvest, un excellent morceau pour poser son menton sur sa rotule et pour dire bonne nuit.
Bonne nuit, donc.

vendredi 6 avril 2018

séance thérapie 2

Il n'y a pas grande chose à dire sauf peut-être que nous étions encore heureux. Ma sœur était trop petite (je réalise le passage du temps sur elle, littéralement)! J'adorais jouer avec elle, ce qui est mieux qu'une poupée, c'est une poupée vivante et... chiante. Bon, deuxième partie concernait plus ma mère, je m'intéressais plutôt à ses yeux marrons, toujours grands ouverts comme pour vouloir y intégrer d'un seul coup tout un monde. Je faisais partie de ce monde-là. Un peu plus tard, quand j'avais 10 ans peut être et elle en avait 5, j'ai commencé à créer d'autres mondes pour elle. Mon art consistait à faire des spectacles des marionnettes et des peluches pour elle et sa copine, la fille de notre voisine de la maison de 5h à mari alcoolique (avec le mari alcoolique de la maison de 8h, et mon père, ils faisaient une bande de connards-prets-à-s'enflammer). Nous en avions besoin.

Notre maison était entourée d'un petit jardin où, pendant l'été, nous faisions du barbecue des poissons frais que l'oncle Tuncay avait péché le matin même. J'y avais planté avec mon père un pin et le pêcher était pour ma sœur. Il y avait aussi un citronnier, un grenadier, un pommier, un prunier... Le pin était le seul à ne pas porter des fruits... Dans un moment donné, je m'en souviens, ma mère avait même un coin potager. Combien je détestais l'odeur de la terre et ses mains sales. Je voulais qu'elle soit une mère moderne, qu'elle nous parle de son travail et non des tomates, qu'elle parte avec ses amies les soirs et non rester faire la cuisine et le ménage tout le temps toute seule. Une fois débarrassée de mon père, elle s'est remise à la fois à finir ses études supérieures et enchaîner une maîtrise; et aussi à cultiver son petit jardin cette fois d'appartement. Toutefois, elle n'a jamais arrêté de faire le ménage d'une façon presque obsessionnelle. Il y a des choses qu'elle n'arrive pas à nettoyer de son passé, j'imagine. Je t'aime maman.

Je disais que nous étions heureux, j'adorais ma petite sœur, je l'aime toujours. C'est vrai qu'on ne parle pas beaucoup. Après, je ne parle pas beaucoup avec nulle personne mais ce que nous partageons avec les personnes avec lesquelles je parle de temps en temps, c'est précieux. En même temps, puisque "beaucoup" est toujours relatif et référentiel, je peux dire que je parle beaucoup avec certaines personnes, que d'autres m'en excusent.

Du coup, j'étais petite, je me savais petite parce qu'on me le disait souvent, mais je me savais grande aussi parce que j'était la grande sœur de ma petite sœur. Ma confusion ne date pas d'hier. Au fait, ce n'est que partiellement vrai. Je ne m'en souviens pas du tout de la manière dont on m'appelait. Mes souvenirs les plus anciens ne datent pas si loin que ça. Je crois que je ne réfléchissais pas du tout, je vivais, c'est tout. Quelle naïveté! Avais-je une heureuse enfance? Mais bien sûr! Mais ça aussi, est partiellement fausse parce que je ne sais pas comment me prononcer sur l'ensemble des gazillons de seconds/situations/échanges/conflits/aventures/jeux qui ont constitué mon propre passé. Enfin, il y a eu des moments où j'étais contente, d'autres non, petits traumas, parfois peur et fascination simultanées, normal quoi. 

Sylvia, tu n'existais pas à cet époque, ni les autres d'ailleurs. Autre chose qui reste intacte : je n'existais toujours pas. C'est ça le problème de mémoire. Qu'est-ce que vous faites d'ailleurs? ca me ferait plaisir de vous parler un peu. 

Menteuse, ça ne te fera pas plaisir. Ce n'est qu'une expression vide et froide que tu as appris par cœur parce que les français aiment beaucoup et fonctionnent par des expressions toutes-faites qui leur servent de mots de civilité. Mais tu n'as pas de courage pour les dire ça en face, et puisque tu ne peux pas fabriquer suffisamment intelligemment les tournures de phrases qui t'aideraient à contourner ce sens artificiel d'une manière sympathique, tu les emplois quand même. Tu n'as pas honte de dire des choses aux quelles tu ne crois pas véritablement? Enfin, ça ne veut pas dire que tu te balades perpétuellement avec une masque parce que tu oses de temps en temps, avec des personnes avec lesquelles tu crois avoir une relation plus ou moins établie et sécurisé. As-tu peur de ne pas être aimée, appréciée? 

Bien évidemment Sylvia, comme tout être humain, je crois? Après je ne pense pas que c'est une motivation constante dans mes rapports aux autres. Il est pourtant vrai que l'impératif d'être en plein santé physique et mentale m'oppresse un peu. D'autant plus que les catégories des pathologies sont des constructions historiques, elles aussi (cf. homosexualité, dysphorie de genre, pourquoi pas d'autres?). J'ai lu Tezer Ozlu, j'ai lu ses romans comme si c'était de la poésie. Comment je peux vouloir "guérir"? Mais pourquoi je ne voudrais pas être seine? Parce que c'est un idéal dont la seule fonction est de faire sentir celles et ceux qui n'y arrivent pas, mauvais-e-s dans leurs peaux. Certain-e-s le prend comme un outil de négociation pour réformer la psyché. Mais dans la mesure où la psyché reste une autorité qui fait grâce par ces améliorations, comment peut-on parler d'une Ayça qui veut être/aller bien? La psyché n'appartient-elle pas à Ayça?

Bah non, tu sais bien que l'institution de la psychanalyse freudienne et compagnie est une privatisation de la psyché, qui pose les problèmes en amont pour y apporter des solutions. Elle n'appartient à personne, encore moins à un sujet, d'autant plus que le sujet est une invention de l'histoire. 

Ou à l'inverse, c'est peut-être parce que je n'y fais pas suffisamment de confiance de par mon propre narcissisme et volontarisme individualiste qui se veut capable de résoudre ses problèmes au fur et à mesure qu'ils surviennent dans leur contexte propre? 

Je sais que tu as tendance à te sous-estimer puisque tu crois connaître ton coté miroir et que ça te terrorise de t'aimer toi-même par peur de t'enfermer dans ta réflexion mais tu exagères. Je te rappelle que tu nous a créé pour esquiver l'autorité suprême et incontestable de ta psyché qui se veut souveraine. La pauvre, elle ne connaît pas mieux que ça, elle non-plus. 

Jung m'avait beaucoup aidé dans un moment donné mais depuis que j'ai appris qu'il était antisémite je l'accuse et m'accuse d'y avoir trouvé refuge. 

Tu ne peux pas diaboliser l'intégralité d'une personne à cause de certaines de ses idées. Il s'était trompé ou il ne connaissait pas la gravité de ces pensées-là. Tu as mangé de la chair pendant des longs années. Tu n'arrive toujours pas arrêter de fumer. Milles prétextes pour te culpabiliser d'avantage. En diabolisant les autres tu te sens mieux dans tes propres incapacités? 

Non, c'est plus que ça Sylvia, et tu le sais bien...

Tu n'as pas de meilleurs arguments? Tu cherches des boucs émissaires, c'est tout. 

Je cherche une utopie. 

Va falloir la créer ma petite, puis on y déménagera tout-e-s ensemble.

Oui mais j'ai envie de continuer à écrire sans savoir sur quoi. L'ambiance de ce soir est de Pink Floyd, Division Belle. Ne me jetez pas des pierres, mais celui-là est mon album préféré. Oui je sais c'est un point de discord énorme qui a presque déclenché une guerre l'été dernier lorsque j'étais à Istanbul avec A2. J'attendais une importante réponse à ce moment. Je l'attends toujours sans pouvoir m'avouer qu'il ne fallait pas attendre. Ces sont des High Hopes. Elles vont me rendre folle. Je vais devenir folle et ce n'est même pas un problème. Je me demande si je ne peux pas rentrer vivre à Istanbul. Je peux faire mon master dans mon ancienne université. Si je reste apolitique, il y a moyen que je survive. Je peux même travailler avec A et louer un appartement pas très loin du Bosphore. Je ferais des longues promenades, donnerai des miettes de simit aux oiseaux quand je passe à l'Anatolie et boirai du thé noir à Kuzguncuk. On m'a dit qu'ils ont fermé le Cinaralti probablement pour le transformer à un magasin de tapisserie orientale ou de chaussures de marque. Quel sens?

Il fallait écrire tout ça sur mon carnet et non pas sur ce blog je crois. Mais bon, c'est comme ça. Avec cette brisure qui s'est infiltrée dans ma conscience, je ne peux plus continuer du coup...
hosçakalin. 

jeudi 5 avril 2018

séance thérapie 1

Suite aux conseils de M, j'ai décidé de prendre un peu plus de temps, (quantitativement, même si lui, il fonctionne plutôt par la réflexion sur les entretiens) pour me détendre... 
Soyons honnête, je suis dans la merde. Même pas, mais j'en ai l'impression; ou plutôt j'ai un certain vécu qui se répète trop souvent (et ça, à chaque niveau de la réflexion), ce qui fait que le lapse de temps qui sépare l'un (vécu) de l'autre devient trop court, de même pour le sentiment qui l'accompagne, bien entendu pas trop joyeux, les virgules s'enchainent,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,  
.Soldat : ça, c'est ce que l'image du contrôleur de ticket dans les transports communs devient dans les habitudes, une fois passé à l'inconscient. (l'habitude elle même se présente sous forme d'essence) Soldat sécularisé, car le sentiment de sécurité est assuré depuis après-guerre (il y en a une en ce moment en Syrie par exemple, et l'Afrique brûle, RDC en son sein).
Non mais sérieusement, j'ai besoin de me détendre... Je n'ai aucune idée comment on fait ça, mais bon ça fait une exercice de plus dans l'auto-apprentissage de la pédagogie. 
Je ne suis même pas fatiguée. L'année dernière, pendant l'hiver, c'était le.. non mais je n'ai pas envie d'écrire sur ça. Puis, j'ai assez des pensées négatives ces derniers jours. 
Action directe, combien c'est difficile! surtout lorsqu'on a besoin de s'apprendre à se détendre.
Imaginez...
La certitude, c'est une pot de fleurs, mortes. 
J'ai vraiment besoin de la poésie. Mes mots me manquent tellement... voici un appropriation qui ne dérange pas, et qu'il faut care dans son innocence. C'est la seule espace qui n'est pas envahi par quelconque idée fixe. (Sauf que la scolarisation à 3 ans est sur le point de devenir obligatoire, le milieu par excellence de la reproduction sociale -non pas au sens de la reproduction des valeurs familiales, mais celle des valeurs de l'Etat qui vend par ailleurs des armes aux enfants de je ne sais quel coin du monde, tellement les conflits armés sont répondus dans la territoire qui dépasse les limites de l'Europe- l'OTAN interviendra. Les nouveaux arrivants, sont-ils légitimes pour remettre en question cette décision?-). 
Si nous vivions dans une société où les politicien-ne-s étudient le troisième livre de la République, ce que "Les Montagnes Russes" représentent aurait un autre nom. 
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de ma meilleure amie. Non mais vraiment, elle ne comprend pas le français (elle sait dire j'ai dix neuf ans mais c'était il y a cinq ans déjà). Elle, que je connais depuis l'âge de 6 ans. (C'est ding, hein?). Nous jouions toutes les deux de la batterie au collège. Nous faisons du kung-fu, son père était notre entraineur, mentor aussi (merci Ali Hocam). Puis je suis partie pour aller étudier au lycée (c'est ce que vos enfants vont devoir faire dans pas longtemps si vous restez silencieuxeuse face à la réforme d'éducation en cours (#sauvetafac), mais aussi #sauvetonlycée), mais notre amitié n'est pas restée derrière moi. Il y a peu de rencontres qui vous assure qu'elle va se reproduire avec la même intensité à chaque fois. Eh bien la notre en est une. Heureusement que tu existes Tugçem, joyeux anniversaires. 
Je commence à développer une certaine admiration pour le romantisme allemand, ils sont mignons.
Visiblement il y avait aussi des écrivaines importantes qui ont fait partie de ce courant. (Celui ou celle qui a volé ce livre de la bibliothèque est prié-e de le remettre à sa place dans le plus court délai). La reconnaissance est un enjeu central. 
Je pense que je suis une sceptique malgré moi. 
Il se peut que ceci soit une crise de conscience. Le fait qu'on prononce "bilinç" et "vicdan" avec un seul et même mot pose-t-il des véritables problèmes? 
Le travail par contre, est devenu un véritable torture. Il faut que je me détends. Dernières semaines. 
A2, réponds moi de temps en temps. Je comprends l'argument mathématique mais tu es un être humain. Ne tombe pas dans l'esprit concurrentiel. Faut œuvrer à faire ce qu'on aime faire dans ce monde. Puis, tu me manques aussi. 
Il ne faut pas que je parle au nom des autres, ça a des effets catastrophiques. Le rougeur de mon visage n'en revient toujours pas. 
Une chambre à soi, c'était une étape nécessaire.

Gravity is working against me.



dimanche 25 mars 2018

Bon appétit / la Turquie

Vous connaissez le loukoum. Comme pour la plupart des pays qui ont pris (ou s'est vu attribué) leur indépendance de l'Empire Ottoman pendant la grand-partage territoriale après la première guerre mondiale, pour la Turquie aussi, c'est une confiserie qui fait partie de la tradition gastronomique. On en vend dans les boutiques touristiques de Sultanahmet, dans la Grand Bazar d'Istanbul, dans les aéroports... Bref, c'est une marchandise coquette comme une autre.

Pour le peuple turc cependant, le loukoum est plus que ce qu'il apporte au PIB. Il fait partie des coutumes importantes. Pendant les Bayram d'origine religieuse par exemple, on en sert aux invité-e-s qui viennent rendre visite aux plus âgé-e-s de la famille, une tradition qui s'oublie petit à petit avec l'accélération du rythme de vie urbaine, la marchandisation des rapports sociaux, et l'éparpillement des membres de la famille atomisée, qui prend plus en plus leur distance avec les générations antérieures "non modernes". Je m'en souviens très bien. Mes grands-parents du côté maternel habitant dans le petit village agricole aux périphéries d'Istanbul, 12h de distance en voiture de la ville méditerranéenne où nous habitâmes depuis mes 5 ans, nous les rendions visite en famille pendant les Bayram, profitant des vacances scolaires. Quand c'est le "Bayram de confiserie" connu comme Aid el-fitr dans le monde arabe, je sortais avec des copines des voisinage frapper à la porte des membres lointains de la famille élargie, demander de loukoum et du chocolat. C'était la fête totale où on avait le droit de manger autant de sucrerie qu'on veut, du moment où on les mange à l’extérieur de la maison, loin des conseils sanitaires de ma maman fonctionnaire de santé publique, bien évidemment.

Toutefois, avaler le loukoum n'est pas toujours un plaisir. Une autre coutume veut qu'on en distribue dans les "maisons des morts" comme je l'appelais crûment. Réunies dans le demeure du/de la défunt-e, pendant que les hommes priaient à la Mosquée, les femmes offrent aux invitées du loukoum et de l'eau de Cologne citronnée pour apaiser les affres du deuil. Quand notre voisine, la tente Pembe était décédée fin l'été 2007, ma mère avait accueilli les invitées aussi chez nous, tellement elles étaient nombreuses. J'étais amoureuse de mon premier grand amour à l'époque. Les vacances terminées, il allait retourner le lendemain à Ankara avec ses parents. Le Loukoum n'était un plaisir ni pour l'époux et les deux filles, mes aînées de quelques années de la tente Pembe, ni pour mon cœur sanglant de 14 ans.

Avaler le loukoum n'est pas facile ces jours-ci non plus, enfin, pour celles et ceux indigné-e-s face à la guerre régionale que le régime d'Erdogan entretient à Kurdistan (l'encouragement sous-terrain du marché des armes à l'appuis - dont la France est le troisième pourvoyeur après les Etats-Unis et la Russie). Le loukoum n'était pas un prétexte pour parler de la salle politique du "Reis". Il fait partie désormais d'une troisième coutume, bien ancrée dans le sultanat d'AKP, au pouvoir depuis 2003.

Voyez, c'est une affaire tordue. Le nouveau nationalisme turc qui a réussi à s'affranchir de l'élitisme kemaliste et à s'étendre vers les classes populaires ne se débarrasse pourtant pas de son caractère fasciste. Comme si la politique d'anéantissement de toute opposition à l'intérieur du pays (journalistes en prison, remplacement des fonctionnaires publiques par les partisans etc.), ou l’impérialisme culturel et économique vers le monde arabo-musulman (les séries télévisées turques super populaires non seulement à Maghreb mais aussi aux Balkans, fétichisme de "made in turkey" dans les marchés d'Alger ou de Tunis etc.) n'étaient pas suffisants, l'intervention militaire et "officiel" de la Turquie dans les cantons de la Fédération autonome du nord de la Syrie se fait au nom de la gloire de la nouvelle nation turque. Est-ce parce qu'il veut annexer le territoire kurde à la Turquie ?

Dans certaines villes syriennes comme Jarablus et Al-bab où se sont installés des postes turques, les écoles enseignent déjà le programme turc (1). Mais la situation est complexe. Erdogan cherche désespéramment the golden mean et n’hésite pas d'employer tous les moyens possibles pour y arriver. Il doit combattre et l'Etat Islamique et les combattant-e-s kurdes qui affronte l'Etat Islamique pour empêcher la création de la Fédération qui peut potentiellement "diviser" la Turquie en annexant l'est du territoire où la population kurde est majoritaire. Le silence qu'adopte la non-volonté européenne de mettre fin, par exemple, au dernier massacre à Afrin et la tombée dans les mains de l'armée turque de ce troisième canton de la Fédération, ne provient pas de leurs respects pour les affaires internes (?) des autres pays. Ni de la part de vente des armes pour les économies occidentales. " La crise migratoire" est un enjeu crucial pour l'évaluation des dynamiques géopolitiques et la Turquie y joue un rôle essentiel par sa position géographique. En plus, l'armée turque vient deuxième en termes d'effectifs dans l'OTAN après celle des USA. Le têtu qu'est Erdogan qui disait ne reviendrait plus jamais à Davos (2) avec une spontanéité non conventionnelle en 2009 menace l'Europe. Non pas parce qu'il a des couilles suffisamment grands et suicidaires pour déclarer la guerre à l'Europe mais parce qu'il peut arranger le passage des réfugié-e-s du moyen orient en Europe, un déplacement qu'il a lui-même provoqué par la lutte armée qu'il mène sur ce territoire. Puis, l'Europe a besoin de la Turquie pour limiter sa dépendance au gaz russe. Encore plus aujourd'hui dans le contexte d'escalade de la tension devenue médiatique avec l'assassinat du double-agent russo-britannique (3). 

Tous ses éléments ne sont certainement pas les seuls à provoquer l’indigestion du loukoum. Je ne suis d'ailleurs pas suffisamment compétente ni pour analyser cette situation hautement complexe, ni pour l'expliquer. Mais il y a quelque chose de plus important qui m'a poussé à écrire ce texte dans un élan d'indignation brûlante. Ce matin, j'ai reçu un message d'un ami de longue date qui va se faire opérer demain matin. Son message n'avait rien avoir avec sa condition médicale. Militant fervent comme toujours, il mettait en avant ses luttes plutôt que ses propres soucis. C'est un étudiant à l'université de Bogaziçi, l'une des plus prestigieuses en Turquie, en science politique. Il m'a envoyé un article en me disant qu'il faut absolument faire bruit en Europe pour faire entendre ça car la situation risque de s'aggraver très rapidement. Je ne veux pas, je ne peux pas vous exprimer mes sentiments face à ce message, à ma propre position politique seine et sauf, bien loin de lui, d'elleux. Qu'est-ce que ça veut dire vouloir repolitiser la jeunesse étudiante française ? Quelle est ma légitimité dans tout ça, pourquoi je ne suis pas auprès de lui en ce moment ? Mais tout ça, semble être des questions d'un autre texte. 




Dans l'article qu'il m'a envoyé (4), figure la crispation de la peur de l'Etat provoquée par la mobilisation étudiante. Le 19 mars, les étudiants pro-Erdogan distribuent des loukoums à la fois pour célébrer la prise d'Afrin et pour pleurer la mort des militaires de l'armée turque, les "sehit" martyres. Le recteur de l'université (nommé par Erdogan lui-même en 2016) soutient et remercie personnellement pour leurs initiatives. A leur tour, les étudiant-e-s membres de la Fédération des Associations de la Jeunesse Socialiste protestent naturellement la réappropriation de cette coutume pacifiste avec une pancarte sur laquelle figure : " pas de loukoum pour l'invasion et la massacre", dénonçant ainsi à la fois la légitimité de la conquête menée par l'armée turque et celle du travestissement de cette invasion en un acte héroïque. 

Vidéo : https://www.evrensel.net/haber/348522/erdogan-o-komunist-vatan-haini-genclere-okuma-hakki-vermeyecegiz 

Le résultat : 3 étudiants mis en garde à vue le jour même, et 5 autres par la descente de la police dans les appartements où iels habitent, d'autres récupérés de la bibliothèque où ils travaillaient et d'autres encore en essayant d'empêcher les forces de la police d'arrêter leurs camarades. Ils n'ont pas accès à leurs dossiers juridiques placés "secret". Erdogan, dans son discours d'hier annonce : " nous n'allons pas permettre à ces communistes, à ces traîtres d'étudier à l'université" (5). 

Pour terminer, je vais traduire le dernier paragraphe de l'article de Nazan Sengul (4) : 

Ne t'en fais pas autant / celleux qui ne t'ont pas appris l’espoir ne sont point coupables / regarde, comme la terre est vaste. Lorsqu'on se souvient de ces vers de Arkadas Z. Ozger (6), il faut se rappeler également ceci :  dans le monde, il se peut que les justes n'obtiennent pas toujours le gain de cause, c'est la raison pour laquelle les luttes pour la paix, l'égalité, le labour, la justice et la liberté existent. Ça revient à nous, les gens de l'espoir de faire tourner le monde sur cet axe. Pour ne pas perdre l'espoir, pour la liberté des êtres humains qui ont de l'espoir :
 #ArkadasimaDokunma 
#NeTouchePasàMesCamarades

--------------

(1) http://rojinfo.com/afrin-aux-mains-des-djihadistes-et-de-larmee-turque/
(2)http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/01/30/colere-de-recep-tayyip-erdogan-a-davos_1148334_3218.html
(3) http://www.lemonde.fr/international/article/2018/03/14/royaume-uni-theresa-may-annonce-la-suspension-des-contacts-bilateraux-avec-moscou-et-l-expulsion-de-23-diplomates-russes_5270801_3210.html
(4)pour les turcophones malheureusement : http://www.etha.com.tr/Haber/2018/03/23/guncel/arkadaslarim-baris-istiyor-yasami-savunuyor-nazan-/
(5) http://haber.sol.org.tr/turkiye/erdogan-komunist-genclere-universitede-okuma-hakki-vermeyecegiz-232727
(6) poète militant décédé à l'âge de 25 ans, suite aux violences policières qu'il a subi pendant une descente de la police dans son appartement lorsqu'il est à l'université. Son prénom est un pseudonyme qui veut dire ami. Ndt. 

lundi 12 mars 2018

ardeur

This,
is the moment for the waterfall

these,
were our memories, or to be
not to be a ripple of excitement,
but to stay.

while the Inuit were the only people
the cold was not as heartless
doubtless as boldness holds
down-to-earth, far too simple.

Breaking the ice, how shallow
moving the numb, as fallows
when the glow flows between atoms
water falls

a retiring god says
à dieu
never leaving hereafter
ever living, never after
ever yours.

mardi 20 février 2018

Macron et SNU

Macron veut rétablir le service militaire, revêtu sous le nom du service national universel (SNU). C'est une marche à l'arrière non seulement pour la France mais aussi pour l'être humain que nous sommes. Cette volonté politique est problématique sur plusieurs aspects :

D'abord du coté de sa réception. En bon-ne-s réactionnaires, les hommes et femmes politiques et les médias se prononcent sur sa faisabilité en termes techniques et financières. Ça va coûter à la France autour de 2,4 à 3 milliards d'euros par an (1). Le projet va s'appuyer sur les dispositifs existants. Visiblement, questionner le sens et la portée de cette volonté n'est pas premier dans le programme. Il semble que la proposition n'en est pas vraiment une car il ne s'agit pas de demander aux citoyen-ne-s s'iels l'accepteraient ou non. La décision est posée, il s'agit de déterminer comment le mettre en place d'une manière le plus abordable et moins coûteuse. On peut m'objecter : "oui mais, il le disait déjà pendant sa campagne présidentielle et ce qu'il fait maintenant n'est que tenir sa promesse. En fin de compte, c'est aussi pour ça qu'il a été élu". Vous auriez raison, il y en a un grand nombre qui a voté pour lui, voici les fruits à récolter maintenant. (ah pardon, dans ce règne néo-libérale, on ne récolte pas de fruits, on les achète). 

Cette réception médiatique qui se concentre sur le coût de la mise en place du SNU est un symptôme d'une malaise beaucoup plus grand. Pourquoi la question économique se poserait avant même celle qui porterait sur les conséquences éventuelles de cette décision sur les liens sociaux? Il avance ses arguments couverts par un papier cadeau sur un plateau d'argent,. Vous allez les avaler parce qu'ils font jolis? Macron dit : "Le moment que représentera ce service national universel, c'est un moment de rencontre entre la jeunesse de notre pays et la nation, et en partie son armée, mais ça peut être aussi un engagement civique, comment est-ce qu'on donne de son temps utilement à la nation" (2). Quelle nation? 

Supposons que vous aimez bien "votre" pays. Il est entrain d'être privatisé bout par bout. Les liens nationales dont Macron parle, ne sont pas les liens entre les citoyen-ne-s qui peuplent cette nation. Ce sont des liens qui enchaînent chaque individu isolé à une entité abstraite, qui semble devenir plus en plus un entreprise géant. La jeunesse n'a pas besoin de rencontrer la nation, elle a besoin de se politiser, non pas à partir de ce qu'elle lit 24/24 sur twitter, mais en se rendant compte de ce qui se passe là où elle vit, habite, passe son temps quotidien. Les jeunes ont besoin de rencontrer les un-es avec les autres, puis leurs co-citoyen-ne-s. La jeunesse n'a pas besoin de donner de son temps utilement à la nation, elle doit reconnaître qu'elle en a une fois qu'elle arrive à éteindre son portable, elle doit se réveiller de cet état de paralysie que la démocratie représentative la maintient. C'est ça ce qui serait bon pour votre pays. 

Mais qu'est-ce qu'un pays? Pourquoi est-il le votre? pourquoi cette appropriation? Dans une société marchande ou tout se vend et tout s’achète, où la propriété privée qu'on possède détermine l'estime qu'on a de soi et de l'autre, faire de son pays "le votre", n'est effectivement pas très compliqué. C'est ce qui se passe. A la limite, si vous avez lu Rousseau au terminal, vous me diriez, oui mais ce n'est pas à moi ce pays, c'est à nous toutes et tous. Sauf que les frontières de ce "toutes et tous" sont déjà bien tranchées et ce n'est pas vous qui les avaient déterminées pour commencer. Lorsque l'identification de "nous" prend comme référence cette entité pathologique qu'est la nation, et que la nation s'organise autour d'un Etat qui prend sa légitimité de vos prédécesseurs lointains, le "nous" ne questionne même pas ce que ça veut dire d'être un sujet commun de l'Etat. Le mouvement qui fait de l'Etat une autorité pour exercer la volonté générale, aurait du faire de lui un bien commun dont la gestion est révisé régulièrement.  Or son mode de gestion n'est pas et ne peut pas être mis en question, chaque fois de nouveau, pour chaque nouveau membre de la société. Par conséquent, chaque nouvel arrivant l'accepte comme une entité omniprésente, qui a toujours existé, qui ne peut pas être aboli mais seulement être amélioré par des réformes progressifs, selon les besoins du moment... La suppressions des postes dans l’éducation nationale, la réduction des APL, la circulaire Colomb qui vise à jouer à Agatha Christie au lieu d'augmenter des capacités d'accueils des 115 et le 'Reporty' qui se teste à Nice pour faire de chaque citoyen-ne un-e dénonciateurices potentiel-le... C'est ça le lien social renforcé par l'Etat par des réformes progressifs. Pourquoi l'acceptez-vous? 

Avec la SNU, le projet de Macron vise à remilitariser ces liens. Selon cette vision, les liens sociaux se concentrent autour de l'idée de nation, qui, elle se rétréci vers l'Etat régalien pour rebondir sur une ouverture néo-libérale où tout se privatise. Croyez-vous sincèrement qu'on peut s'écouter, être solidaire les un-es les autres, en se retrouvant autour de la peur? La valeur mise en avant dans cette affaire, à savoir "l'honneur" de donner sa vie, si besoin, à sa nation, est une fausse valeur. Elle est proposée comme solution à un problème qui a été crée par le même Etat. Les réactionnaires et les conformistes sautent dessus, accepte le problème sans questionner s'il est véritablement là, et s’interrogent sur la possibilité de la mise en place de cette solution. n'y a-t-il pas d'autre choix? Une autre manière de renforcer les liens sociaux sans faire appelle aux sentiments nationaux, aux reprises des armes (même si l'engagement peut aussi être civique, dans un pays où presque la moitié de la population a voté FN, le patriotisme héroïque risque de monter très rapidement, notamment dans un contexte international de terrorisme alimenté) n'est-elle pas envisageable? 

Cerise sur le gâteau : tout fier, Macron explique que l'engagement militaire serait obligatoire pour les jeunes hommes et femmes. 
Nous, les jeunes féministes étudiant-e-s ne voulons pas de cette égalité-là! 
                                                                                        par Ayça, au nom de GRAF, antenne étudiante

(1)http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/02/05/20002-20180205ARTFIG00055-un-rapport-denonce-le-cout-trop-eleve-du-service-national-universel.php

(2)http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/13/le-service-national-universel-sera-obligatoire-affirme-benjamin-griveaux_5255954_823448.html

dimanche 18 février 2018

Impressions du jour, 18 fév

Nous étions au local syndical des Solidaires Etudiant-e-s. Deux camarades parisiennes sont venues proposer une formation sur les "luttes anti-patriarcales" à quatre volets : le sexisme, le consentement, la lgb-phobie et la transphobie, tous les quatre très intéressants. Il faut commencer par les remercier de leurs efforts et leur bienveillance à l'égard, entre autres, de mes contributions qui peuvent parfois s'avérer, je l'accepte, être chiantes. Nous avons également pris le temps de faire une petite réunion non-mixte d'une demie-heure dans l'après-midi laissant les garçons s'occuper de la vaisselle. Deux d'entre eux avaient préparé des salades une végan et une végétarienne; un autre avait ramèné des bananes en quantité suffisante pour nourrir une belle famille des singes. Je vous remercie toutes et tous pour cette journée plein de partage et de réflexion. 

Les présentations étaient terre à terre, avec des références aux vécus quotidiens potentiels et réels, avec des propositions concrètes concernant les modes d'action que les étudiant-e-s peuvent adopter, les revendications qu'on peut porter et les arguments qu'on peut mobiliser pour les faire entendre. Le coté théorique n'était pas pour autant absent. Nous avons parlé du sexisme par intention et le sexisme par effet (méchanceté vs. "sans faire exprès"); de l'intersectionnalité qui n'est pas un somme arithmétique des oppressions; de l'espace-safe à l’intérieur des groupes militants qui n'en est pas toujours tout à fait safe; de proposer des réunions non-mixtes en cas de besoin lorsqu'il se présente pendant les ateliers/AGs ; de la possibilité d'utiliser un safe-word pour dénoncer le sexisme lors d'une conversation; du besoin d'intégrer les étudiant-e-s dans les commissions disciplinaires s'il s'agit d'un cas relatif aux comportements sexistes, lgbtphobes ou au harcèlement ; des différences entre le genre, le sexe et l'orientation sexuelle, des particularités de trans* et les procédés médico-juridiques qui les concernent... 

Toutefois, je ne peux pas m'empêcher de souligner un point méthodologique qui, me semble-t-il, touche à une question préoccupante: c'était une journée de "formation". La vieille méthode de transmission des "connaissances" des éclairé-e-s aux ignorant-e-s, n'est elle pas issue justement de ce que le contenu de la formation visait à critiquer? Nous étions autour d'une grande table, face à deux intervenantes qui nous présentaient leur textes. Dans une position d'écoute passive, nous attendions la transmission des informations relatives à nos vies quotidiennes, des instructions déterminées en amont de la discussion, prêtes-à-employer, qui s'immiscent jusqu'à la mise en place rationalisée d'une vie sexuelle soucieuse du consentement des partenaires. L'une des propositions concernant ce dernier point c'était par exemple de demander à sa ou son partenaire : quelle partie de ton corps t'aimerais que je touche le plus souvent/ parfois/ jamais ? Nous comprenons l'intention, il s'agit de rendre visible, dans le souci de neutraliser les effets de la culture du viol, la nécessité, d'un coté de briser le tabou de parler des problématiques de la sexualité afin de ne rien prendre pour acquis ; et de l'autre de communiquer sur ses pratiques sexuelles du couple pour une intimité plus épanouie. Cependant avons-nous besoin, à ce point, de rationaliser notre rapport à l'autre? Qu'est-ce qu'on devient lorsque le discours, le logos s'intègre jusqu'aux plus profonds du partage sensuelle et sexuelle? Quid de la spontanéité, de l'esprit de jeu, de l’éveil progressif du désir et la connaissance graduelle du corps et des plaisirs de l'autre? La réponse à la culture de viol doit-elle passer nécessairement par la régulation rationnelle des rapports d'intimité? 

Nous avons explicité pendant la discussion, suite à mon objection, les motifs qui nous poussent à formuler des telles propositions régulatrices : le risque est grand et la culture du viol rend les risques potentiels effectifs. Toute femme ayant des rapports romantiques ou sexuels avec des hommes a probablement expérimenté, au moins une fois dans sa vie et encore, le fait de se voir entraînée dans des pratiques auxquelles elle n'a pas forcement donné son consentement. (ce vécu n'est pourtant pas spécifique aux femmes mais nous ne pouvons pas passer sous silence les données statistiques) Il est tellement "normal" pour certains d'obtenir ce qu'ils veulent, le moment où ils le veulent que la question de la volonté ou la disposition de l'autre ne se pose même pas. D'ailleurs, et je pense que c'est un point qui doit précéder cette réflexion, cette volonté de toute-puissance ne se manifeste pas uniquement dans le cadre des pratiques sexuelles (là on est déjà dans une certaine intimité, s'il ne s'agit pas carrément d'un viol ou du harcèlement sexuel) ni n'est nécessairement consciemment méchante. 

Voici un exemple personnel trivial qui peut illustrer ce point : j'étais au campus pendant une belle journée d’automne magnifiquement ensoleillée, assise dans le jardin sur les marches qui monte vers le bâtiment d'extension. Il n'y avait pas grand monde autour, quelques passant-e-s de temps à l'autre. J'étais arrivée plus tôt que prévu et attendais l'heure pour aller à mon cours. Sentir le soleil sur ma peau est la nourriture de mon esprit, j'en suis joyeusement dépendante. A quel point j'étais contente, je vous laisse deviner. Dans un moment donné, j'avais fermé les yeux, le visage tourné vers le soleil, profitais de ma solitude momentanée, pour remercier à l'univers de pouvoir le remercier. Vous connaissez certainement, je l'espère, cet état du soi, quel pur plaisir d'exister! "Excuses-moi de te déranger mais ça fait presque dix minutes que je t'observe c'est impressionnant comment tu restes immobile comme ça", entendis-je. Hé le mec, tu viens de ruiner le petit moment que je prenais pour moi, pour me dire que la manière dont je prends un petit moment pour moi est impressionnante et qu'en plus, tu ne te prives pas de me dire que tu m'observais comme si tu étais dans un zoo? Si nous avions un certain degré de familiarité, j'aurai pu excuser son comportement, voire être contente du fait qu'il soit arrivé à ce moment précis pour pouvoir partager ce bien-être avec lui mais nous étions l'un-e pour l'autre complètement étranger-e-s et ce qu'il avait affaire c'était un corps, justement, immobile.

Enfin, ce que je voulais dire c'est que le problème, me semble-t-il, se trouve ailleurs, et ne peut pas être régularisé par des propositions rationnelles concernant nos manières d'appréhender nos pratiques sexuels ou le corps de l'autre confinant le problème à l'espace privé. Le privé est public, non pas seulement parce que ce qui est vécu dans le privé est en réalité ce qui est le plus partagé ; ni parce que le privé descend dans les rues par et pour des revendications rendues publiques; mais parce que le public s'incarne dans ce qui est le plus intime entre deux inconnu-e-s dans la vie quotidienne : le partage du moment. Lorsque ce qui est public est le fétichisme marchand, le consumérisme autophage, le primat de la propriété, de l'appropriation et de l'appartenance;  l'objectivation du corps qui se donne naturellement à observer et la volontaire ignorance du contenu du désir d'autrui deviennent des trivialités négligeables. L'espace-temps que je prenais pour moi, étant absent dans son contenu pour le garçon (qui pourtant était suffisamment gentil de commencer sa phrase en s'excusant), était également absent des considérations sur sa propre capacité d'agir qui me visait dans ce moment précis et partagé. Ceci, est plus qu'un problème de respect, ou de maladresse, c'est un enjeu de reconnaissance. Il y a plus que ce que l'Homme perçoit de la femme que je suis aussi, elle transcende la perception, elle a une absence qui lui est inaccessible et il se doit et doit à elle de reconnaître sa propre ignorance concernant cette absence. C'est seulement ainsi qu'il aurait pu ne pas envahir mon espace-temps : il aurait pu attendre pour que j'ouvre les yeux, en fin des comptes vouloir communiquer n'a rien de méchant. Il aurait pu ne pas siffler derrière elle, le chien de chasse qui court après son cible prétendument reconnu comme tel : il n'y a rien de mal de vouloir transmettre son admiration mais le lapin n'est pas avant tout un nourriture. Il aurait pu ne pas couper sa parole puisqu'il croit savoir ce qu'elle a à dire : si elle tâtonne peut-être qu'elle a plutôt besoin d'encouragement. 

La méthode de "formation" reste, en ce sens, résolument paternaliste puisqu'elle croit pouvoir transmettre aux destinataires des informations formulées en amont du partage. Cette présomption qui fait de la réflexion une matière qui peut changer de main sans influencer l'interlocuteurice, sans être influencée par elleux, ni par la situation d'échange n'entraîne-t-elle pas à figer ce qui peut être co-élaboré avec les participant-e-s/partenaires en fonction de leurs disponibilités, leurs biographies, leurs expériences concrètes? Pourquoi ne pas envisager une pédagogie participative, un atelier collaboratif animé par les intervenantes mais non pas dirigé du début à la fin par elles? Si nous n'étions pas des jeunes politisé-e-s, aurions nous la possibilité d'élargir le contenu de la formation avec nos questions qui ont fait irruption et qui ont prolongé sa durée initialement prévue ? La situation est plus qu'un espace-temps qui héberge l’enchaînement programmé de ses contenus. Ici et maintenant est plus qu'une scission rationnelle et a posteriori de la succession des moments présents, du mouvement de l'histoire. C'est un rapport de moi à toi, et c'est la négligence de la valeur de ce rapport qui avait motivé, au départ, nos deux camarades parisiennes de venir nous former sur les luttes anti-patriarcales. Comment défaire ce nœud ? 

Tout ça, tout ça, sont des pensées, mais ne sont pas que des pensées. 
Puis, vous pouvez me dire que lorsqu'il s'agit des émotions et/ou des désirs, le temps qu'on prend pour réfléchir avant d'agir n'est pas toujours très productif. Croyez moi, j'en sais quelque chose... Mais c'est là où réside peut-être le plus grand enjeu.
à continuer à creuser... 

vendredi 16 février 2018

Coup d'Blog avorté

Attention! Ceci est un Coup d'Blog.
Tu es priée de bien vouloir te calmer jusque une prochaine déclaration car nous sommes nombreuxeuses à en avoir marre de ton état d'esprit bipolaire. Te réveiller à la vu des oiseaux en vol harmonieux pour sortir du cours pleurer en cachette aux toilettes et devenir euphorique dans l'après-midi suite à un double phénomène sonore est un complet non-sens. Il faut y mettre un terme et c'est maintenant.

Nous savons, chère corps, que tu es épuisée et que tu ne dors pas bien car tu te sent envahie par un sentiment d'incapacité généralisé qui te hante même dans ton lit. Nous savons que tu es consciente de cette situation mais que tu n'arrives pas à mesurer ces états de fluctuation, que tu te sens presque dépassée. Nous savons que tes engagements multiples sont à la fois valorisants, puisqu'ils touchent aux autres; mais aussi fatigants, puisqu'ils ne te touchent pas assez, que tu as besoin de prendre du temps de qualité pour toi-même. Qu'à force de vouloir te dissoudre dans l'extérieur tu te dissimules derrière tes ondulations centrifuges au point de vouloir abolir la possibilité même de l'existence d'un quelconque centre hormis cette matière physique qui t'incarne socialement. Qu'en théorie, tu es convaincue que c'est cette manière de vivre qui te convient le mieux, que tu as essayé de réaliser plusieurs d'autres options en vaine, que tu as besoin d'être active, de faire, de te relier aux autres, de collaborer mais qu'au fond, quand tu es seule, tu n'a qu'un seul envie qu'est de regarder droit sur le mur et y voyager.

Cependant chère corps, ceci n'est pas cohérent. Ceci, chère corps, n'est pas envisageable. Chère corps, nous savons bien que c'était ton choix, de sortir de ton pays, adopter une nouvelle langue, et essayer de te démerder dedans. Nous savons, et que tu savais, que la conscience irréfléchie allait devenir un bien rare. Tu avais anticipé cette incertitude dû à la quasi-impossibilité de l'oubli de soi lorsque tu te sais, constamment, étrangère. Tu avais déjà expérimenté ce que signifie de se savoir commettre des erreurs devant tout le monde et à chaque fois. Faute de grammaire, faute de syntaxe, méconnaissance des mots, méconnaissance des éléments historiques, ignorance des référentiels culturels, incompréhension des empreintes symboliques... (quand bien même que tu sais ô combien tu n'a aucun droit à te plaindre car tu as ces fameux papiers) Tu savais ce que les vécus répétitifs d'incapacité ou d'ignorance font au sentiment de soi. Tu te croyais être protégée grâce à l'attitude naïve qui t'accompagne depuis ta petite enfance. C'est elle qui t'avait poussée à t'aventurer dans les eaux inconnues pour commencer.

Est-elle brisée? Qu'est-ce qui s'est passé, chère corps? Pourquoi ta force est diminuée? Pourquoi tu doutes, non pas de ton aptitude de pouvoir tout faire -ce serait une illusion d'omnipotence que tu as déjà accroché au mur dans un joli cadre- mais de celle à t'apprendre à te débrouiller tant bien que mal? Pourquoi tu te sens écrasée sous ton propre poids? Quid de ton insouciance bienveillante, ta volonté d'embrasser l'olivier? Pourquoi ne prends-tu plus autant de plaisir à ressentir le soleil sur ta peau? C'est un effet d'hiver surement, ou te prends-tu trop au sérieux?

Ne vois-tu pas, chère corps, que tu t’entraînes dans une incohérence en cédant à ce punaise de sentiment d'impuissance ?  Que plus tu te prends au sérieux, plus tu te concentres sur toi-même, tu t'y attaches, tu te privatises, tu t'appropries, tu redresses la forme et deviens seule? Tu n'es pas seule, tu ne peux jamais être seule, l'humain ne peut pas être seul dans ce monde chère corps, car l'humain n'existe que sur cette terre partagée, dans cette langue commune, dans le bus 22 allant au campus, dans le queue du cafétéria attendant le petit-déjeuner à la française, l'humain ne peut pas être seul et tu es un être humain.

Donc, get your shit together, chère corps, et ne t'inquiètes pas pour cette lettre ouverte. Je est suffisamment molle pour ne pas pouvoir s'imposer comme autorité. L'énoncé d'ouverture n'était qu'une crie d'alarme, une prière du soir, un rappel à l'ordre et rien d'autre.

Fais de beaux rêves ce soir et reviens parmi nous le plus tôt possible.

vendredi 2 février 2018

romantisme frustré 2

Embrasser le peuple d'esclaves glacé
ou
sauter vers les cendres depuis un cratère
si on compte, aimer, c'est une poignée d'absence

Je plonge sans remède à la fosse océanique
ah! maman, la vague m'a battu
Les regards se noient au premier

mes pieds n'auriont pas si froid
si je n'étais pas si naïve à croire à chaque brin de lumière
voici une autre gravité latente, meurtrière.

bite the bullet, redirige la vers moi

un cri sous avalanche,
-le sourire du renard-
les mains tournées vers le ciel
-le goût de la terre dans la bouche-
un sifflet emprunté au rêveur
- poèmes flatteurs-

je rentre, les cils aux musons
cellui qui cultivait l'amour
dorénavant
le laisse sécher dehors.

Même les dinosaures sont oubliés
ou peut-être
on m'a jamais aimé.


traduction réinterprétée de l'Afrik, 6 septembre 2012.
Pour l'original: http://zambakgiller.blogspot.fr/2012/09/afrik.html

jeudi 18 janvier 2018

romantisme frustré 1

je n'ai pas eu l'heur de lui plaire

ta barbe de plusieurs jours m'encoffre
délaissé-e
tu as l'air,
sans doute je n'y suis qu'un corps
entre autres
à qui on jette
quand l'occasion s'y prête
un bonjour
coup de tonnerre
qui me frappe
j'ai l'air
esseulée
je n'ai pas de barbe qui t'encoffre
l'heur en regrette
si tu savais

naissance de la tragédie, on dit
on y est à sa mort
tonnerre probe en trope
à enterrer
naissance de la tragédie, je dis
nihil obstat, sauf toi
je te demande pardon
souris moi

tu sais quoi?
horrifiante cette idée
que tu as perdu l'espoir
d'un amour désinvolte
ne m'adresses pas la parole
mais crois en l'amour
en cette vie
toute nue et beaucoup bu
je t'en prie
souris

aufhebung à kierkegaard
marche arrière d'Adorno
midnight walk de Lantsias
là où je suis
je fais avec
j'essaye de faire sans
l'heur se navre

philosophons, n'est-pas?

mardi 16 janvier 2018

Alp maritime

Un souffle des lointains
pourtant si proche
mon pays
l'appropriation n'a jamais été si inadéquate
pour une entité dont je récuse l'existence
même dans l'imaginaire
même dans la psyché
intimement
collective.

Pourtant si réelle, il était là
parlait ma langue, si habituelle
irréfléchie, non-réfléchie, hors de la portée
l'absence de raison
l'absence quotidienne
pourtant si proche
in-consciemment
présente.

L'oppression pèse
même de loin
même sur l'inconnu
même activement
les murs moisis de la prison
les murs repoussants de la corruption
les murs qui suffoquent
qui écrasent
sans détruire la résistance

résilience
iels sont là.
nous sommes là.
nous sommes ici.
maintenant
sans point

mercredi 10 janvier 2018

Mémoires de Chalvagne 2

L'illumination cardiaque est un phénomène naturel qui se manifeste chez les êtres humains qui ont fait l'expérience de s'unir les un-e-s aux autres dans une confiance réciproque et harmonieusement totalitaire. La philanthropie, le son des eaux de la rivière, la douce chaleur d'une cheminée, le sens d'une relation libre et non-appropriée en sont les potentiels catalyseurs. 

Une très bonne manière de la provoquer inclut des individus qui s'aiment et qui partagent des moments quotidiennement exquises, conformément à la libre association autour de la mutualisation -entre autres-  des affects. Deux d'entre elles peuvent se mettre d'accord pour s'isoler quelques dizaines de minutes et s'asseoir d'une manière confortable l'une devant l'autre, préférablement en position lotus. Puis, elles peuvent se prendre dans les mains et fermer les yeux pour quelques secondes pour ressentir le présent, et apprécier et remercier du fond du cœur la vie qui leur procure ce moment précieux. 

Une fois leurs cœurs connectés, elles peuvent parler de leurs désirs et leurs peurs ; du jardin d'été et des tâches ménagères ; des ânes qui préfèrent la lecture d'Aristote à celle de Platon au point de se rouler par terre lorsque Aristote traite de la phantasia ; du moment d'entrecroisement de l'auto-responsabilisation avec l'émancipation ; de l'amour-retrouvaille mise en suspension ; de leurs fragilités assumées et puissances non-impositionnelles respectives, communes ou contradictoires...  

Le moment où une main droite désintéressée rejoigne la joue gauche de l'autre, et l'autre referme les yeux pleurés, reprend sa confiance pour faire une confidence personnelle, et que ces paroles ekstatiques portent la lumière jusqu'à ses propres particules, à ce moment-là, l'illumination cardiaque se réalisera. 


Merci pour ta confiance, mon ami, merci d'exister.
Merci Chalvagne, les pins, les ânes, Féline, Caline, Nicette et Mobilette.
Merci l'univers, et l'eau et le feu et l'air et la terre, et les belles amitiés que vous nous offrez.
A tout bientôt. 

jeudi 14 décembre 2017

P.n°20, procès de Bruce suite à P.n°19, publication suspendue

Silence !
Présent-e-s: écrivaine, Bruce, Elie, Jules, Ömür, Alice, lea lecteurice

Récapitulons : Le 11 décembre 2017, Bruce, avec ta caméra à la main, tu as décidé de jouer le paparazzi. Tu as enregistré d'une manière clandestine la conversation qui se déroulait entre Elie et Jules. Puis, tu l'as retranscrit et publié dans ce même blog. Le 12 décembre 2017, soit le lendemain, l'écrivaine a été sollicitée par ces dernier-e-s pour la suppression du ledit article puisqu'iels n'avaient pas consenti à rendre public leur discussion personnelle. D'ailleurs, tu ne les as même pas demandé de permission, ni pour l'enregistrer, ni pour le distribuer dans l'espace publique. Ce qui vient d'être dit, est-ce conforme aux vécus ? 
Bruce : Oui. 
Elie : Nous confirmons. 

Qu'est-ce que tu as à dire sur ce sujet, Bruce ? 
Bruce : Je suis désolé pour ce que j'ai fait, je n'avais pas de mauvaise intention. Comme j'avais emprunté l'appareil photo à M, l'ami d'écrivaine récemment, j'avais envie de me donner un challenge (de ne pas me faire remarquer lorsque je vous suivais). Vous savez que je m'ennuie un peu à la maison. Il n'y a pas grand-chose à faire dans le jardin avec l'arrivée de l'hiver, et Sylvia est trop occupée ces jours-ci. Je vous avoue qu'au départ, je n'avais pas l'intention de  retranscrire la discussion, ni de la diffuser. Mais ce dont vous parliez était tellement intéressant que je pensais rendre service aux lecteurices en le rendant public. En plus, la retranscription a pris une valeur littéraire, faisant preuve d'un réalisme contemporain ! Cependant, j'accepte que c'était un acte paternaliste, je devrais demander la permission à Elie et Jules... Je vous prie de m'excuser mes ami-e-s. 

Quelle est votre réponse Elie et Jules ? 
(-tu veux commencer ? -vas-y)
Jules : A titre personnelle, ça ne me dérange pas tant que ça que notre discussion soit rendue publique mais non pas sans réticences. D'un coté, je suis d'accord avec Bruce pour dire que c'était presque une oeuvre d'art, si je fais l'abstraction du fait qu'il s'agit de notre discussion, à moi et Elie. Il a effectivement réussi à capturer presque toute la conversation avec une exception de courte durée mais ça ne fait rien. En la (re)lisant, je me rends compte de sa qualité littéraire mais pas que. Comme c'était une discussion quotidienne, et non une sorte de scénario préparé en avance ; et puisque nous discutions sur les relations humaines, je dirais que le dialogue comporte aussi une dimension documentaire. Sur ce point-là, je félicite Bruce. Si nous savions qu'il était en train de nous enregistrer, je crois que nous ne parlions pas de la même manière, et le dialogue retranscrit serait moins... réel. Cependant, faire abstraction du fait que c'était notre conversation, n'est pas si facile que ça. Nous parlions quand-même aussi sur des problématiques plutôt intimes, qui renvoie à nos biographies respectives, et les moments que nous avons partagé à deux. Il aurait pu du moins nous donner des pseudonymes et tailler certaines parties qui affichent nos personnalités comme la partie sur la poésie. Du coup, je ne suis pas contre sa publication dans l'ensemble, mais il faut le retravailler. Par contre, Elie n'est pas tout à fait d'accord avec ça.

Elie : Bah non, parce qu'avant même que nous parlions de la diffusion, d'un point de vue éthique, il est malhonnête d'enregistrer clandestinement les discussions des gens comme ça. Ce qui donne à une conversation quotidienne sa valeur de vérité, c'est justement le fait que les interlocuteurices sont convaincu-e-s que c'est une activité personnelle (même si on est à plusieurs). Comment tu veux qu'on discute d'une manière sincère si on a la crainte perpétuelle d'être écouté-e par les autres ? Il ne faut pas y voir ni de conservatisme, ni de moralisme mais simplement les conditions d'une interaction saine entre les personnes engagées dans la discussion (même si je suis prête à discuter sur les critères de santé d'une interaction, on en parlera peut-être une autre fois). Puis, admettons que le dialogue a une valeur artistique, pensez-vous sincèrement qu'il fait preuve d'un " réalisme contemporain" uniquement parce que ce qui y a été dit est une copie exacte d'une situation réelle particulière ? Franchement, si vous voulez capturer la réalité, il faut plutôt aller sous un quelconque pont tard le soir pour montrer le contraste que présente la coprésence des gens qui passent la nuit dormir sur des cartons (regardes maman, c'est bien ce carton pour dormir ce soir, on peut le prendre avec nous, non ? ), et les gens qui sortent de la boite de nuit qui n'ont rien à foutre de ce paysage devenu habituel. Je n'essaye bien évidemment pas d'imposer une sorte de censure à La République mais je préfère, personnellement, ne pas être un objet d'art contemporain qui, par choix, ne donne aucun élément de lecture de ces réalités-là. 

Écrivaine : J'ai l'impressions que cette discussion déborde un peu des cadres de son intention mais rien ne nous empêche d'en sortir. Elie, est-ce que je peux aussi prendre tes critiques et les élargir sur notre façon d'organiser ce blog, étant donné que ce que nous publions ici ne traite pas toujours des questions sociales ou politiques ? 

Elie : J'avoue que je n'ai pas d'avis tranchée sur notre propre écriture, sachant que j'en fais partie moi-même (et ce n'est pas facile de prendre suffisamment de distance de soi-même, pour se critiquer). Il me semble que ce qui joue dans ma remarque concernant le dialogue, c'est que ce n'est pas une collaboration, nous n'avions pas eu de discussion concernant sa réalisation. Tes poèmes par exemple, parfois tu les écris avec une sorte d'élan de folie, je vois très bien que dans des moments comme ça, tu ne peux pas t’empêcher de les écrire. Ou certains s'adressent directement à la personne qui existe là dehors donc tu ne prends pas le temps de nous consulter, étant donné que c'est une histoire qui veut se rendre effectivement-réelle. Puis, cela n'entre pas en contradiction avec le principe d'indépendance sur lequel nous étions toutes et tous d'accord au départ, donc il n'y a pas de problème sur ce point. Cependant, parfois j'ai l'impression que tu agis trop spontanément, ce qui me dérange parce qu'en faisant cela, tu ne fais pas assez d'attention à la manière dont ton écriture me (nous) contraint pour l'écriture du prochain article. Je pense que c'est injuste de dire des choses seulement parce que tu as une envie inévitable de les dire (je ne parle pourtant pas de leur recevabilité externe). Mais en ce qui concerne le problème du dialogue, comme je l'ai dit, je pense qu'il se trouve ailleurs. Ce qui a été rendu public, ce n'est ni le résultat de l'intention des individus qui l'ont produit (moi et Jules), ni un contenu qui vise de se rendre effectivement-réel (Bruce ne l'a pas fait pour se réaliser). Nous savons très bien que la volonté de visibiliser un contenu sans avoir mis en commun avec les actants impliqués une sérieuse discussion portant sur les éventuelles conséquences de cet acte (cf. Vallée de la Roya militarisée), peut être assez nuisible à la cause, malgré la bonne intention qui le motive. 

Écrivaine : J'entends ton opposition à la publication de votre dialogue. Si personne n'a d'objection, je vous propose de supprimer ledit article définitivement. Mais avant de vous donner la parole, je voulais dire un mot sur ta contestation sur l'organisation de ce blog. Je regrette que tu n'as pas mis en commun le différend qui te préoccupait par rapport au principe d'indépendance dont j'ai visiblement abusé mais je ne me sens pas prête à abandonner mon privilège de posséder le corps anatomico-social de cet ensemble. Je veux dire par là, qu'il faut que vous compreniez aussi que je suis animée par des motifs parfois irrationnels comme nous toutes et tous à la différence que ces motifs sont à la fois la cause et l'effet de la manifestation de nos actions, décisions et paroles effectivement réelles chez autrui, dans le monde réel. Si parfois j'utilise ce blog comme un espace de sublimation, c'est dans un but presque thérapeutique. Mais je vais essayer de faire attention désormais à la recevabilité interne de mes dires. Toutefois, je vous prie de ne pas garder le silence, si vous avez un moindre doute sur notre organisation. C'est pour ça que nous communiquons, n'est-pas ? 

Elie : merci d'être à l'écoute écrivaine, et tu as raison, j'aurais dû en parler bien avant mais comme je n'avais pas d'idée tranchée, je n'avais pas non plus une proposition à vous soumettre. Concernant le dialogue, après cette discussion, je crois que j'ai besoin un peu plus de temps pour réfléchir sur son éventuelle publication, car même si je ne suis pas d'accord, j'entends les arguments de Bruce et de Jules. Je vous propose donc de mettre la décision de (re)publication en suspension, on peut le garder comme brouillon jusqu'à une prochaine réunion ? 

(Accord unanime) 

Alice : moi, en fait, moi aussi je voulais dire quelque chose. Vous parlez toujours des choses très sérieuses et je ne comprends pas. Pourquoi on écrit pas aussi des histoires des animaux, des fées, des sorcières, chais pas moi, des histoires pour les enfants comme moi ? Puis, why I never get to write anything ? It's not fair. 

Écrivaine : tu as raison Alice. We grown-ups forget easily how wonderful your world is. Qu'est-ce que tu en penses par exemple, si tu nous proposais une petite histoire, quand tu penses que tu es prête à le faire ?  

(Hoche la tête)

Écrivaine : Ömür, tu n'as pas du tout parlé ? J'avais pensé que tu voulais participer activement à la discussion de ce soir étant donné que tu avais inscrit ton prénom parmi les présent-e-s ? Tu as envie de prendre la parole ? 

Ömür : c'est vrai que j'avais envie de parler d'un projet (mondain) que j'ai en tête depuis quelques jours. Comme la discussion s'inscrit à peu près sur la même lignée, j'y avais inscrit mon nom mais après ce que j'ai entendu, je préfère le discuter d'abord avec les personnes effectivement impliquées dans le projet tel que je commence à le concevoir. Je prendrai la parole une prochaine fois. 

Écrivaine : Très bien.
La décision unanimement acceptée est de mettre en suspension la publication du dialogue. Merci à toutes et à tous d'être présent-e-s. Je vous souhaite une belle soirée.  

lundi 11 décembre 2017

P.n°19 - l'enregistrement clandestin: Bruce le paparazzi.

Elie : Salut,
j'ai beaucoup réfléchi depuis le procès et j'ai décidé de lever mon veto concernant la publication de cet article. Je crois que les arguments prononcés au procès étaient nécessaires pour l'explicitation de mes craintes et suffisantes pour les dépasser. Je remercie tout le monde de m'avoir permis de prendre le moment de m'assurer et d'être rassurée. Voici donc, un petit bout de notre quotidien avec Jules. 
Nous vous embrassons. 

-C'était une bonne idée de sortir nous promener. Je me sens un peu écrasée par les poids des impératifs, tous toujours hypothétiques. -Elie, tu sais que tu parles dans ton sommeil? -ah bon? Je parle de quoi? -de moi, bien sûr! -pourtant je n'ai pas de souvenir de faire des cauchemars. - c'est normal, t'ouvres tes yeux à moi, ma chérie. -t'es gonflé quand même. -c'est les pois chiches d'hier. C'est vrai que ça fait du bien de marcher un peu. -s'il ne faisait pas si moche... Tu sais que j’appréciais l'automne plus que toute autre saison quand j'étais plus jeune? -pourquoi ça a changé? -j'ai découvert mes fragilités. -sacrée déception... mais tu t'en sors bien cette année. Tu devenais vraiment insupportable quand il fait moche, ça l'air d'être changé. -Ouais. Il s'est avéré que je n'ai jamais été une guerrière. Merci d'être resté auprès de moi Jules. -qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre? Tu ne me laisses pas de choix. -tu parles comme si je t'avais mis des chaines. -si parfois. -je suis sérieuse. -moi aussi je suis sérieux. Puis, j'aime bien nos infidélités collabos. -c'est vrai qu'il est plutôt rare de pouvoir établir cette confiance. - Tu te souviens de notre premier rendez-vous? - Naturellement, mais je t'avais aperçu bien avant. -Je le sais, tu étais trop fière pour admettre tes sentiments.- c'est une question d'herméneutique. - qu'est-ce que tu veux dire? -  je croyais que tu étais trop beau pour être sincère. - genre, Don Giovanni ? - si tu veux... du coup j'ignorais volontairement ta beauté. Puis, ce n'est pas ce qui m’intéresse le plus, tu le sais. - oui, enfin, je crois savoir. On est jamais certain avec toi. Tu as toujours ce coté un peu mystique. C'était lequel de tes amants qui t'avait dit que tu étais comme une femme derrière les rideaux, qui se croirait transparente quand bien même que seul son ombre se manifesterait à autrui? - Oui, mais c'est un grand romantique. Quel bel été c'était! Mais oui, je vois ce que tu veux dire. Mais tu sais que je t'en voulais longtemps de ne pas avoir le courage de venir me parler. - Bah, toi non plus tu ne l'as pas fait! - C'était toi le Don Juan. - Sois raisonnable. TU me voyais comme un Don Juan. Puis, tu n'es pas la grand-mère du coin non plus. - Arrêtes. T'es pas obligé de rendre le compliment. Je sais que je ne suis pas l'Aphrodite. C'était un peu ça aussi ce qui m'empêchais de venir te parler directement, je crois. - C'est-à-dire? - C'est-à-dire que je voulais que tu me considères d'abord comme un intellect et non comme un corps qui a aussi un intellect. Tu sais que c'est dur de vivre en féministe. Tu te poses beaucoup de questions, parfois inutiles. - Ce n'est pas aisé de comprendre ça en tant qu'homme mais rétrospectivement, même ces moments d'absence étaient précieux, tu trouves pas? Personnellement, je ne pense pas que nous avons perdu du temps.- Tu as raison, il y a toute une vie devant nous. - Ça t'arrive parfois de te demander ce que nous deviendrons si jamais nous nous perdons de vue? - Evidemment, mais je n'en fais pas un souci. L'être humain s'habitue à tout. Je pense que je serais toujours reconnaissante pour les moments que nous avions pu partagés, tant bien que mal. Qu'est-ce que tu en penses?

(parasites)

-oui, mais c'est toi qui m'a montré, indirectement, que je t'attribuais des qualités que tu n'avais pas forcement. Ce qui était étrange, c'était de témoigner à la fois la démolition de mon toi et la subsistance de ma volonté de connaitre le tien. Je crois qu'elle a même été intensifiée. - Je pense que tu étais dans un moment de ta vie où tu voulais stabiliser tes expériences amourettes? - Il y a certainement de ça, mais après, comment dissocier ta personne de mes propres conditions? Je te suivais quand même avec une curiosité intellectuelle aussi. J'avoue que je n'étais pas toujours très satisfaite d'ailleurs. - Tu ne l'es toujours pas. - Toi non plus. - Tu penses que c'est le moment où on a décidé d'affronter ensemble nos imperfections et nos discordances respectives que nous avons commencé véritablement d'aimer l'un-e et l'autre? - Je suis trop romantique pour admettre cette interprétation. Je pense que je t'aimais même quand tu n'étais qu'un Don Juan. Sinon, pourquoi me ferais-je la peine de me questionner sur ce que je ressentais pour toi? - ah les femmes! - vas! tu sais mieux que ça! - d'accord, ne t'énerves pas! Je voulais dire ah les romantiques! - Tu savais que j'avais écrit le souvenir en slow-motion pour toi, entre-autres? - je l'espérais. - Je m'en souviens combien je voulais que tu t'excuses auprès de moi, et non à voix si haute, de ne pas y être arrivé plus tôt. - C'est toi qui est gonflée. Pourquoi tu l'as pris sur toi? Je n'ai pas le droit d'être dégoûté parce que j'ai raté autre chose? - Oui, tu as raison. C'est mon érotomanie peut-être. Mine de rien, j'avais le cœur qui a sauté un coup quand tu es entré dans la pièce avec tes pantalons noirs et chaussures marronnes. -Comment tu t'en souviens de ça? Je vais commencer à m'inquiéter pour ton bien être. Tu ne sois pas un stalker? - Mais non, idiot, c'est parce que je l'avais mentionné dans mon carnet quand j'écrivais mes impressions du jour. J'y avais mis aussi que tu avais un cul bien trop petit pour mon gout. - Tu m'aimais sans vraiment m'aimer dans mon intégralité alors, y compris corporellement? Ça ne fait pas de sens. - Bien sur que si, c'est ta définition d'amour qui ne correspond pas la mienne, peut-être? J'aime tout le monde, puis ça se transforme à autre chose avec les partages, le temps. - Qu'est-ce que je suis devenu pour toi après tant de temps? - Un amour durable! - Au moins mon image en toi correspond à tes convictions politiques. - Tu sais bien que je ne fonctionne pas par des impératifs catégoriques. C'est toi, singulier et insaisissable qui occupe mon cœur. - j'ai envie de t’embrasser. - pourquoi tu ne le fais pas?  - ...