vendredi 16 février 2018

Coup d'Blog avorté

Attention! Ceci est un Coup d'Blog.
Tu es priée de bien vouloir te calmer jusque une prochaine déclaration car nous sommes nombreuxeuses à en avoir marre de ton état d'esprit bipolaire. Te réveiller à la vu des oiseaux en vol harmonieux pour sortir du cours pleurer en cachette aux toilettes et devenir euphorique dans l'après-midi suite à un double phénomène sonore est un complet non-sens. Il faut y mettre un terme et c'est maintenant.

Nous savons, chère corps, que tu es épuisée et que tu ne dors pas bien car tu te sent envahie par un sentiment d'incapacité généralisé qui te hante même dans ton lit. Nous savons que tu es consciente de cette situation mais que tu n'arrives pas à mesurer ces états de fluctuation, que tu te sens presque dépassée. Nous savons que tes engagements multiples sont à la fois valorisants, puisqu'ils touchent aux autres; mais aussi fatigants, puisqu'ils ne te touchent pas assez, que tu as besoin de prendre du temps de qualité pour toi-même. Qu'à force de vouloir te dissoudre dans l'extérieur tu te dissimules derrière tes ondulations centrifuges au point de vouloir abolir la possibilité même de l'existence d'un quelconque centre hormis cette matière physique qui t'incarne socialement. Qu'en théorie, tu es convaincue que c'est cette manière de vivre qui te convient le mieux, que tu as essayé de réaliser plusieurs d'autres options en vaine, que tu as besoin d'être active, de faire, de te relier aux autres, de collaborer mais qu'au fond, quand tu es seule, tu n'a qu'un seul envie qu'est de regarder droit sur le mur et y voyager.

Cependant chère corps, ceci n'est pas cohérent. Ceci, chère corps, n'est pas envisageable. Chère corps, nous savons bien que c'était ton choix, de sortir de ton pays, adopter une nouvelle langue, et essayer de te démerder dedans. Nous savons, et que tu savais, que la conscience irréfléchie allait devenir un bien rare. Tu avais anticipé cette incertitude dû à la quasi-impossibilité de l'oubli de soi lorsque tu te sais, constamment, étrangère. Tu avais déjà expérimenté ce que signifie de se savoir commettre des erreurs devant tout le monde et à chaque fois. Faute de grammaire, faute de syntaxe, méconnaissance des mots, méconnaissance des éléments historiques, ignorance des référentiels culturels, incompréhension des empreintes symboliques... (quand bien même que tu sais ô combien tu n'a aucun droit à te plaindre car tu as ces fameux papiers) Tu savais ce que les vécus répétitifs d'incapacité ou d'ignorance font au sentiment de soi. Tu te croyais être protégée grâce à l'attitude naïve qui t'accompagne depuis ta petite enfance. C'est elle qui t'avait poussée à t'aventurer dans les eaux inconnues pour commencer.

Est-elle brisée? Qu'est-ce qui s'est passé, chère corps? Pourquoi ta force est diminuée? Pourquoi tu doutes, non pas de ton aptitude de pouvoir tout faire -ce serait une illusion d'omnipotence que tu as déjà accroché au mur dans un joli cadre- mais de celle à t'apprendre à te débrouiller tant bien que mal? Pourquoi tu te sens écrasée sous ton propre poids? Quid de ton insouciance bienveillante, ta volonté d'embrasser l'olivier? Pourquoi ne prends-tu plus autant de plaisir à ressentir le soleil sur ta peau? C'est un effet d'hiver surement, ou te prends-tu trop au sérieux?

Ne vois-tu pas, chère corps, que tu t’entraînes dans une incohérence en cédant à ce punaise de sentiment d'impuissance ?  Que plus tu te prends au sérieux, plus tu te concentres sur toi-même, tu t'y attaches, tu te privatises, tu t'appropries, tu redresses la forme et deviens seule? Tu n'es pas seule, tu ne peux jamais être seule, l'humain ne peut pas être seul dans ce monde chère corps, car l'humain n'existe que sur cette terre partagée, dans cette langue commune, dans le bus 22 allant au campus, dans le queue du cafétéria attendant le petit-déjeuner à la française, l'humain ne peut pas être seul et tu es un être humain.

Donc, get your shit together, chère corps, et ne t'inquiètes pas pour cette lettre ouverte. Je est suffisamment molle pour ne pas pouvoir s'imposer comme autorité. L'énoncé d'ouverture n'était qu'une crie d'alarme, une prière du soir, un rappel à l'ordre et rien d'autre.

Fais de beaux rêves ce soir et reviens parmi nous le plus tôt possible.

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