lundi 20 janvier 2020

Marx & Religion, une introduction

  

         Au premier vu, parler de Karl Marx et de la religion ensemble semble inapproprié. En effet, celui-ci est notamment connu pour ses critiques de la religion. Or, ses critiques ne visent pas directement la religion en tant que système de croyances mais comme système institutionnalisé dont la fonction même, en tant qu’à la fois idéologie et superstructure, est de se substituer à la conscience de la vie réelle dominée par les propriétaires du Capital, à savoir la classe bourgeoise. En ce sens, les extraits (relativement nombreux mais courts) où il traite de la religion ne constituent pas une théorie systémique de la religion ou de la religiosité mais sont le prolongement, peut-être le point de départ même, de sa pensée œuvrant de faire une critique radicale de l’économie-politique et de l’organisation capitaliste de la société.

          Ainsi, afin de saisir le sens de sa philosophie-politique ciblant la fonction de substitution de la religion doit être située à la lignée du matérialisme historique, qui, lui-même est issu de la philosophie Allemande de son époque. En effet, le très connu Contribution à la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel paru en 1844, s’ouvre comme suivant :

« Pour l’Allemagne la critique de la religion est pour l’essentiel achevée ; or la critique de la religion est le présupposé de toute critique. »

          Il faudrait noter, à partir de cette ouverture, qu’au sein de l’héritage philosophique allemand dont il est issu, la critique de la religion occupait une grande place. En effet, Marx faisait partie des Jeunes Hégeliens ou Hégeliens de Gauche avec Feuerbach et Bauer, qui se distinguaient des Hégeliens de droite avec leurs interprétations matérialistes et révolutionnaires de la pensée du grand philosophe. C’est au sein de ce groupe également qu’une théologie critique est née (notamment avec Feuerbach) avec une tournure vers le matérialisme, affirmant que les circonstances historiques ne sont pas déterminées par des idées (idéalisme) mais par des rapports sociaux. Ainsi, la religion ne doit pas être compris comme une idée, une croyance individuelle qui lie l’être humain à une quelconque divinité, mais comme le fruit des rapports sociaux d’une nature bien particulière.

« La misère religieuse est, d'une part, l'expression de la misère réelle, et, d'autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'une époque sans esprit. C'est l'opium du peuple. » (Marx, 2010)

         Cette dernière phrase notamment, devenue slogan, est citée de nombreuses fois sans forcément être mise dans un contexte plus grand. Cela fait d’elle l’expression la plus rigide d’une pensée contre la religion prise dans l’absolu, la religion étant très rapidement identifiée comme l’ennemi principal. Or, la première partie de la citation est également essentielle en ce qu’elle montre que la religion est prise de façon médiate, puisqu’elle remplit une fonction dans une société où la misère réelle, matérielle est percutante. Autrement dit, la religion devrait être comprise dans sa fonction de substitution de la conscience de la réalité économicopolitique dans laquelle les individus sont profondément ancrés.

          En effet, la société telle qu’elle était lue par Marx, était marquée par des disparités saisissantes. Il existait un grand écart entre les propriétaires du capital et le peuple, dépourvu de toute protection sociale et de sécurité matérielle. Ici, le Capital doit être compris non pas comme une simple accumulation monétaire servant de base à l’investissement marchand, mais comme « un rapport, historiquement spécifique, d’appropriation privée des moyens de production dans lequel ces moyens et leurs propriétaires sont non seulement séparés de ceux qui les utilisent mais s’opposent à eux, les dominent et les écrasent. » (Thomas, 2012)

         Ainsi, afin de mieux comprendre la fonction de la religion dans l’expression de et la protestation contre la misère réelle, il nous faudrait mieux saisir la définition du Capital et de la société capitaliste en générale. Pour cela, il serait utile de faire un retour historique sur le passage du féodalisme vers la société organisée autour du mode de production capitaliste.

« La Réforme, et la spoliation des biens d'église qui en fut la suite, vint donner une nouvelle et terrible impulsion à l'expropriation violente du peuple au XVI° siècle. L'Église catholique était à cette époque propriétaire féodale de la plus grande partie du sol anglais. La suppression des cloîtres, etc., en jeta les habitants dans le prolétariat » (Marx K. , 1993)

         En Europe de l’époque féodale, les seigneurs, les propriétaires foncières employaient les serfs, les paysans sur leurs terres qui constituaient directement les forces productives. Ces derniers cultivaient la terre pour les premiers et en contrepartie, recevaient d’eux la protection contre les attaques des féodaux voisins. Puisque leur force de travail n’était pas encore subie la marchandisation pour être vendue au sein de l’économie de marché (qui aura émergée parallèlement à l’avènement du capitalisme) en contrepartie d’un salaire, leurs productions se limitaient à l’entretien du territoire du seigneur et la survie de la famille de ce dernier.

         Au tout début de l’époque féodale, les paysans n’avaient même pas de droits sur la partie de la terre sur laquelle ils et elles vivaient, mais ont progressivement obtenu des droits partiels grâce aux massives insurrections organisées. Néanmoins, cette attribution des droits était accompagnée d’une monétarisation des liens qui subordonnaient les paysans aux féodaux. Désormais propriétaires de leurs bouts de terre, ils devraient payer des impôts, que ce soit par l’intermédiaire de l’argent ou des biens comme des pouls ou des œufs, nécessaires à leurs propres survies.

         Dans la citation ci-dessus, Marx rappelle le contexte de l’Angleterre du 16ème siècle où l’Eglise Catholique était le plus grand propriétaire féodal. Avec la Réforme protestante, et la dépossession de l’Eglise de la plupart de ses terres, les paysans qui y travaillaient étaient également expropriés au profit de l’accumulation primitive/initiale du capital, qui allait continuer vers tous les terres communales au 17ème siècle.

         Ainsi, la bourgeoisie, propriétaire des moyens de production en scission, de plus en plus, avec la classe de notables, héritiers des terres, s’est appropriée ces terrains forçant les paysans soit à émigrer vers des villes, soit de rester en s’employant au profit de la nouvelle propriétaire bourgeoise, mais dans tous les cas à vendre leur force de travail, devenant ainsi des prolétaires.

      Cette prolétarisation forcée des paysans, accompagnée du processus de l’émergence de l’économie de marché, a ainsi créé une société de classes à double face : la bourgeoisie ou les propriétaires des moyens de production d’un côté, et les prolétaires ou ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre, de l’autre. Cette division, disons, alternative au servage a été la cause de la paupérisation ou l’appauvrissement en masse de la plupart du peuple.

        Ainsi, les paysans devenus ouvriers vendant désormais leur force de travail sur le marché de travail, ont commencé à produire des marchandises dont le profit allait dans la poche des propriétaires des moyens de production. Or, le propre du profit n’est pas uniquement le fait de récupérer ce qui reste après avoir soustrait aux gains les coûts de production, ceux-ci étant à la fois la part de l’entretien et de l’activité des outils techniques et technologiques utilisés pour la production (le capital constant) et le coût de l’entretien des vies des ouvriers pour garantir la reproduction de leur survie (le capital variable).

        Le profit est également un objectif dont l’augmentation constante est désirée pour accumuler toujours une plus grande richesse. D’après la définition que nous avons donnée plus haut, nous pouvons dire qu’il existe une limite à l’augmentation du profit, due à la fluctuation de prix des marchandises au sein du marché libéral sous l’effet de la concurrence originelle, qui ferait que les moyens pour la maximisation du profit devraient être recherchés en dehors de l’augmentation des prix de vente d’un produit.

          La solution que le mode de production capitaliste propose face à cette limite se situe au niveau des composants du capital investi, à savoir le capital constant et le capital variable que nous avons indiqué plus haut. Puisque le rendement du capital fixe est relativement stable[1], les modifications sur le plan du capital variable, à savoir la force de production, deviennent nécessaires et se montre de manière suivante :

          Imaginons qu’afin d’amortir l’investissement initial d’un détenteur de capital, il faudrait produire et vendre 50 chemises et le temps de travail socialement nécessaire à leur production serait de 20h hebdomadaires travaillées par deux ouvriers. Or, lorsqu’un possesseur de capital achète la force de travail des ouvriers, il les fera travailler, disons, 40h par semaine. Ainsi, au lieu de produire 50 chemises, ces ouvriers produiront 200 chemises. C’est-à-dire que le profit venant de la vente de 150 chemises supplémentaires ira dans la caisse du patron, bien que les salaires des ouvriers n’aient pas augmentés. Cette forme de profit s’appelle la plus-value ou la survaleur.   

        A l’époque féodale, la plus-value était récupérée par les féodaux par la force, et non pas par l’intermédiaire de l’économie de marché, encore absente (Balibar cité par Laclau, 1975). Parallèlement à la prolétarisation et la naissance du marché de travail salarié, la récupération de la plus-value et le montant des salaires avaient désormais été encadrés par les lois du marché et plus tard par celles de l’Etat [2].

           La maximisation de la plus-value peut se réaliser de différentes façons. On pourrait augmenter le temps de travail, faire travailler les enfants ou d’autres individus auxquels l’on pourra payer moins, diminuer les pauses des travailleurs, ouvrir d’autres entreprises identiques ailleurs ou encore conquérir de nouveaux marchés que ce soit une expansion horizontale, géographique, ou verticale, à savoir l’élargissement vers des domaines qui ne sont pas encore marchandisés. Dans tous les cas :

 « L'ouvrier devient d'autant plus pauvre qu'il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L'ouvrier devient une marchandise d'autant plus vile qu'il crée plus de marchandises. La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses. Le travail ne produit pas que des marchandises ; il se produit lui-même et produit l'ouvrier en tant que marchandise, et cela dans la mesure où il produit des marchandises en générale […] » (Marx K. , 1884)

        Ainsi, la définition même du travail a été changé sous le prisme du mode de production capitaliste. Il ne s’agit plus uniquement de l’objectivation de la vie générique de l’être humain (Marx K. , 1884), à savoir sa capacité anthropologique de transformer la nature de manière socialement fonctionnelle et utile, mais de la marchandisation de son être même : Le prolétaire est utilisé par le capitaliste comme une marchandise qui a cette extraordinaire qualité de produire de la plus-value.

         Cette marchandisation n’est pas sans conséquences sur la vie de et la compréhension du monde par les ouvriers. Ne produisant plus pour sa propre survie et pour celle de sa famille, l’ouvrier effectue un travail aliéné.  L’aliénation par le travail se présente à la fois entre l’ouvrier et son produit et l’ouvrier et son activité propre. Non seulement sa propre production lui semble étranger, non moins que le monde extérieur sensible en général, mais aussi sa propre activité devient un moyen par lequel il produit sa propre aliénation, une activité qui ne lui appartient pas.

« De même que, dans la religion, l'activité propre de l'imagination humaine, du cerveau humain et du cœur humain, agit sur l'individu indépendamment de lui, c'est-à-dire comme une activité étrangère divine ou diabolique, de même l'activité de l'ouvrier n'est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est la perte de soi-même. » (Marx K. , 1884)

        Cette aliénation engendre le rapport entre l’ouvrier et son produit, faisant de ce dernier un objet dont l’usage n’est possible pour lui que sous certaines conditions, comme le versement d’une partie de son salaire pour l’acheter. Elle fait naitre également, et c’est cela qui transforme l’organisation sociale de fond en comble, le rapport dans lequel d’autres hommes se trouvent à l’égard de [sa] production [de l’ouvrier] et son produit ; et le rapport dans lequel [l’ouvrier] se trouve avec ces autres hommes. Autrement dit, il crée et participe au maintien de la forme même du travail sous capitalisme.

Toutes ces conséquences se trouvent dans cette détermination : l'ouvrier est à l'égard du produit de son travail dans le même rapport qu'à l'égard d'un objet étranger. Car ceci est évident par hypothèse : plus l'ouvrier s'extériorise dans son travail, plus le monde étranger, objectif, qu'il crée en face de lui, devient puissant, plus il s'appauvrit lui-même et plus son monde intérieur devient pauvre, moins il possède en propre. Il en va de même dans la religion. Plus l'homme met de choses en Dieu, moins il en garde en lui-même. L'ouvrier met sa vie dans l'objet. Mais alors celle-ci ne lui appartient plus, elle appartient à l'objet. Donc plus cette activité est grande, plus l'ouvrier est sans objet. » (Marx, Manuscrits  1844)

        Cette aliénation par le travail est, selon Marx, la base réelle de toute aliénation. Ainsi, il fait des rapports de production, c’est-à-dire de la production matérielle de la vie réelle/sociale, le fondement même de l’organisation de la vie humaine et sociale en générale. Cette base est appelée infrastructure, et en dernière analyse, elle est le plan économique décisif qui fait que les êtres humains entrent en des rapports déterminés, nécessaires et indépendants de leur volonté. C’est sur cette structure économique qu’est fondée la superstructure qui inclut les institutions créées par l’être humain, comme le droit, la politique ou encore la religion.

        Bien que l’infrastructure ou les rapports de production soient décisifs en dernière analyse pour déterminer la constitution des domaines de la superstructure, l’inverse est également vrai. Puisque l’être humain est né à l’intérieur d’un échiquier social qui le précède, à savoir l’ensemble des institutions de la superstructure qui l’accueille, la position socio-économique qu’il va occuper au sein des rapports de production est également générée par sa position par rapport aux éléments de cette superstructure. Les deux structures sont dans un rapport d’interdépendance, et ne sont autonomes que de façon restreinte.

         En effet, selon Marx, la religion est l’une des institutions de la superstructure, une réalité dérivée des conditions sociales déterminées. Il s’agit de la création de l’homme d’une force qui n’est pas reconnue en tant que sa force et qui l’asservit ; de l’esprit religieux qui est lui-même un produit social. (Marx K. , 1844-1847), et elle participe, de ce fait même, aux rapports sociaux de domination. En parlant du protestantisme, il dit que celui-ci :

  « [...] joue déjà par la transformation qu'il opère de presque tous les jours fériés en jours ouvrables, un rôle important dans la genèse du capital. » (Marx K. , 1993)

         Et Engels avait fait un constat similaire pour le Calvinisme :

« Là où Luther échoua, Calvin remporta la victoire. Le dogme calviniste répondait aux besoins de la bourgeoisie la plus avancée de l’époque. Sa doctrine de la prédestination était l’expression religieuse du fait que, dans le monde commercial de la concurrence, le succès et l’insuccès ne dépendent ni de l’activité, ni de l’habilité de l’homme, mais de circonstances indépendantes de son contrôle. Ces circonstances ne dépendent ni de celui qui veut, ni de celui qui travaille ; elles sont à la merci de puissances économiques supérieures et inconnues... » (Engels, 1880)

           Ainsi, Marx et Engels précèdent Weber dans l’identification des rapports étroits qu’entretiennent le capitalisme et la religion. Or, la perpétuation du système de domination ne constitue pas la seule fonction de la religion, car elle est également la conscience renversée du monde.

« Le fondement de la critique irréligieuse, c’est : l’homme fait la religion, la religion ne fait pas l’homme. Et certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi de l’homme qui, soit n’a pas encore pris possession de lui-même, soit s’est déjà reperdu. Mais l’homme, ce n’est pas une essence abstraite qui reste assise dans son coin hors du monde. L’homme c’est le monde de l’homme, l’Etat, la société. Cet Etat, cette société produise la religion, conscience renversée du monde, parce qu’ils sont un monde renversé. » (Marx, 2010)

         La conscience est renversée parce que le monde de l’être humain l’est également. On voit claire à travers cette citation les relations de réciprocité qu’entretiennent l’infrastructure et la superstructure. Par leur travail, au niveau de la base économique de la société, les individus produisent leurs conditions matérielles ainsi que les institutions comme l’Etat qui, à leur tour, produisent la conscience qu’ils ont de la réalité créée par eux-mêmes. Or, cette conscience est renversée, puisque les composants de la superstructure ont une autre fonction : ils sont porteurs d’idéologie.

         Marx identifie trois formes d’idéologie : D’abord dans un sens politique, qui s’exprimerait comme un système de représentations servant à la légitimation du pouvoir et à la perpétuation de la domination.  Deuxièmement, dans un sens philosophique où l’idéologie peut être définie comme une « fausse conscience », une représentation erronée de la réalité, obscurcissant ainsi la prise de conscience effective des conditions sociales réelles. C’est cette forme d’idéologie que Marx indique lorsqu’il parle de la religion. Finalement, l’idéologie peut être aussi, mais c’est beaucoup plus rare, comme une force mobilisatrice réunissant le peuple autour d’une vision du monde (que ce soit le socialisme ou le fascisme). 

          Il serait possible de dire que l’idéologie religieuse en tant que fausse conscience se comporte comme un référent absent.[3] La misère réelle qu’elle exprime n’est visible que pour celles et ceux qui ne sont pas aveuglés par cette misère. L’ouvrier trouve le refuge dans la religion parce qu’elle lui permet de médiatiser la lourdeur de ses propres conditions de dépendance (Toàn, 1970), d’aliénation, d’exploitation. Et elle est la protestation contre cette misère parce qu’il s’agit des conditions vécues, dont l’issue pour s’en sortir est recherchée, malgré l’absence de la référence réelle, à savoir la pleine conscience de l’organisation capitaliste de la société basée sur l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie.

        Pour finir, nous pouvons dire que l’être humain projette ses propres aspirations subordonnées sur une réalité renversée, une puissance imaginaire, un monde d’ailleurs à travers la religion et c’est grâce à cela qu’il peut se soustraire, du moins au niveau des affectes tristes, de l’organisation social qu’il crée mais qui lui parait étranger et au sein de laquelle il se trouve aliéné :

« Le monde religieux n'est que le reflet du monde réel. Une société où le produit du travail prend généralement la forme de marchandise et où, par conséquent, le rapport le plus général entre les producteurs consiste à comparer les valeurs de leurs produits et, sous cette enveloppe des choses, à comparer les uns aux autres leurs travaux privés à titre de travail humain égal, une telle société trouve dans le christianisme avec son culte de l'homme abstrait, et surtout dans ses types bourgeois, protestantisme, déisme, etc., le complément religieux le plus convenable […] Le degré inférieur de développement des forces productives du travail qui les caractérise, et qui par suite imprègne, tout le cercle de la vie matérielle, l'étroitesse des rapports des hommes, soit entre eux, soit avec la nature, se reflète idéalement dans les vieilles religions nationales. En général, le reflet religieux du monde réel ne pourra disparaître que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique présenteront à l'homme des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature. La vie sociale, dont la production matérielle et les rapports qu'elle implique forment la base, ne sera dégagée du nuage mystique qui en voile l'aspect, que le jour où s'y manifestera l'œuvre d'hommes librement associés, agissant consciemment et maîtres de leur propre mouvement social. Mais cela exige dans la société un ensemble de conditions d'existence matérielle qui ne peuvent être elles-mêmes le produit que d'un long et douloureux développement ». (Marx K. , 1993)

[1] Même s’il existe des bonds majeurs grâce aux avancées techniques et technologiques, le désir de l’augmentation de l’accumulation de richesse ainsi que le nombre de détenteurs du capital en concurrence augmentent de façon parallèle. 

[2] Les considérations, d’ailleurs très intéressantes et importantes, sur les rapports entre la classe bourgeoise et l’Etat ne sont pas l’objet de cette étude. Se familiariser avec le fameux débat entre Poulantzas et Miliband sera fructueux pour pousser ce point plus loin : (Poulantzas, Miliband, & Laclau, 1990)

[3] J’emprunt ce terme à Carol J. Adams qui l’utilise dans un tout autre contexte pour expliquer la manière dont la viande, bien que porteuse d’une symbolique meurtrière, est désirée comme une simple nourriture. (Adams, 1990)



Adams, C. J. (1990). The Sexual Politics of Meat, A Feminist-Vegetarian Critical Theory.

Engels, F. (1880). Introduction à l'édition anglaise. Dans F. Engels, Socialisme Utopique et Socialisme Scientifique.

Laclau, E. (1975). Siyasal Düzeyin Özgüllüğü, Miliband & Poulantzas Tartışması. Dans M. L. Poulantzas, Kapitalist Devlet Sorunu (pp. 81-132).

Marx. (2010). Contribution à la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel. Entremonde.

Marx, K. (1844-1847). Thèses Sur Feuerbach.

Marx, K. (1859). Contribution à la Critique de l'Economie Politique. Récupéré sur http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/contribution_critique_eco_pol/critique_eco_pol.pdf

Marx, K. (1884). Manuscrits de 1884. Récupéré sur http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/manuscrits_1844/manuscrits_1844.html

Marx, K. (1993). Le Capital (Vol. I). Quadrige PUF.

Poulantzas, Miliband, & Laclau. (1990). Kapitalist Devlet Sorunu. Iletisim.

Thomas, T. (2012). Sur le Thème de l'Abolition de la Condition de Prolétaire. TABLE RASE. Lyon. Récupéré sur http://www.demystification.fr/blog/sur-le-theme-de-labolition-de-la-condition-de-proletaire/#more-1026

Toàn, T. v. (1970). La Critique de la Religion par Marx. Revue Philosophique de Louvain(97), 55 - 78.

 


dimanche 21 juillet 2019

P.n°25, relations quantiques

-écrivaine! Qu'est-ce que tu fais? Tu vas nous brûler tous! Tu as décidé de mettre le feu à ton appartement ou quoi? Hé! Aidez moi éteindre ce truc! Venez! Vite! - calme-toi Elie. Ce n'est qu'une sorte de rituel que j'ai inventé tout à l'heure. - en mettant nos vies en danger? Tu parles! D'ailleurs depuis quand tu ressens le besoin de t'adresser à une quelconque divinité? - mais non, c'était pour vous invoquer. J'ai besoin de vous parler mais c'est comme si vous étiez toustes disparu-es. - pas besoin de nous menacer de mort pour nous appeler - de quelle menace parles-tu? Ecoute, j'avais allumé une bougie mais elles se consomment trop vite ces trucs, tu le sais. La mèche s'est enfoncée dans la cire de façon à ce que je ne puisse la rallumer. Du coup, j'ai mis le feu aux feuilles de sauge. C'est B qui me l'avait appris, ça sent super bon, comme un encense. Et j'ai prévu toute conséquence néfaste, c'est pour ça que la bougie est sur un plateau céramique dans le grand bol en verre. - tu es malade, toi. Ce que tu as fait était dangereux! Admets-le! - je croyais que c'était moi la peureuse. - je suis prudente. c'est différent. - vas! Du moins j'ai réussi à te faire sortir de ta cachette. Sérieusement, où êtes-vous? -ben, je suis là. -et les autres? - jules n'est pas venu. Il a décidé de rester à Nice. -ah merde! Comment tu te sens? Vous vous voyez encore? - ça va... heureusement que nous ne perdrons jamais le contacte avec notre village d'origine, nous les habitant-es de la conscience, même si tu n'y retournerait jamais corporellement. Tu ne le savais pas? -non, enfin si, je l’espérais sans en être certaine. Du coup, vous pouvez faire des aller-retours sans mon corps? - eh bien, ça ne se passe pas comme ça exactement. Tu as déjà entendu le principe de superposition quantique. Le moment où tu entres en interaction avec nous, c'est-à-dire que lorsque tu parviens à nous mesurer, pour ainsi dire, nous apparaissons dans ta combinaison d'espace-temps. Sinon, nous sommes un peu partout, ou nulle part, à notre façon, les théories divergent. En ce qui concerne notre réalité à nous, et non notre apparaître, nous vivons de la manière dont nous te racontons lorsque tu nous invoques pour nous le demander et cela dépend de tes questions et surtout de la manière dont tu les nous poses. -c'est magique, ça! Mais attends, je croyais que le village que nous avons construit ensemble était une sorte d'espace-temps à part. Je veux dire, je comprends que vous ayez vos vies et vos quotidiens  respectifs mais dire que vous le vivez en concordance avec les questions que je vous adresse, c'est de la science-fiction ça! Ont-elles une sorte d'influence sur la façon dont vous vivez cette vie, rétrospectivement? C'est une sorte de boucle temporel? - easy-queasy. Ta première hypothèse est une sorte de mélange entre l'interprétation de Copenhagen et celle des univers parallèles qui est une interprétation assez populaire, une alternative à la première. Mais tu poses des questions compliquées. L'interprétation de Copenhagen affirme que nous, les objets d'un système quantique, venons "en vie" (ici ou ailleurs) lorsque les conditions requises sont réunies. C'est ce qu'iels appelle la collapse adéquate d'une fonction d'onde. Autrement dit, nous n’apparaîtrions que si un autre objet (ou une observatrice en l'occurrence ) interagit correctement avec nous. Souviens-toi de P.n°17. Tu ne voulais pas parler jusqu'à ce qu'on te pose la question correctement, c'est un peu pareil. Les caprices du signifié... - le fait que je ne puisse pas vous parler quand je veux, où je veux et que vous veniez me parler uniquement quand vous vous sentez prêt-es, c'est à cause de cela? - umm... pas vraiment. Enfin, ce n'est pas comme si nous avons l'intention de te faire attendre, ou que tu ne parviens pas à créer les fameuses conditions requises. Nous ne sommes pas une expérience scientifique, tu sais. Mais on va y revenir. - quid des univers parallèles alors? notre village, elle n'existe pas quelque part? -alors, les tenants de l'interprétation de Multiverse (ou des univers parallèles) pensent que tout est possible. Des théoricien-ne-s gâté-e-s, tu vois. Iels affirment, contrairement aux perfectionnistes dont j'ai parlé au premier, que nul besoin de conditions contraignantes pour qu'un objet apparaisse. Tout existe partout, dans des états infiniment divers et multiples. Ce que nous voyons lorsqu'on interagit avec quelque chose n'est que l'un de ses états possibles, qui existerait dans cet univers-ci. Le chat de Schrödinger existerait-il dans un univers et serait mort dans un autre, simultanément? Cela est un vif débat. mais cette interprétation a donné beaucoup de matière aux œuvres de science-fiction (et vice-versa bien évidemment) car elle fait rêver. Certain-es pensent que les différents univers existent simultanément, ce qui fait tomber complètement la notion de temps et les différents mondes se trouvent, en fin de comptes, dans un état statique. D'autres pensent qu'il s'agit d'un groupement d'univers à nombre infini mais finalement il n'y aurait pas d'autre chose que d'univers particuliers. Imagines! Un Tout où tout est dedans et qui n'a pas de dehors. Les psychanalystes diraient peut-être que c'est le problème de Mère-toute-puissante, une difficulté d'individuation selon la psychologie analytique. -d'accord mais comment serait-ce possible que vous existiez à la fois dans notre village, et dans le monde de mon corps ? Tu aurais par exemple ton double? On a trouvé une façon de communiquer entre de différents univers? Tu atterris ici à travers une sorte de voyage cosmique? Je suis une folle peut-être qui crois au monde qu'elle a créé? - n'oublie pas de respirer. Rien de tout cela. Croire que tu es capable de posséder un bout de conscience à toi est une conséquence qui s'est développée en parallèle avec la généralisation de la propriété privée. Lorsque l'être humain a commencé à mettre en question son Dieu, il a eu le besoin de le remplacer avec quelque chose : lui-même. Imagine, un espace ou nul peut atteindre, depuis lequel on peut philosopher autant qu'on veut sans se mettre en question et qui prouve grâce à une sorte de boucle réfléchissante, l'existence de son propre Moi. Tu connais Les Méditations de Descartes. ça ne pue que de ça. Donc non, tu n'es pas une folle qui crois au monde qu'elle a créé elle-même. Nous n'appartenons pas à toi. Nous avons notre propre réalité, c'est tout. -tu me rassures. -quant à les autres quatre questions, elles sont effectivement dotées d'imagination. La première rappelle une notion, celle d'ubiquité, être à deux endroits en même temps. Elle me doterait d'une particularité bien singulière mais elle est fausse, du moins à la première vue. Si Jules venait me chercher dans la tente (nous étions à Chalvagne quand j'ai senti la sauge brûlante), il ne me retrouverait pas, car je suis ici. Je réponds par là aussi à ta deuxième question car il ne retrouverait pas mon double non plus. Mais elle diffère de la première en ce qu'elle présuppose au moins deux réalités parallèles dont une avec toi, et l'autre sans toi. Réfléchis un peu. Pourquoi j'aurai un double et pas toi? Ou si tu en as un aussi, quelle serait la différence entre ces deux univers? Comment serait-il possible que j'ai conscience de mon double alors que ce sont deux univers séparés, et si on pousse la réflexion encore plus loin, si ces univers sont complètement différents, en quoi ce "double" serait le "mien" ? Que des questions mindblowing, hein? La troisième par contre, n'est pas facile à réfuter mais il n'est qu'une projection issue du chemin qui commence par l'invention du télégramme et mène à celle d'Internet car même l'information est faite des quanta, et de fait, fait partie d'un système quantique auquel s'appliqueraient les mêmes règles qu'on essaye de découvrir. La quatrième, le voyage cosmique, est de la pure fantaisie car le déplacement présuppose la vitesse, la position et surtout une orientation. Comment savoir où atterrir ? Cette question implique l'information, hence la réponse à ta troisième question. -je deviens dingue si je ne l'étais pas encore. Mais alors for the sake of je ne sais quoi comment mes questions ont une influence sur vos vies? Où se trouve notre village ? Comment nous nous communiquons? Rien n'est clair. - jusqu'ici, nous avons parlé de l'interprétation de Copenhagen, et de celle de Multiverse. Il faudrait aussi parler de l'interprétation relationnelle de Rovelli, dont tu avais mentionné rapidement une fois. -oui, la première fois que M m'en avait parlé après l'avoir écouté lors d'une conférence à Londre, j'étais super excitée! L'article qu'il m'avait envoyé (1997) à titre d'introduction est hyper clair, même pour les non physiciens car il donne beaucoup d'importance à l'aspect philosophique de sa théorie. -qu'est ce que tu en souviens? -eh bien, déjà le nom, l'interprétation relationnelle n'est pas sans faire allusion à l'épistémologie féministe, bien que sans référence explicite. Je m'étais dit : enfin une théorie physique qui fait attention à l'aspect interactionnel du monde au lieu de chercher à multiplier sans cesse et jusqu'à l'infini les possibilités de connaitre ainsi que le nombre des contenus à connaitre. (j'ai découvert ensuite, grâce à P, Karen Barad, une physicienne et théoricienne du "agential realisme". Je ne sais pas s'iels sont en contacte d'ailleurs. ça serait intéressant de lire une étude comparative sur les deux). Puis, il me semble qu'il parvenait à résoudre bien de problèmes ontologiques, comme l'existence ou non d'un état quantique en soi, vieille connerie kantienne. Mais j'ai vu ensuite qu'il y avait des interprétations néokantiennes de la RQM (Relational Quantum Mechanics), faut voir les écrits de Michel Bitbol... -ah mais ça va! tu es plus ou moins familière avec l'interprétation. Je ne vois pas pourquoi cela t'étonne autant quand je dis que notre réalité est relative à nous deux à la fois. -non, ce que je connais reste vraiment superficiel. Puis, je n'avais pas vraiment essayé de mettre en mots notre relation de cette manière. Ce sont des informations incomplètes et plus ou moins indépendantes en ce moment. J'aurais bien aimé réunir tout ça dans des phrases compréhensibles. -il va falloir que tu relises son article, et pourquoi pas celui de Barad aussi, tant que tu y es. Et on en reparlera une autre fois? - oui, un phénoménologue m'avait rassuré un jour que c'est lorsqu'on lit un livre avec une question dans la tête que ce qu'on lit prend sens. - lorsqu'on cherche tu veux dire? ça, c'est du relationnel, tu vois? -intéressant! d'ailleurs je suis arrivée à un point où, lorsque je réfléchissait sur la migration, se sont surgies des questions sur le Droit, ensuite sur la phénoménologie du droit. J'ai trouvé le livre de Kojève, un article qui fait référence à Reinach et un recueil d'articles dirigé par Joselyn Benoist et Jean-François Kervégan. -sacré programme pour la fin de vacances. -bah! Tu sais comment je suis. Je vais me contenter de les feuilleter. - cette fois avec une question dans la tête. -en effet! -d'ailleurs pourquoi tu voulais nous parler? - pour vous demander comment vous vous sentez en Turquie. J'avais l'impression que vous vous n'êtes toujours pas habitué-es à cette vie stambouliote car j'essaye de vous parler sur Göçebe en turc, sans issue... Je me disais peut-être que vous n'aimez pas trop le turc. - je pense qu'une partie de toi n'est pas encore prête à en parler. Sinon quelqu'un-e d'entre nous viendra nécessairement et naturellement et montrera notre état à sa façon et à la façon qui aurait fait que tu nous invoques. - encore du relationnel? -ouais. - d'accord, j'attendrai. - il est tard, qu'est-ce que tu vas faire demain? - je vais chez mes grands-parents, arroser les tomates et goûter des pastèques! Elles devraient être mûries depuis la dernière fois! -penses-tu toujours à t'installer dans une village? - je vais d'abord terminer ce master comme J-L m'a conseillé et je verrai après. Je n'ai pas encore ni le courage nécessaire pour abandonner la vie urbaine ni la conviction suffisamment forte que c'est vraiment ce que je désire. - sois sage alors, et ne brûle pas la maison en attendant. - dis, tu ne serais pas venue si je ne l'avais pas fait. -tu as raison, l'odeur de la sauge a un rôle à jouer là-dedans. -tu ne m'as pas donné de nouvelles des autres. -iels le feront elleux-mêmes lorsqu'iels se sentent prêt-es mais je te conseille de commencer par Alice, elle est grandie depuis, tu sais. -merci Elie. -Allez! je file retrouver Jules à Chalvagne. -moi, je file vers l'univers onirique.

samedi 6 juillet 2019

un rêve bleu ce soir
un rêve bleu fort
m'ébleuissant
ridicule      

une hallucination
m'avait bleué un regard
il y a si longtemps
quelle idiote !

rideaux bleus, lumière passe
(espèce de ciel)
sofa bleu, solitude aussi
et ce Bosphore?
n'en parlez plus !

        grâce à ce peu de vert récemment
       - de belles retrouvailles -
       je les avaient vertis pourtant
       un autre voir
       que j'aime si naturellement
       il a décidé de s'enfouir vers l'autre coté de l'océan
       comme si la terre s'arrêtait là
       plans de carrière
       mon cul !

       la réalité de cette ambition pue si fortement
       que la rêveuse que je suis s'en bleu
       une réminiscence désagréable
       irrelevant, sans rapport, hors propos
       n'importe quoi !

                                 apprenons yavrumour
                                 comment peut-on dire
                                 "ne me laisse pas ?"

mardi 14 mai 2019

exercice de conjugaison

Il faudrait certainement les prévenir
personne n'entretiendra ce jardin avant qu'iels ne soient parti-e-s

jadis, on passait arroser les fleurs
désormais, elles seront mouillées par rien d'autre que la pluie
car iels ne partiront jamais
et ont leurs propres vie dont s'occuper
une question de priorités ... vitales
après quoi, tout s'améliorera

ceci dit, cela avait été admis :
celleux qui ne pourraient jamais abandonner leur terre
seront banni-e-s de tous les lieux
afin qu'iels ne puissent jamais venir de nulle part
bien qu'il fût nécessaire qu'iels fuissent
même s'iels ne cherchaient à s'opposer à personne
mais à se poser entassé-e-s dans une demeure
rien que ça ...pour vous était-ce une source de peur?

Si et seulement s'il fait beau demain
nous n'irons nulle part du tout
puisque peu importe le nombre de pas qu'on fait
nous sommes chez nous
en revanche, s'il fait moche
ça sera de leur faute
et la peur de ne plus avoir un chez nous
est déjà aller trop loin
ce nous étant... à conjuguer soigneusement.

Quand comprendra-t-on qu'il aurait fallu soutenir
non pas le familier mais le courant ?

mardi 23 avril 2019

"peu importe ce que je fais"
est une douloureuse sacrifice :
renoncer à l'illusion du
peut-être

faire la paix avec la défaite
larmes en captivité
and surrender on behalf of
c'est comme ça

ah, le désespoir
prisé que tu es
laisse-moi pâtir

jeudi 18 avril 2019

P.n°24

Coucou l'écrivaine, veux-tu écrire? -Comme pas possible. -Pourquoi tu ne le fais pas? -Pourquoi les gens se parlent? -Pour se sentir moins seul-e?  -Si j'écrivais, je deviendrais moins seule? -Nope. -Alors? -Tu cherches trop. -On ne cherche jamais assez. -C'est l'amour du philos? -C'est le manque d'Eros. Tu es freudienne. -Je ne suis rien. Je suis, c'est tout. -Il est difficile d'accepter de n'exister que pas soi, hein? -On n'est jamais que soi. -"Mais vous posez toujours les mêmes types de questions, historisicantes ". -Ça existe ce mot? -Qu'est-ce que j'en sais? -c'est à ce point là que tu t'es blessée? -Ce n'est pas moi qui me suis blessée. -Tu n'étais pas en forme? -J'étais en forme passive. -Tu as été blessée par quelqu'un? -Oui, mais ce n'est pas la même que celle qui a prononcé cette phrase qui m'a blessée. -Tu te répètes trop. -Je le sais... -Mais cette fois, c'était différent, non? - C'était différant. -Non, ils sont tous pareils. -Ouais...

-Qu'est-ce que tu fais ces jours-ci? - je cherche. -Mais enfin! -Ben je me suis installée. J'ai un bel appartement près de Bosphore mais je ne suis pas encore partie faire une ballade sur le promenade. J'ai commencé à travailler avec A. C'est vraiment gratifiant de voir les élèves progresser. J'ai une petite colocataire imprévue. Elle était abandonnée, les copines de la fac l'avait récupérée et cherchait pour elle une maison convenable. -Je croyais qu'il y avait beaucoup de chats à GSU. -Oui, mais celle-ci est une chatte d'appartement. Elle n'aurait pas pu survivre parmi les autres, d'autant plus qu'elle n'a que huit mois! - Une vraie délice. - Et responsabilité... Mais nous nous entendons bien, pour le moment.  - Le fac alors? - Je n'y suis pas encore, toute à fait... J'essaye de suivre les conférences qui s'inscrivent dans mon domaine, et celles organisées par les étudiant-e-s également. Il y a un groupe de "science politique". Il n'y a pas beaucoup de monde, dans le noyau, mais un taux de participation vraiment pas mal. En plus iels invitent des universitaires de qualité, sur des sujets d'actualité. Mardi soir, j'ai assisté à une conférence sur le(s) nationalisme(s) dans l'Empire Ottoman et dans la Turquie républicaine. Ce qui était dommage, c'était qu'on n'a pas eu l'occasion de discuter de la Turquie actuelle. Le néo-ottomanisme d'Erdogan, la scission d'IP d'avec MHP, la problématique des "syrien-ne-s" (la Turquie aurait reçu 3,6 million de syrien-ne-s à l'heure actuelle)... on se vante de produire des avions militaires "locaux" sans pilotes. En revanche, à notre (pas très) grand surprise, un candidat du parti communiste a été élu à Tunceli aux élections municipales du mois dernier. La municipalité d'Istanbul (ou la métropoléanité) est au Parti kémaliste, ainsi qu'une grande partie de villes côtières. -Bon, ça, ce n'est pas nouveau. -En effet, mais ce qui est étonnant, c'est qu'il existe une effervescence, notamment parmi les jeunes qui semblent avoir retrouvé leurs espoirs dans le futur.  -Tu es sûre que ce n'est pas une projection qui te fais dire cela? - Pas impossible. Mais j'en fais partie de cette jeunesse, donc... -Tu a recommencé à confondre la réalité avec tes vécus? - Elles n'étaient jamais séparées. -Malgré la Séparation? -Malgré la Dissociation... - Il y a aussi des "référents absents"... - J'en ai mangé aujourd'hui. Des boulettes de viande marinées dans l'huile d'olive accompagnées de patates et de tomates confies. Les garçons les ont beaucoup appréciées aussi. -No wonder. - C'était une belle soirée. -Tu as une belle vie? -Surement, comme toujours d'ailleurs. Je fais partie des privilégié-e-s. -Tu l'es encore plus? -Oui... -Tu as une belle vie? -Oui...

-J'ai décidé de faire pousser mes cheveux. - Tu n'en fais pas beaucoup, de changements de décision. -Je me laisse aller. -Tu es délaissée? -Je n'ai pas l'air. - La souris aurait été mangée par le chat? - Si elle l'avait su...

On dort?
Hmm...

mardi 12 février 2019

Pour une cohabitation avec l'espacetemps

C'est le départ qui va laisser derrière lui, pas moi. Je n'ai jamais revendiqué autre chose que d'être de passage. On ne revendique pas si on est politisé-e ; on ne demande pas des droits dans les manifs on fait connaissance; il ne s'agit pas de s'adresser à une instance supérieure pour qu'elle nous octroie la justice, l'égalité encore moins la liberté. Ces choses là révèlent des affaires terrien-ne-s. Elles touchent les corps, elles s'entendent, elles s'aiment, elles pleurent, donnent des coups de pieds aux vélos lorsqu'on est en colère face à l'injustice, écrivent des commentaires critiques pour que les oreilles qui n'entendent pas se représentent l'inégalité. Elles sont libres, partent de leur chez soi et laissent derrière elles l'espace qu'elles occupaient auparavant, l'espace qui les occupait depuis le début, les espaces qu'elles gardaient et soignaient jusqu'au prochaine dé-ménagement, elles sont de passage entre les maisons, entre les sociétés, entre les humanimaux et les humanimales et tout le reste. Et elles existent à mesure que leur extension s'étale parmi les différentes couches/groupes/classes/populités de la société. 

La politique n'est pas entre les Etats. "Relations internationales" est un domaine d'études complice et destructeur de valeur. Il faudra le remplacer par "Relations Capitalistes" pour donner crédit à son contenu et rester près de sa vérité mais les universités sont plus complices qu'un domaine d'étude.

Or chaque valeur a besoin d'une instance active, un agency, afin de pouvoir circuler mais contrairement à ce qu'on croit, elles ne sont pas attendues le gouvernement de Macron qui fait de toute institution Etatique (fonction publique) une entreprise autonome, une machine à créer de l'argent. Avec un développement technologique phallocrato-capitaliste qui dévore tout ce qu'il trouve sur son chemin y compris sa propre milieu d'existence et qui tend vers l'intelligence artificielle, les lentilles de contact connectées, le transhumanisme, quelle autre imaginaire peut-on attendre de nos "élus du peuple» ?

Ces politicien-ne-s, s'iels se souciaient vraiment de la politique, auraient remarqué dès l'ENS ou Sciences Po par quelle roue ces institutions élitistes font passer leurs étudiant-e-s. S'iels avaient autant étudié Hannah Arendt que leurs professeurs aiment citer tant, iels s'intéresseraient aux critiques sociales telles que le féminisme, l'antiracisme, l'anticolonialisme, l'antimilitarisme, l'anarchisme, études subalternes et leurs étudiant-e-s aujourd'hui étudieront l'animalisme, la critique de la dissociation (de la) valeur, l'écologie sociale. Idées "postmodernes"! Paroles de l'Aristocratie déguisée en "capital culturel" qui habitent les monopoles du pouvoir alors que les gens meurent entre les deux frontières qui ne sont qu'une : l'enclosure "postmoderne" de l'accumulation primitive. 

Si la dissociation de la valeur n'étaient pas si ancrée dans les fondements mêmes de l'Etat qui est une "catégorie du capitalisme", ces politicien-ne-s ne feront pas de "politiques d'identité", vendant des armes aux enfants pour se faire une place  dans les "Transformations de l'impérialisme à l'époque mondiale"(1), qui convient à leurs statu-quo d'aujourd'hui dans les dynamiques du pouvoir multi-pôles; n'instrumentaliseront pas les valeurs comme l'égalité sous l'étiquette du "mariage pour tous", [récupération néolibérale des critiques sociales telles que celles qui ont été formulées par le FHAR dont l'une de cofondatrices est Françoise d'Eaubonne, par ailleurs écoféministe, libertaire et romancière de la science-fiction], ou comme la liberté promue par des slogans comme la "liberté d'être moi" dans des publicités de maquillage  qui ne sert qu'à uniformiser les femmes, les dresser, et à les préparer à l'esclavage sexuelle à vie (ou à mort pour certaines), dissimuler leur manque d'intérêt (faible taux d'intérêt certainement) aux milliers des femmes qui payent leurs "passage" par leur viol.

 En revanche, si nous n'étudierons pas la wert-abspaltungskritik à l'université, nous ne comprendrons pas comment la politiques identitaires qui animent les universités (et il ne s'agit pas des doyen-ne-s actuel-le-s - qui ne sont pas (encore) nommé-e-s par les multinationales, ni du ministre de l'éducation nationale qui assume clairement sa position d'esthète face aux discussions sur l'écriture inclusive(2), ni donc de "oui mais il y a même des ministres femmes", ni par ailleurs de celleux qui "revendiquent" la parité au sein du gouvernement) nous empêchent de voir clair les rapports entre le "procédure Dublin" et l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiant-e-s étrangèr-e-s. Ceux entre la Service Nationale Universelle (3)  et la loi anti-casseur : la professionnalisation du militantisme par un double mouvement : l'introduction de la dissociation "bénévole" ou "volontaire" [alors qu'il y a trois ans, lorsque je travaillais sur un devoir de sociologie qualitative à travers des enquêtes auprès des "bénévoles ou volontaires", il n'existait pas de telles catégories, ni même en termes de valeur chez les "personnes de terrain"] et la criminalisation et donc exclusion d'une certaine populité (groupe social, si vous voulez) par l'instauration des limites juridiques à l'engagement politique, comme si "l'imaginaire terroriste" ne suffisait pas. Comme si ces politicien-ne-s ne sont pas emmerdé-e-s par la masse de personnes qui arrive à poser des pieds sur "leur sol", déplacées à cause des guerres qu'iels créent sur "leur sol"; par la montée en puissance de la populace engagée qui veut de plus en plus retrouver sa potentialité intellectuelle critique en se nourrissant des engagements et théories contemporaines, au point d'organiser des contre-séminaires (sur l'histoire des idées féministes par Graf-étudiant-e-s à la Fac de Nice, étudiant-e-s queer qui travaillent sur la "Queer psychanalyse" à Mirail ou des villagois-e-s qui remplissent toute la salle pour écouter l'écologie sociale).

La politique est entre les animaux. Elle mange autophage(zoophagie), séquestre, fait du tourisme d'esclavage procréatif, désenfante, nexploite et qui ne peut pas être exprimée dès lors qu'il n'y a personne pour le nommer pour la première fois afin de rendre l'impensé, réel. L’invention lexicale est une nécessité de justice pour sortir du statu quo gynocidaire, pédocidaire et zoocidaire. Et à toute lutte nouvelle correspond l’indispensable créativité lexicale pour nommer ce qui était caché. Chaque mot est un discours politique. Prenons le mot « élevage » et préférons lui naixtermination pour nommer ce dont il s’agit : une extermination cyclique par les naissances sans volonté d’extinction mais par zoolocauste perpétuel causant extinction eugéniste bien réelle des races dans les espèces et des espèces. Zoocide faisant écocide faisant zoocide. L’élevage est un nesclavage des chairs qui n’élève personne mais enlève les enfants à leur mère empêchée de pouvoir les élever. (4)

Voici comment on nomme l'impensé. Voici un miroir qui est autre chose que l'image qu'elle montre à un certain anti-idéalisme plus hegelien que marxien, de type henryen qui essaye de "purifier" la philosophie (car la radicalité n'est pas donnée aux philosophes de fauteuil mais aux militantes féministes). Voici comment on fait entendre le cycle (et non imagifier). C'est en ce sens aussi que la pensée du spectacle est incomplèt. C'est une bande de gamins comme disait Murray Bookchin et comme l'écrit si bien Michèle Bernstein. (5)(6) Le "temps cyclique" invisibilise le processus qui commence par la dissociation de la valeur pour le parachever aux pieds d'un mur qui cache sa propre reproduction. -Il faut tout de même reconnaitre que, là où Murray Bookchin se contredisait, c'était la tonalité condescendante de son approche, c'est-à-dire la recherche de la domination ; une faille courageusement évitée chez la pensée animaliste de Solveig Halloin.

Le monde doit être un terrain de jeu mais ne l'est pas. Et ce n'est pas toute la tragédie du monde.
Lorsque la critique du capitalisme touche à ces composants urbains (Debord, D'eaubonne, Bookchin) serait-elle capable d'identifier sa propre domination dissociée ? 

(1) Bedszent et Konicz, Guerre d'ordre mondial : la fin de la souveraineté et les transformations de l'impérialisme à l'époque de la mondialisation, Horlemann Verlag, 2003, ouvrage non traduit en français. www.palim-psao.fr/2015/03/etat-islamique-inc-par-les-amis-de-nenemis.html 
(2)http://cheekmagazine.fr/societe/eliane-viennot-demonte-arguments-contre-ecriture-inclusive/
(3)https://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/service-national-universel-scenarios-proposes.html
(4)https://boucherie-abolition.com/2019/01/29/faire-apparaitre-la-zooppression-dans-la-langue-pour-la-faire-disparaitre/
(5) http://www.spectacle.co.uk/archive_production.php?id=774 
(6) Bernstein, Tous les Chevaux du Roi, Allia, 2004

vendredi 16 novembre 2018

Salut Sylvia. Ca peut paraître un peu brusque, mais je me demande si le moment ne soit pas venu pour que nous nous séparons. Ou que je me sépare de quelque chose mais je ne sais pas de quoi. Ce texte ne serait peut-être pas conforme à ce qu'on disait qu'on allait faire de ce blog mais tant pis. L'écriture me manque et le nombre de textes en brouillon s'accroit. 

Avant, j'écrivais pour me vider la tête. Je me mettais devant l'écran et je n'y pensais plus rien, y compris à ce que j'écrivais. Je m'en foutais de ce qui sortait de mes doigts. J'avais besoin de cet espace de liberté. De dire des choses sans m'arrêter sur les conséquences éventuelles de ce qui s'écrit. Ni pour les autres, ni pour moi même, ni donc pour nous. Vous m'avez appris faire la part des choses. Mais je ne suis pas heureuse. 

Enfin si, je suis heureuse. Je découvre la beauté de l'amour, de l'amitié, de l'humain. Je rencontre, je me rencontre tous les jours mais je cherche sans cesse, dans une quête qui semble être éternelle, une quête de désobéissance aimante, de révolte reconciliant, de perte fertile, et c'est plus que beau. 

Mon détachement ne date pas d'hier. Une chambre à soi, je l'avais. J'avais suffisamment de stratégie de privilégiée pour ne pas tomber dans un sentiment d'injustice. Je manipulais les mots à ma guise. Je m'en sortais, quoi qu'il advient, quoi qu'essaye de me faire du mal, de discriminer, de dominer, de soumettre. Je ne savais pas encore que je vivais dans une illusion concrete, réelle et matériellement vraie. Je ne me sentais pas privilégiée. Je méritais ce bonheur. Je faisais le nécessaire pour y parvenir. Je réussissais ma vie. La vie me prenait en charge sur une matrice de contrôle de soi, de maîtrise de soi consentente, de mobilisation joyeuse, de domestication. Je n'y mettais pas de mots. Je ne le peux toujours pas. Je balbutie. 

Le français est bienveillant, il me tolère. Il tolère mes fautes, il trouve mon accent mignon et me pardonne quand je trébuche. Mais il ne comprends pas que d'avance, je ne suis pas l'une des sien-ne-s et que cette condition d'inégalité de départ m'est morbide, et que l'humain s'habitue à tout car iel est capable d'inventer ses propres stratégies de survie qui lui devient la seconde nature et qu'il est difficile de s'en défaire même quand on a plus trop besoin et que le théâtre humain est une scène qui s'accomplit toute seule dans la performance quotidienne, qu'il n'y a pas de dehors, que c'est une chemin miné et que je risque d'y laisser ma peau. Ca ne veut rien dire pour vous, sauf une certaine exagération en manque d'attention peut-être. Vous seriez proches… 

Sylvia, dans un après-midi de printemps, j'avais écrit dans mon carnet qu'il ne fallait plus y écrire. Qu'il fallait vivre. Je voulais sortir de ma tête. Je voulais la poser au milieu d'un autoroute et attendre le prochain camion pour qu'il vient l'écraser comme une mouche. Je connaissais peu à l'époque des paroles qui prônaient la nécessité de suppression de toute forme de domination. La domination de l'humain sur l'humain, la domination de l'humain sur la nature, la domination tout court. J'avais besoin de rapprendre les mots quotidiens, le mots de la rue, pour l'expression des sentiments, des vécus. Afin de pouvoir me comporter comme une adulte, je devais redevenir enfant. Dans un monde où les enfants sont dominé-e-s, où iels essayent sans cesse d'en prendre la revenge lorsqu'iels sont adultes (comme la dit si bien A.), où être de gauche est vouloir rester adolescente, ou l'adolescence est méprisée, c'est difficile. C'est encore plus difficile lorsque redevenir enfant fait surgir des problèmes de l'enfance noyés, poussés dans le puit de la normalisation; lorsque les plus proches sont loin pour soutenir et d'autres plus proches ne sont proches que dans ce langue lointain. Lorsque je n'arrive pas à me confier, lorsque je découvre que ma chambre à moi n'a jamais été à moi. Rien n'est à personne. Tout est à nous. 

Depuis cet après-midi dans le tramway qui m'amenait vers le nouveau chez moi, j'ai cessé d'écrire dans mon carnet. Progressivement je suis devenue quelque chose que ce langue-là ne me permet pas d'exprimer. Ou que je ne suis pas suffisamment forte pour le mettre en mots. Toujours pas, jamais assez, jamais noir et blanc non plus. Quand le détachement intellectuel ne correspond pas à l'expérience mais que la mise en mots d'expérience n'est pas satisfaisante, on tombe. On tombe comme les bonnes accusées d'avoir volé la cuillère en argent, comme l'assassine insomniac, comme l'oeuf en non-devenir, comme la rose blanc posé sur la tombeau du défunt lorsqu'il a l'air apaisé dans son sommeil maquillé.

Je veux lire des romans Sylvia. Je veux en lire sans culpabilité. Je veux en parler et en écrire. Je veux en chanter. 

Je lève mon verre à ton bien-être dans ce monde
Je rêve d'un leurre où le bien-être est à nous 
Sylvia, tu me pardonneras. 

lundi 15 octobre 2018

avalons en aval
ce mensonge qui catalyse la protéine dans l'assiette
les champignons de fin du monde crient en fermentation 
contre la culture du viol
qui fait naître pour exterminer, nexterminer 
la vache qui rit d'être violée pour faire remplir les nichons
-certainement pas une vieille vache -
nous sommes des animaux qui se mangent 
en privé et en public
avec appétit.

https://www.youtube.com/watch?v=tWIZpf0hNA0
à deux pas d'ici vit
un arbre sauvage, un arbre libre, un arbre sans forme
enformé dans son ombre pour disparaitre avec l'image
pour comparaitre sans défense
devant un paraitre
non-formé.

informée par l'absence d'écoute
malformation d'esprit curieux se tord
et fait corps avec une formation douteuse
l'altercation honteuse mord :
frustration en cours
-de traitement.

particules chassées par le loup
état de nature
on peut y péter librement?
saigner sans salir?
vomir sur vos quatre-cent-quatre-vingt-dix-neuf textes?
sur /une
-élève de-
joli coup.

découpons l'âme en trois parties
une pour l'avortement,
une pour la chasse aux sorcières,
une pour l'invisibilisation,
gestation pour l'Autre est une pratique historique
à abolir.

fraise à la crème de la chatte de la chienne chaude
une vraie moisson d'appas 
bas-bleu
vous désirez autre chose gentilmen?
celle-ci est une aristochatte
celle-là érotise son hystérie
celle-là est une version augmentée qui couche avec ses supérieurs
afin de mieux écraser ses pupilles pour sa propre survie
celle-là est trop moche pour être prise au sérieux, passons
celle-ci est trop révoltée, surement mal-baisée
vous la ramenez à la raison, messieurs, sans aucun doute
mais surtout préservez vos élèves
de ses idées dépassées.

il y a des moments où
le consentement échoue
quand je me sens contrainte à sentir
comme une abeille à masque à gaz
dans une housse sous-vide
et je continue de trouver des prétextes
pour vous excuser

mardi 9 octobre 2018

p.n°22

-Coucou l'écrivaine! -Coucou Sylvia. -Tu es dispo pour chatter? Ca fait un petit moment qu'on s'est pas parlées. -Je suis en train de lire un article. Je termine et viens après? -Je prépare les verres? -Ouais! 
(…)
-Hello! -Tu lisais quoi? -Un article de Patricia Hill Collins, la Construction sociale de la pensée féministe Noire, publié pour la première fois en 1989. Elsa Dorlin a publié en 2008 chez l'Harmattan un anthologie des textes du féminisme africain-américain de 1975 à 2000, Black Féminism. Il y a un groupe féministe à la fac qui organise des ateliers-débats. Le prochaine va parler du point de vue situé, une théorie et méthodologie de l'épistémologie féministe. Y a une fille parmi elles qui a lancé une série d'évènements sur l'afro-féminisme. C'est elle qui m'a passé l'anthologie l'histoire de m'initier un peu. Collins fait partie de ces théoriciennes du point de vue situé, donc voilà. -ça l'air d'être sérieux. - et intéressant. 
- Ellie m'a dit que tu as décidé d'arrêter la fac. Je m'inquiétais un peu pour toi. -Oui, finalement je ne trouve plus ma place parmi les philosophes. Après les crises de l'année dernière j'avais mis sérieusement en question ce projet de vie. Malgré tout je m'étais motivée pour faire un mémoire d'étude comparative entre l'écoféminisme de Françoise d'Eaubonne et l'écologie sociale de Murray Bookchin, toustes les deux anarchistes post 68ardes. Mais gel gör ki l'institution ne m'héberge plus, enfin je me suis mise à l'écart progressivement, je crois. -Il s'est passé quelque chose de particulier? -Ouais. Enfin, c'est le fruit d'une accumulation, paraît-il. Il s'est passé non seulement une mais trois choses qui m'ont entrainé dans une déception sans pareil. D'abord un enseignant que j'admirais par ailleurs nous a distribué une anthologie des textes à mobiliser si on veut réussir le CAPES, dans le cadre de son cours de philosophie général. Parmi les 489 textes figure une seule femme, Hannah Arendt. Pas de Rosa Luxembourg, pas de Simone Weil, ni de Beauvoir, de Wollstonecraft, de Haraway, de Butler, de Harding, de Fraser, de Guillemin, de Kollontai, de Hartsock, de Cornell, de Dwarkin, de RIEN sauf une. -Invisibilisation écrasante. Puis? -Puis dans un cours d'histoire j'entends l'enseignant raconter les 30-Glorieuses comme quoi c'était une époque formidable où tout le monde ont enfin eu accès à la consommation et la démocratisation des électroménagers ont mine de rien libéré les femmes, que grâce à Moulinex elles avaient eu la possibilité de faire des choses beaucoup plus intéressantes comme prendre plus de temps à s'occuper de leurs enfants. -Ca fait plus de mal quand ça vient d'une historienne, non? -Oui... -Et quatrième? - Ca a fait le plus de dégâts je crois. On était en cours avec madame Platon qui parlait de la CRP de Kant. Dans un moment donné, j'ai essayé de poser une question sur une éventuelle réinterprétation des formes a priori de la connaissance que sont l'espace et le temps, pris séparément chez lui, selon la théorie de la relativité qui réunit les deux dans une seule dimension. C'était très maladroit mais j'essayais de questionner cette théorie rationaliste androcentrée qui ignore sa propre dépendance à la reproduction de l'espace (passif) effectuée par les femmes, les esclaves d'autre fois, à travers le temps (actif). Elle m'a coupé la parole lorsque je tâtonnais pour formuler ma question. J'ai contestais en disant que je n'avais pas terminé, ce à quoi elle a répondu que c'était parce qu'elle avait compris ma question. Comment vous pouvez être certaine d'avoir compris alors même que je n'ai pas encore terminé, dis-je, mais j'étais déjà trop déstabilisé ne serait ce que par son regard impatient. Elle m'a sorti un discours comme quoi elle ne pouvait pas résumer un livre de 700 pages et qu'il me faudrait un minimum de travail de lecture. Comme si je n'avais jamais entrepris ce travail et l'institution dont elle fait partie nous n'avez pas imposé un cours sur ce livre pendant un semestre entier que j'ai validé avec une bonne note. J'ai dit, d'accord, laissons tomber, vous avez raison. Elle avait quand même raison parce que CRP ne fait pas partie de mes livre de chevet contrairement à celui de Marie Jo-Bonnet ou à la poésie de Sylvia Plath. -C'est elle qui m'a baptisée, non? -(avec un sourire) elle-même. -Qu'est-ce qui s'est passé après? -Après j'ai continué à écouter son cours jusqu'à ce qu'elle s'est retournée vers moi pour me faire grâce de ses excuses. Excusez-moi, si je vous ai bousculé un peu tout à l'heure mais c'est parce que vous me posez le même type de questions -historicisante elle a dit- depuis trois années. -ouh la. Je vois le coup qui vient. -Je n'ai évidemment pas pu accepter cette attitude. Je n'accepte pas votre excuse, dis-je ouvertement. Je trouve votre attitude très méprisante. Si je vous pose les mêmes types de questions, c'est peut-être parce que ma pensée va dans ce sens historicisant. Tu sais ce qu'elle a dit? J'essaye de m'excuser alors que vous me répondez avec une attitude violente. Tous les étudiants savent que je suis comme ça. Et moi, je dois accepter ça? Cette dernière phrase a fait écho dans le silence et elle a décidé de faire une pause. Je suis sortie avec la rage qui sortait de mes oreilles, narines et yeux simultanément en fumée. J'ai pleuré, j'ai fumé une cigarette posée sur les bancs dans le jardin, puis j'y suis retournée pour écouter le reste de son cours en larmes. Son cours me semblait trop intéressant pour abandonner (elle parle de l'histoire de l'idée de l'idée avec Deleuze et Gadamer) et cette histoire était trop personnelle pour se montrer hostile. -Tu es courageuse -Pas du tout, j'essayais de prouver mon point, et je pense encore d'avoir raison. Elle n'a pas nous traiter comme ça. Mais ça m'a fait un déclic. Je n'ai pas ma place dans l'abstraction hyper-rationalisante de la philosophie universitaire, peut être niçoise. Clément Rosset avait peut-être raison à ne pas y trouver sa place, lui non plus. 

-Qu'est-ce qui va se passer maintenant? Ton visa étudiant n'est pas en danger? -Si mais je ne supporte plus vivre dans une sorte de dissociation cognitive. Pour cette année, je suis inscrite et j'ai mon visa jusqu'au septembre prochain. Le seul truc qui me fait flipper un peu c'est l'impératif de prouver l'assiduité et la réussite scolaire. Pendant la période de renouvellement, il va falloir fournir un justificatif de réussite avec les relevé des notes de l'année précédente. Comme sur les miennes va être marqué partout des zéros, je risque d'être obligée de rentrer en Turquie. Mais je m'occuperai de ça le moment venu. J'en ai marre de remettre des choses au plus tard. -Tu fais quoi alors maintenant? -Je travaille à H&C pour apprendre le terrain et la réalité immédiate qui nous entoure ici et maintenant. Heureusement que N m'a accueilli les bras ouverts, iels ont besoin des bénévoles. Je te raconterai un autre moment comment ça se passe la bas. Je prends des notes et marque mes impressions du jour. C'est un travail lourd affectivement, les familles avec des enfants dorment dans la rue, sont malades, fracassées, mais toujours pleine d'espoir... mais au moins je retrouve un sens à ce que je fais dans mon quotidien. Puis il y a les ateliers "Histoire des idées féministes" et GRAF aussi. Il y a aussi le travail évidemment, dans son sens marchand. J'emploie une partie de ma force de travaille, suffisamment pour subvenir mes besoins vitaux, et le reste me reste pour lire Collins et prendre un verre avec toi! 

-Coquine. Tu nous as manquée. -Je sais, vous aussi vous me manquez. Je vais vous visiter plus souvent maintenant que j'ai un peu plus de temps et surtout plus de motivation pour faire autre chose, non pas grâce à Moulinex mais grâce à l'abandon d'une lutte qui s'est avérée inutile. Je crois que c'est l'une des meilleures décisions et peut être l'une des plus douloureuses que j'ai prise, de suspendre les études. Il y joue des histoires familiales qui appartiennent à ma biographie personnelle, et des blessures d'ego bien sûr mais tout ira pour le mieux. -Espérons. 

Je suis allée écouter les 44 duos de Béla Bartok tout à l'heure. C'est un moyen très efficace pour satisfaire mon envie de regarder droit dans le mur et y voyager. -C'est sur qu'il nous faut plus d'art et d'amour dans ce monde. Tu as entendu ce qui s'est passé à Toulouse? -Oui Flo m'a raconté au téléphone. C'est dans le quartier où elle travaille. Elle sortait d'une réunion de gestion de crise avec les habitant-e-s et les commerçant-e-s du quartier. C'est très rare de l'entendre si sérieuse et triste, elle a même ouvert la bouteille de vin que j'avais pris d'O Quotidien pour l'offrir. -Ce n'est pas rien d'assister à un fusillade qui a tué une personne à cause de l'industrie du drogue qui frappe évidemment avant tout les jeunes des milieux défavorisés. Avec les conditions de vie matérielles qui les poussent à se vanter d'une virilité du show-off. -J'aurais tellement envie d'être avec elle et lui dire, comme si ça doit la consoler et comme je l'ai fait après avoir vu Rafiki, nous avons tellement de la chance… 

-Allez, ça suffit. Va dormir, le soleil se lèvera dans quelques heures. -Pas pour tout le monde. - Surement pas pour les 1600 personnes dont les noms nous restent lointain. 

http://www.unhcr.org/fr/news/press/2018/9/5b8ccee9a/traversee-mediterranee-meurtriere-jamais-nouveau-rapport-hcr.html   

vendredi 24 août 2018

Je t'aime jour et nuit.
Enfin au lit, derrière mes pupilles
j'aile dans le monde de rêves où on fait l'amour.
Le conscient moitié éteint,
le non-conscient s'étend vers l'inconscient où je nous retrouve
… heureuses.

Je t'aile de loin de proche de partout
où une fleur s'accroche par ses racines et caresse la terre.
Mon cœur erre et te croise à chaque coin de la ville
qui serre les amantes dans ses bras fébriles et crasseux
et crache comme un déchet celles qui n'ont eu d'autre issu
que de se jeter dans les bras poisseux de la migration.

La cartographie de l'amour se superpose à celle de la ville
et montre comment nous-toustes sans-papier airent
et savent scrupuleusement se taire avec des adverbes mal appropriés
inappropriées, non appropriées,
oui, nous allons demeurer non appropriables
car nous nous airons.

Je t'aite, m'allaite de tes seins îlettes
et je t'aife affamée de l'étoile de ta bouche
sous le ciel de laquelle je couche les enfants à la bonne heure
toute heure est bonheur quand tes caresses me redressent la féminitude
et nous amènent d'Eaubonne à l'aise en baise.

Je t'aibe dans les ailes juteuses des abeilles en récolte,
en vol, ou en escale qui bousculent toute certitude domestiquée
et qui désirent la création éphémère illimitée
partout où on s'aive.

Notre maison multivers
flor'amour,
que ces quelques vers la décorent.