mardi 12 février 2019

Pour une cohabitation avec l'espacetemps

C'est le départ qui va laisser derrière lui, pas moi. Je n'ai jamais revendiqué autre chose que d'être de passage. On ne revendique pas si on est politisé-e ; on ne demande pas des droits dans les manifs on fait connaissance; il ne s'agit pas de s'adresser à une instance supérieure pour qu'elle nous octroie la justice, l'égalité encore moins la liberté. Ces choses là révèlent des affaires terrien-ne-s. Elles touchent les corps, elles s'entendent, elles s'aiment, elles pleurent, donnent des coups de pieds aux vélos lorsqu'on est en colère face à l'injustice, écrivent des commentaires critiques pour que les oreilles qui n'entendent pas se représentent l'inégalité. Elles sont libres, partent de leur chez soi et laissent derrière elles l'espace qu'elles occupaient auparavant, l'espace qui les occupait depuis le début, les espaces qu'elles gardaient et soignaient jusqu'au prochaine dé-ménagement, elles sont de passage entre les maisons, entre les sociétés, entre les humanimaux et les humanimales et tout le reste. Et elles existent à mesure que leur extension s'étale parmi les différentes couches/groupes/classes/populités de la société. 

La politique n'est pas entre les Etats. "Relations internationales" est un domaine d'études complice et destructeur de valeur. Il faudra le remplacer par "Relations Capitalistes" pour donner crédit à son contenu et rester près de sa vérité mais les universités sont plus complices qu'un domaine d'étude.

Or chaque valeur a besoin d'une instance active, un agency, afin de pouvoir circuler mais contrairement à ce qu'on croit, elles ne sont pas attendues le gouvernement de Macron qui fait de toute institution Etatique (fonction publique) une entreprise autonome, une machine à créer de l'argent. Avec un développement technologique phallocrato-capitaliste qui dévore tout ce qu'il trouve sur son chemin y compris sa propre milieu d'existence et qui tend vers l'intelligence artificielle, les lentilles de contact connectées, le transhumanisme, quelle autre imaginaire peut-on attendre de nos "élus du peuple» ?

Ces politicien-ne-s, s'iels se souciaient vraiment de la politique, auraient remarqué dès l'ENS ou Sciences Po par quelle roue ces institutions élitistes font passer leurs étudiant-e-s. S'iels avaient autant étudié Hannah Arendt que leurs professeurs aiment citer tant, iels s'intéresseraient aux critiques sociales telles que le féminisme, l'antiracisme, l'anticolonialisme, l'antimilitarisme, l'anarchisme, études subalternes et leurs étudiant-e-s aujourd'hui étudieront l'animalisme, la critique de la dissociation (de la) valeur, l'écologie sociale. Idées "postmodernes"! Paroles de l'Aristocratie déguisée en "capital culturel" qui habitent les monopoles du pouvoir alors que les gens meurent entre les deux frontières qui ne sont qu'une : l'enclosure "postmoderne" de l'accumulation primitive. 

Si la dissociation de la valeur n'étaient pas si ancrée dans les fondements mêmes de l'Etat qui est une "catégorie du capitalisme", ces politicien-ne-s ne feront pas de "politiques d'identité", vendant des armes aux enfants pour se faire une place  dans les "Transformations de l'impérialisme à l'époque mondiale"(1), qui convient à leurs statu-quo d'aujourd'hui dans les dynamiques du pouvoir multi-pôles; n'instrumentaliseront pas les valeurs comme l'égalité sous l'étiquette du "mariage pour tous", [récupération néolibérale des critiques sociales telles que celles qui ont été formulées par le FHAR dont l'une de cofondatrices est Françoise d'Eaubonne, par ailleurs écoféministe, libertaire et romancière de la science-fiction], ou comme la liberté promue par des slogans comme la "liberté d'être moi" dans des publicités de maquillage  qui ne sert qu'à uniformiser les femmes, les dresser, et à les préparer à l'esclavage sexuelle à vie (ou à mort pour certaines), dissimuler leur manque d'intérêt (faible taux d'intérêt certainement) aux milliers des femmes qui payent leurs "passage" par leur viol.

 En revanche, si nous n'étudierons pas la wert-abspaltungskritik à l'université, nous ne comprendrons pas comment la politiques identitaires qui animent les universités (et il ne s'agit pas des doyen-ne-s actuel-le-s - qui ne sont pas (encore) nommé-e-s par les multinationales, ni du ministre de l'éducation nationale qui assume clairement sa position d'esthète face aux discussions sur l'écriture inclusive(2), ni donc de "oui mais il y a même des ministres femmes", ni par ailleurs de celleux qui "revendiquent" la parité au sein du gouvernement) nous empêchent de voir clair les rapports entre le "procédure Dublin" et l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiant-e-s étrangèr-e-s. Ceux entre la Service Nationale Universelle (3)  et la loi anti-casseur : la professionnalisation du militantisme par un double mouvement : l'introduction de la dissociation "bénévole" ou "volontaire" [alors qu'il y a trois ans, lorsque je travaillais sur un devoir de sociologie qualitative à travers des enquêtes auprès des "bénévoles ou volontaires", il n'existait pas de telles catégories, ni même en termes de valeur chez les "personnes de terrain"] et la criminalisation et donc exclusion d'une certaine populité (groupe social, si vous voulez) par l'instauration des limites juridiques à l'engagement politique, comme si "l'imaginaire terroriste" ne suffisait pas. Comme si ces politicien-ne-s ne sont pas emmerdé-e-s par la masse de personnes qui arrive à poser des pieds sur "leur sol", déplacées à cause des guerres qu'iels créent sur "leur sol"; par la montée en puissance de la populace engagée qui veut de plus en plus retrouver sa potentialité intellectuelle critique en se nourrissant des engagements et théories contemporaines, au point d'organiser des contre-séminaires (sur l'histoire des idées féministes par Graf-étudiant-e-s à la Fac de Nice, étudiant-e-s queer qui travaillent sur la "Queer psychanalyse" à Mirail ou des villagois-e-s qui remplissent toute la salle pour écouter l'écologie sociale).

La politique est entre les animaux. Elle mange autophage(zoophagie), séquestre, fait du tourisme d'esclavage procréatif, désenfante, nexploite et qui ne peut pas être exprimée dès lors qu'il n'y a personne pour le nommer pour la première fois afin de rendre l'impensé, réel. L’invention lexicale est une nécessité de justice pour sortir du statu quo gynocidaire, pédocidaire et zoocidaire. Et à toute lutte nouvelle correspond l’indispensable créativité lexicale pour nommer ce qui était caché. Chaque mot est un discours politique. Prenons le mot « élevage » et préférons lui naixtermination pour nommer ce dont il s’agit : une extermination cyclique par les naissances sans volonté d’extinction mais par zoolocauste perpétuel causant extinction eugéniste bien réelle des races dans les espèces et des espèces. Zoocide faisant écocide faisant zoocide. L’élevage est un nesclavage des chairs qui n’élève personne mais enlève les enfants à leur mère empêchée de pouvoir les élever. (4)

Voici comment on nomme l'impensé. Voici un miroir qui est autre chose que l'image qu'elle montre à un certain anti-idéalisme plus hegelien que marxien, de type henryen qui essaye de "purifier" la philosophie (car la radicalité n'est pas donnée aux philosophes de fauteuil mais aux militantes féministes). Voici comment on fait entendre le cycle (et non imagifier). C'est en ce sens aussi que la pensée du spectacle est incomplèt. C'est une bande de gamins comme disait Murray Bookchin et comme l'écrit si bien Michèle Bernstein. (5)(6) Le "temps cyclique" invisibilise le processus qui commence par la dissociation de la valeur pour le parachever aux pieds d'un mur qui cache sa propre reproduction. -Il faut tout de même reconnaitre que, là où Murray Bookchin se contredisait, c'était la tonalité condescendante de son approche, c'est-à-dire la recherche de la domination ; une faille courageusement évitée chez la pensée animaliste de Solveig Halloin.

Le monde doit être un terrain de jeu mais ne l'est pas. Et ce n'est pas toute la tragédie du monde.
Lorsque la critique du capitalisme touche à ces composants urbains (Debord, D'eaubonne, Bookchin) serait-elle capable d'identifier sa propre domination dissociée ? 

(1) Bedszent et Konicz, Guerre d'ordre mondial : la fin de la souveraineté et les transformations de l'impérialisme à l'époque de la mondialisation, Horlemann Verlag, 2003, ouvrage non traduit en français. www.palim-psao.fr/2015/03/etat-islamique-inc-par-les-amis-de-nenemis.html 
(2)http://cheekmagazine.fr/societe/eliane-viennot-demonte-arguments-contre-ecriture-inclusive/
(3)https://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/service-national-universel-scenarios-proposes.html
(4)https://boucherie-abolition.com/2019/01/29/faire-apparaitre-la-zooppression-dans-la-langue-pour-la-faire-disparaitre/
(5) http://www.spectacle.co.uk/archive_production.php?id=774 
(6) Bernstein, Tous les Chevaux du Roi, Allia, 2004

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