vendredi 16 novembre 2018

Salut Sylvia. Ca peut paraître un peu brusque, mais je me demande si le moment ne soit pas venu pour que nous nous séparons. Ou que je me sépare de quelque chose mais je ne sais pas de quoi. Ce texte ne serait peut-être pas conforme à ce qu'on disait qu'on allait faire de ce blog mais tant pis. L'écriture me manque et le nombre de textes en brouillon s'accroit. 

Avant, j'écrivais pour me vider la tête. Je me mettais devant l'écran et je n'y pensais plus rien, y compris à ce que j'écrivais. Je m'en foutais de ce qui sortait de mes doigts. J'avais besoin de cet espace de liberté. De dire des choses sans m'arrêter sur les conséquences éventuelles de ce qui s'écrit. Ni pour les autres, ni pour moi même, ni donc pour nous. Vous m'avez appris faire la part des choses. Mais je ne suis pas heureuse. 

Enfin si, je suis heureuse. Je découvre la beauté de l'amour, de l'amitié, de l'humain. Je rencontre, je me rencontre tous les jours mais je cherche sans cesse, dans une quête qui semble être éternelle, une quête de désobéissance aimante, de révolte reconciliant, de perte fertile, et c'est plus que beau. 

Mon détachement ne date pas d'hier. Une chambre à soi, je l'avais. J'avais suffisamment de stratégie de privilégiée pour ne pas tomber dans un sentiment d'injustice. Je manipulais les mots à ma guise. Je m'en sortais, quoi qu'il advient, quoi qu'essaye de me faire du mal, de discriminer, de dominer, de soumettre. Je ne savais pas encore que je vivais dans une illusion concrete, réelle et matériellement vraie. Je ne me sentais pas privilégiée. Je méritais ce bonheur. Je faisais le nécessaire pour y parvenir. Je réussissais ma vie. La vie me prenait en charge sur une matrice de contrôle de soi, de maîtrise de soi consentente, de mobilisation joyeuse, de domestication. Je n'y mettais pas de mots. Je ne le peux toujours pas. Je balbutie. 

Le français est bienveillant, il me tolère. Il tolère mes fautes, il trouve mon accent mignon et me pardonne quand je trébuche. Mais il ne comprends pas que d'avance, je ne suis pas l'une des sien-ne-s et que cette condition d'inégalité de départ m'est morbide, et que l'humain s'habitue à tout car iel est capable d'inventer ses propres stratégies de survie qui lui devient la seconde nature et qu'il est difficile de s'en défaire même quand on a plus trop besoin et que le théâtre humain est une scène qui s'accomplit toute seule dans la performance quotidienne, qu'il n'y a pas de dehors, que c'est une chemin miné et que je risque d'y laisser ma peau. Ca ne veut rien dire pour vous, sauf une certaine exagération en manque d'attention peut-être. Vous seriez proches… 

Sylvia, dans un après-midi de printemps, j'avais écrit dans mon carnet qu'il ne fallait plus y écrire. Qu'il fallait vivre. Je voulais sortir de ma tête. Je voulais la poser au milieu d'un autoroute et attendre le prochain camion pour qu'il vient l'écraser comme une mouche. Je connaissais peu à l'époque des paroles qui prônaient la nécessité de suppression de toute forme de domination. La domination de l'humain sur l'humain, la domination de l'humain sur la nature, la domination tout court. J'avais besoin de rapprendre les mots quotidiens, le mots de la rue, pour l'expression des sentiments, des vécus. Afin de pouvoir me comporter comme une adulte, je devais redevenir enfant. Dans un monde où les enfants sont dominé-e-s, où iels essayent sans cesse d'en prendre la revenge lorsqu'iels sont adultes (comme la dit si bien A.), où être de gauche est vouloir rester adolescente, ou l'adolescence est méprisée, c'est difficile. C'est encore plus difficile lorsque redevenir enfant fait surgir des problèmes de l'enfance noyés, poussés dans le puit de la normalisation; lorsque les plus proches sont loin pour soutenir et d'autres plus proches ne sont proches que dans ce langue lointain. Lorsque je n'arrive pas à me confier, lorsque je découvre que ma chambre à moi n'a jamais été à moi. Rien n'est à personne. Tout est à nous. 

Depuis cet après-midi dans le tramway qui m'amenait vers le nouveau chez moi, j'ai cessé d'écrire dans mon carnet. Progressivement je suis devenue quelque chose que ce langue-là ne me permet pas d'exprimer. Ou que je ne suis pas suffisamment forte pour le mettre en mots. Toujours pas, jamais assez, jamais noir et blanc non plus. Quand le détachement intellectuel ne correspond pas à l'expérience mais que la mise en mots d'expérience n'est pas satisfaisante, on tombe. On tombe comme les bonnes accusées d'avoir volé la cuillère en argent, comme l'assassine insomniac, comme l'oeuf en non-devenir, comme la rose blanc posé sur la tombeau du défunt lorsqu'il a l'air apaisé dans son sommeil maquillé.

Je veux lire des romans Sylvia. Je veux en lire sans culpabilité. Je veux en parler et en écrire. Je veux en chanter. 

Je lève mon verre à ton bien-être dans ce monde
Je rêve d'un leurre où le bien-être est à nous 
Sylvia, tu me pardonneras. 

lundi 15 octobre 2018

avalons en aval
ce mensonge qui catalyse la protéine dans l'assiette
les champignons de fin du monde crient en fermentation 
contre la culture du viol
qui fait naître pour exterminer, nexterminer 
la vache qui rit d'être violée pour faire remplir les nichons
-certainement pas une vieille vache -
nous sommes des animaux qui se mangent 
en privé et en public
avec appétit.

https://www.youtube.com/watch?v=tWIZpf0hNA0
à deux pas d'ici vit
un arbre sauvage, un arbre libre, un arbre sans forme
enformé dans son ombre pour disparaitre avec l'image
pour comparaitre sans défense
devant un paraitre
non-formé.

informée par l'absence d'écoute
malformation d'esprit curieux se tord
et fait corps avec une formation douteuse
l'altercation honteuse mord :
frustration en cours
-de traitement.

particules chassées par le loup
état de nature
on peut y péter librement?
saigner sans salir?
vomir sur vos quatre-cent-quatre-vingt-dix-neuf textes?
sur /une
-élève de-
joli coup.

découpons l'âme en trois parties
une pour l'avortement,
une pour la chasse aux sorcières,
une pour l'invisibilisation,
gestation pour l'Autre est une pratique historique
à abolir.

fraise à la crème de la chatte de la chienne chaude
une vraie moisson d'appas 
bas-bleu
vous désirez autre chose gentilmen?
celle-ci est une aristochatte
celle-là érotise son hystérie
celle-là est une version augmentée qui couche avec ses supérieurs
afin de mieux écraser ses pupilles pour sa propre survie
celle-là est trop moche pour être prise au sérieux, passons
celle-ci est trop révoltée, surement mal-baisée
vous la ramenez à la raison, messieurs, sans aucun doute
mais surtout préservez vos élèves
de ses idées dépassées.

il y a des moments où
le consentement échoue
quand je me sens contrainte à sentir
comme une abeille à masque à gaz
dans une housse sous-vide
et je continue de trouver des prétextes
pour vous excuser

mardi 9 octobre 2018

p.n°22

-Coucou l'écrivaine! -Coucou Sylvia. -Tu es dispo pour chatter? Ca fait un petit moment qu'on s'est pas parlées. -Je suis en train de lire un article. Je termine et viens après? -Je prépare les verres? -Ouais! 
(…)
-Hello! -Tu lisais quoi? -Un article de Patricia Hill Collins, la Construction sociale de la pensée féministe Noire, publié pour la première fois en 1989. Elsa Dorlin a publié en 2008 chez l'Harmattan un anthologie des textes du féminisme africain-américain de 1975 à 2000, Black Féminism. Il y a un groupe féministe à la fac qui organise des ateliers-débats. Le prochaine va parler du point de vue situé, une théorie et méthodologie de l'épistémologie féministe. Y a une fille parmi elles qui a lancé une série d'évènements sur l'afro-féminisme. C'est elle qui m'a passé l'anthologie l'histoire de m'initier un peu. Collins fait partie de ces théoriciennes du point de vue situé, donc voilà. -ça l'air d'être sérieux. - et intéressant. 
- Ellie m'a dit que tu as décidé d'arrêter la fac. Je m'inquiétais un peu pour toi. -Oui, finalement je ne trouve plus ma place parmi les philosophes. Après les crises de l'année dernière j'avais mis sérieusement en question ce projet de vie. Malgré tout je m'étais motivée pour faire un mémoire d'étude comparative entre l'écoféminisme de Françoise d'Eaubonne et l'écologie sociale de Murray Bookchin, toustes les deux anarchistes post 68ardes. Mais gel gör ki l'institution ne m'héberge plus, enfin je me suis mise à l'écart progressivement, je crois. -Il s'est passé quelque chose de particulier? -Ouais. Enfin, c'est le fruit d'une accumulation, paraît-il. Il s'est passé non seulement une mais trois choses qui m'ont entrainé dans une déception sans pareil. D'abord un enseignant que j'admirais par ailleurs nous a distribué une anthologie des textes à mobiliser si on veut réussir le CAPES, dans le cadre de son cours de philosophie général. Parmi les 489 textes figure une seule femme, Hannah Arendt. Pas de Rosa Luxembourg, pas de Simone Weil, ni de Beauvoir, de Wollstonecraft, de Haraway, de Butler, de Harding, de Fraser, de Guillemin, de Kollontai, de Hartsock, de Cornell, de Dwarkin, de RIEN sauf une. -Invisibilisation écrasante. Puis? -Puis dans un cours d'histoire j'entends l'enseignant raconter les 30-Glorieuses comme quoi c'était une époque formidable où tout le monde ont enfin eu accès à la consommation et la démocratisation des électroménagers ont mine de rien libéré les femmes, que grâce à Moulinex elles avaient eu la possibilité de faire des choses beaucoup plus intéressantes comme prendre plus de temps à s'occuper de leurs enfants. -Ca fait plus de mal quand ça vient d'une historienne, non? -Oui... -Et quatrième? - Ca a fait le plus de dégâts je crois. On était en cours avec madame Platon qui parlait de la CRP de Kant. Dans un moment donné, j'ai essayé de poser une question sur une éventuelle réinterprétation des formes a priori de la connaissance que sont l'espace et le temps, pris séparément chez lui, selon la théorie de la relativité qui réunit les deux dans une seule dimension. C'était très maladroit mais j'essayais de questionner cette théorie rationaliste androcentrée qui ignore sa propre dépendance à la reproduction de l'espace (passif) effectuée par les femmes, les esclaves d'autre fois, à travers le temps (actif). Elle m'a coupé la parole lorsque je tâtonnais pour formuler ma question. J'ai contestais en disant que je n'avais pas terminé, ce à quoi elle a répondu que c'était parce qu'elle avait compris ma question. Comment vous pouvez être certaine d'avoir compris alors même que je n'ai pas encore terminé, dis-je, mais j'étais déjà trop déstabilisé ne serait ce que par son regard impatient. Elle m'a sorti un discours comme quoi elle ne pouvait pas résumer un livre de 700 pages et qu'il me faudrait un minimum de travail de lecture. Comme si je n'avais jamais entrepris ce travail et l'institution dont elle fait partie nous n'avez pas imposé un cours sur ce livre pendant un semestre entier que j'ai validé avec une bonne note. J'ai dit, d'accord, laissons tomber, vous avez raison. Elle avait quand même raison parce que CRP ne fait pas partie de mes livre de chevet contrairement à celui de Marie Jo-Bonnet ou à la poésie de Sylvia Plath. -C'est elle qui m'a baptisée, non? -(avec un sourire) elle-même. -Qu'est-ce qui s'est passé après? -Après j'ai continué à écouter son cours jusqu'à ce qu'elle s'est retournée vers moi pour me faire grâce de ses excuses. Excusez-moi, si je vous ai bousculé un peu tout à l'heure mais c'est parce que vous me posez le même type de questions -historicisante elle a dit- depuis trois années. -ouh la. Je vois le coup qui vient. -Je n'ai évidemment pas pu accepter cette attitude. Je n'accepte pas votre excuse, dis-je ouvertement. Je trouve votre attitude très méprisante. Si je vous pose les mêmes types de questions, c'est peut-être parce que ma pensée va dans ce sens historicisant. Tu sais ce qu'elle a dit? J'essaye de m'excuser alors que vous me répondez avec une attitude violente. Tous les étudiants savent que je suis comme ça. Et moi, je dois accepter ça? Cette dernière phrase a fait écho dans le silence et elle a décidé de faire une pause. Je suis sortie avec la rage qui sortait de mes oreilles, narines et yeux simultanément en fumée. J'ai pleuré, j'ai fumé une cigarette posée sur les bancs dans le jardin, puis j'y suis retournée pour écouter le reste de son cours en larmes. Son cours me semblait trop intéressant pour abandonner (elle parle de l'histoire de l'idée de l'idée avec Deleuze et Gadamer) et cette histoire était trop personnelle pour se montrer hostile. -Tu es courageuse -Pas du tout, j'essayais de prouver mon point, et je pense encore d'avoir raison. Elle n'a pas nous traiter comme ça. Mais ça m'a fait un déclic. Je n'ai pas ma place dans l'abstraction hyper-rationalisante de la philosophie universitaire, peut être niçoise. Clément Rosset avait peut-être raison à ne pas y trouver sa place, lui non plus. 

-Qu'est-ce qui va se passer maintenant? Ton visa étudiant n'est pas en danger? -Si mais je ne supporte plus vivre dans une sorte de dissociation cognitive. Pour cette année, je suis inscrite et j'ai mon visa jusqu'au septembre prochain. Le seul truc qui me fait flipper un peu c'est l'impératif de prouver l'assiduité et la réussite scolaire. Pendant la période de renouvellement, il va falloir fournir un justificatif de réussite avec les relevé des notes de l'année précédente. Comme sur les miennes va être marqué partout des zéros, je risque d'être obligée de rentrer en Turquie. Mais je m'occuperai de ça le moment venu. J'en ai marre de remettre des choses au plus tard. -Tu fais quoi alors maintenant? -Je travaille à H&C pour apprendre le terrain et la réalité immédiate qui nous entoure ici et maintenant. Heureusement que N m'a accueilli les bras ouverts, iels ont besoin des bénévoles. Je te raconterai un autre moment comment ça se passe la bas. Je prends des notes et marque mes impressions du jour. C'est un travail lourd affectivement, les familles avec des enfants dorment dans la rue, sont malades, fracassées, mais toujours pleine d'espoir... mais au moins je retrouve un sens à ce que je fais dans mon quotidien. Puis il y a les ateliers "Histoire des idées féministes" et GRAF aussi. Il y a aussi le travail évidemment, dans son sens marchand. J'emploie une partie de ma force de travaille, suffisamment pour subvenir mes besoins vitaux, et le reste me reste pour lire Collins et prendre un verre avec toi! 

-Coquine. Tu nous as manquée. -Je sais, vous aussi vous me manquez. Je vais vous visiter plus souvent maintenant que j'ai un peu plus de temps et surtout plus de motivation pour faire autre chose, non pas grâce à Moulinex mais grâce à l'abandon d'une lutte qui s'est avérée inutile. Je crois que c'est l'une des meilleures décisions et peut être l'une des plus douloureuses que j'ai prise, de suspendre les études. Il y joue des histoires familiales qui appartiennent à ma biographie personnelle, et des blessures d'ego bien sûr mais tout ira pour le mieux. -Espérons. 

Je suis allée écouter les 44 duos de Béla Bartok tout à l'heure. C'est un moyen très efficace pour satisfaire mon envie de regarder droit dans le mur et y voyager. -C'est sur qu'il nous faut plus d'art et d'amour dans ce monde. Tu as entendu ce qui s'est passé à Toulouse? -Oui Flo m'a raconté au téléphone. C'est dans le quartier où elle travaille. Elle sortait d'une réunion de gestion de crise avec les habitant-e-s et les commerçant-e-s du quartier. C'est très rare de l'entendre si sérieuse et triste, elle a même ouvert la bouteille de vin que j'avais pris d'O Quotidien pour l'offrir. -Ce n'est pas rien d'assister à un fusillade qui a tué une personne à cause de l'industrie du drogue qui frappe évidemment avant tout les jeunes des milieux défavorisés. Avec les conditions de vie matérielles qui les poussent à se vanter d'une virilité du show-off. -J'aurais tellement envie d'être avec elle et lui dire, comme si ça doit la consoler et comme je l'ai fait après avoir vu Rafiki, nous avons tellement de la chance… 

-Allez, ça suffit. Va dormir, le soleil se lèvera dans quelques heures. -Pas pour tout le monde. - Surement pas pour les 1600 personnes dont les noms nous restent lointain. 

http://www.unhcr.org/fr/news/press/2018/9/5b8ccee9a/traversee-mediterranee-meurtriere-jamais-nouveau-rapport-hcr.html   

vendredi 24 août 2018

Je t'aime jour et nuit.
Enfin au lit, derrière mes pupilles
j'aile dans le monde de rêves où on fait l'amour.
Le conscient moitié éteint,
le non-conscient s'étend vers l'inconscient où je nous retrouve
… heureuses.

Je t'aile de loin de proche de partout
où une fleur s'accroche par ses racines et caresse la terre.
Mon cœur erre et te croise à chaque coin de la ville
qui serre les amantes dans ses bras fébriles et crasseux
et crache comme un déchet celles qui n'ont eu d'autre issu
que de se jeter dans les bras poisseux de la migration.

La cartographie de l'amour se superpose à celle de la ville
et montre comment nous-toustes sans-papier airent
et savent scrupuleusement se taire avec des adverbes mal appropriés
inappropriées, non appropriées,
oui, nous allons demeurer non appropriables
car nous nous airons.

Je t'aite, m'allaite de tes seins îlettes
et je t'aife affamée de l'étoile de ta bouche
sous le ciel de laquelle je couche les enfants à la bonne heure
toute heure est bonheur quand tes caresses me redressent la féminitude
et nous amènent d'Eaubonne à l'aise en baise.

Je t'aibe dans les ailes juteuses des abeilles en récolte,
en vol, ou en escale qui bousculent toute certitude domestiquée
et qui désirent la création éphémère illimitée
partout où on s'aive.

Notre maison multivers
flor'amour,
que ces quelques vers la décorent.

dimanche 19 août 2018

J'aurais voulu porter des lunettes quand j'étais petite
les gens qui en portaient avaient l'air de bien se connaitre dans au moins une chose
la découverte fut décevante, je me connais en rien, ne me reconnais en rien
sauf dans mes pas hésitants lorsque je m'engage dans quelque chose avec enthousiasme mais
je me retrouve en besoin d'encouragement, incapable de continuer toute seule
puis je m'entends, c'est contre cette culpabilité et de manque de confiance qu'inculque aux femmes la société patriarcale que je dois me révolter
c'est précisément là dedans qu'il faut puiser mes sources pour propulser l'énergie créative
sans pré-juger mes propres capacités
sans me limiter dans un pessimisme auto-réalisateur
sans me cantonner dans la volonté mais passer à l'acte
c'est ce que font les femmes fortes que j'admire tant

puis je regarde autour de moi et je croise les regards avides de certains hommes
j'entends "tu n'avais pas honte?" d'un mec qui a entendu que j'ai participé à la Pride de Nuit
"il faut qu'une femme soit pudique" d'un autre qui remarque que je ne porte pas de soutien gorge
je passe devant le jardin public avec mon tablier noir de cuisinière et un mec en tee-shirt rose s'avance vers moi bras ouvert pour me dire combien je suis belle
C se montre non-passivement défensif quand M essaye de parler de l'hypersexualisation des femmes noires dans l'imaginaire collectif à partir de ces propres expériences, comme si c'était lui qui se faisait harceler dans la rue
et nous finissons par être identifiées comme une bande de femmes insatisfaites, en manque de légèreté suffisante pour séduire les hommes
je n'ai pas pu lui dire que j'étais amoureuse d'une femme
il ne serait évidemment pas contre la possibilité d'aimer qui on veut
l'ouverture d'esprit, fantasmes pornographiques, appelez ça comme vous voulez
mais ça me limite dans la mise en mots de mon expérience
et c'est bien ça le problème…

je suis maladroite, et mes mots ne veulent pas dire ce qu'ils font entendre, très souvent
manque de confiance, non maitrise de la langue, naiveté, prétention, stupidité …
ma parole n'est pas toujours féministe, ni même engagée
et je ne suis certainement pas celle qu'on voudrait que je sois, quelque soit ce "on"
je tâtonne, j'oscille, je recule, je tombe mais je sais qu'il faut se remettre debout
et je retrouve cet espoir quand je pense à cette ville italienne qui fabrique de l'amour du passé au présent
avec elle, avec elles, avec nous, je répète dans ma tête

au revoir la honte

mercredi 15 août 2018

monde autre 4.0

un monde de rêve où on rêve d'un rêve sans monde
tout un monde rêvé sans amender quelconque monde-autre
un autre rêve dont le monde ravise en ravissement
un rêve mondain rempli d'utopies ravissantes
sans grever un seul rêve immonde
sans en aggraver un seul
agrandissant non-monde hors de soi
hors de moi avec peur mais avec joie

quand je reviens d'un tel monde de rêves
mon monde en-mondé se retrouve
ravi et enchanté.

mardi 10 juillet 2018

fish talking

for millions of years, humans lived just like the animals 
with the power of imagination, they learned to talk

it is true that i admire you, fishes

each and every thirteen of you
i tried to give you names but you dont seem to care
and its difficult to keep thirteen names in mind
especially when you look so alike
six red blue
seven orange black

yet my little blue, i recognize you
i have the impression that you do too
for when i put my finger on the glass on your side
whatever is it that you see
makes you fin back
and come back straight away
while others couldn't seem to care less

that was what i've seen in you at once
some sort of innocence maybe
if fishes can be innocent
or curiosity, in spite of that small world of yours
not bigger than the diameter of the tray on which my kind eats yours

but you were right for taking your time
obliging me to visit you more often
to observe you and to observe me observing you
in this liason dangereuse 

so i thought, maybe
what you yearned for was to pin your faith on me
in order to observe you observing me without finning back.

I guess i let you down, without knowing how
as i fail myself so often
in this need of mine to trust in a fish
(i cant take it anymore, she said
her hand brushing her beautiful front
even though i was trying hard to remain mannerly)

still, i was aware of the possibility
of that which i was taking for a motivation
could have been a simple animalistic instinct
for that fishes dont observe
or dont know that they observe
or that I dont understand the form that takes the outcome of this data

in the end, my fish lover, maybe
ours is a phenomenological enquiry
a dead born love story.

where I am utterly wrong in this script, however
was to consider your move as an act of recognition
and to think that your reaction was addressed to me 

as the time went by in front of the transparent wall that separates us
it became clear that what mattered the most to you
was the fact that i was one of these humans, among others
thanks to whom you feed your need of recognition
as a fish who needs to be fed
to survive, here or there
in this humble aquarium or in an oceanographic museum,
in exotic waters where you suppose to belong
or in water-conditioned home of ours
in sum, a simple living being
like me.

for that, my little blue 
we owe one another a trustworthy apology 
and to move on in shallow waters 
one, in the need of river's curves
other, in search of air 
of a recognition fair enough for a descent living
letting other's breaths swing away 
away from these walls of an aquarium 
from that glass which will separate us
in the same room, 
forevermore.

dimanche 10 juin 2018

ton sac à dos me manque
comme si nous étions déjà partis aux Himalayas
avons libéré l'araignée coincée dans le placard
cassé la vase
éteint la bougie
fait l'amour
beautiful friend

you walk, i watch
subjuguée
comment ne pas remarquer tes chaussures marrons
telle une vache devant le train
à jamais
reste, insallah

je ne suis pas seule
l'un fuit d'avoir lutté
sa peau ayant fait de lui
un esclave
l'autre fuit faute d'avoir lutté
son sexe ayant fait d'elle
une esclave
d'une autre nature

iels ne voient pas l'homme en blanc qui t'accompagne
mais remarquent le bruit que mon cœur fut
en l'absence de respiration qui fuit,
incapable de lutter
il y a un an et demi

depuis je peins un oiseau à queue rouge
l'œil en l'air
l'âme tripartite
sans bouche
adam sen de

puis, un poisson qui médite un œillet
ou un œillet sur les cheveux d'un poisson qui médite
ou une femme qui médite le poisson à l'odeur d'œillet
ou un dessin ivrogne
moi incompréhensible
quoi de neuf?

l'œillet bleu
n'ayant jamais existé
tu me manques

mardi 8 mai 2018

Have a Cigar

Je viens de rencontrer Alvaro de Campos
dès que je me débarrasse de l'actuel 
je vais tomber amoureuse, surement, du patron de son Tabac.

Dans ce vide rempli des étoiles mourantes chaque seconde un peu plus
existe une ville dont les rues en béton brûlent mes pieds avant l'heure
ils ne sont pas nus, je marche en talon aguille
-la parodie mesquine de ma petite vie-
on ne me demande même pas qui je suis
cracheuse de feu à la figure d'une étoile mourante

(je suis venue en mauvais pas ici
j'aurais dû venir en dansant, fleurs dans mes cheveux
au lieu, je les ai coupé très courts
je les ai coupé en garçon gâchis
en fillette qui a peur de ses propres cheveux
la flotte des cheveux fut défaite
depuis, je les ai dans ma peau)

la fenêtre de mon appartement ne s'ouvre pas au Tabac
et les chiens n'existent pas, eux non plus
(si, mais ils ne viennent à l'existence que pour chier en laisse
puis, ils redisparaissent)

depuis ma fenêtre
je vois une femme qui a monté un dragon pour arriver jusqu'ici
une autre à qui le même dragon a fait l'amour pour lui faire payer le voyage
une autre qui dort dans l'oreille gauche du dragon pour ne pas s'entendre
une autre qui fut nourrice de toute la famille dragon, petit-fils y compris
ce sont des folles d'un autre monde qui ne connaît pas d'étoile mourante
elles portent des pommes de pin dans leurs cheveux
elles ne l'ont pas dans leurs peaux
nous voulons toutes tuer le dragon
cracheuses de feu à la figure du dragon millénaire

le dragon a pour voisine Bébé, tous les deux sdf
ils sillonnent les airs sublunaire en système mafieux
-les rues en béton de cette ville ne brûlent pas leurs pieds-
pour protester contre leur extorsion affective itinérante
certaines compagnies aériennes se mettent en grève
d'autres proposent des avions-taxis sans pilote
d'autres, désespérées, ne voyant pas d'issue
préparent un program spatial pour coloniser Mars
la concurrence ne fait pas flipper le dragon
Bébé fait fi et de la concurrence et du dragon
elle chante avec les futuristes: siempre me quedera 
écoutons.

elle décrivait un comportement étrangement familier
mais ne se souciait pas du rassemblement
-pas facile de trouver l'équilibre en talon aguille-
l'inclination vers un consumérisme affectif
a été prise en charge par les confitures bonne maman
père noël ayant pris sa retraite dans la Geyikli Gece
il avait vendu tous ses cadeaux au bon marché
l'économie n'a pas supporté tant de charge privée
elle fabrique désormais des dragons nucléaires
affrontons.

depuis, le père noel fait le foin et le compost
et s'en fiche de la sort de ses anciens compagnons rennes
chassés par le dragon, certains participent à la circulation industrielle de leur propre chair
certains d'autres, âmes artistes, s'exposent au dessus des cheminées, nus.
d'autres encore ont retrouvé le chemin vers les rêves des enfants
celleux qui se souviennent encore de ses voyages oniriques, bien sûr
celleux qui adulent les étoiles mourantes, éternellement lumineuses
celleux qui savent s'orienter dans les brumes, sans compas
comme celleux qui invoquent les esprits invoquent les esprits
celleux-là m'invoquent et trouvent des épluchures d'agrumes
-fantasmes puérils-

la vie organique persévère dans son être, en général
il existe par exemple tat de bactéries qui mutualisent la peau du dragon
certaines puces profitent de l'été pour venir faire du camping
certaines chantent des chansons mélancoliques en cercle
-Cristina Branco accompagne, se nao chovesse tanto, meu amor-
d'autres les insultent parce qu'elles chantent mal
le regard des autres ment, faisant semblant d'affectionner la mélodie
toutes mènent leur vie, n'ayant pas connu un autre que ce dragon-là
elles restent et mettent de la crème de beauté sur son dos
créent des beaux jardins aux poils frais
le dragon aime se faire gratouiller par le râteau
ça le rend plus violent encore
et la bombe tombe dans ce vide rempli des étoiles mourantes.

ainsi, parfois la vie organique ne persévère pas dans son être en particulier
cent dix huit narines saignent en concertation
cinq fois plus d'orteil s'offrent à la recyclage somatique
car la vie organique en général apprécie la phalange pelée
les créanciers-unis en profitent pour vendre plus d'armes
d'autres bénéficient de la réduction de la fin de saison
d'autres encore protestent la rançon et libèrent la meute
on court, on court sans orteil, sans narine, sans poil
-sans avoir eu une seule séance de bronzage-
un morceau du corps à l'ouest
l'autre à la ramasse
ici hors sujet
là bas hors-jeu
jamais l'enjeu, la vie organique en particulier consent à mourir.

laissez le sang couler! voyez,
c'est un espoir perdu, personne à sa recherche
cette chose qui s'est brisée demande du temps pour se soigner
tôt ou tard, cette absence d'air qui suffoque va guérir les plaies
comme une esclave sexuelle d'un sauveur imaginaire qui dit :
ce n'est pas mon monde 
et qui prie, cinq fois par jour pour nettoyer son âme de ce corps sali
le même qu'elle porte tous les jours, embelli par des vêtements de mode
achetés à trois sous qu'elle n'a pas, puisqu'elle ne travaille pas,
ne la confondez pas, c'est une banquière anarchiste à tendance noble
qui se moque de l'Etat qui se moque d'elle depuis cette terre
qui tourne autour d'une étoile mourante.

Moi, je pleure
comme un père défoncé qui appelle sa fille à minuit
pour qu'elle vient le récupérer du trottoir sur lequel il reste couché
pour qu'elle l'achète un sandwich au fromage parce qu'il a des poches vides
pour qu'elle lui trouve un coin pour dormir, n'ayant plus de demeure
cette fois, au moins, il ne tremble pas par terre
mousse blanche dans la bouche, muscles au bendir 9/8
cette fois, au moins, elle n'est pas devant les urgences
seule, sans savoir ce qu'il lui arrive, chapeau rouge de santa à la main
cette fois, au moins, elle n'est pas dans ce bus leeennnnt comme escargot
qui la conduit à l'hôpital où il fait son spectacle déguisé en transhumain
cette fois, elle écrit, pour se débarrasser du malheur du monde
du malheur de la banquière anarchiste
du malheur des enfants palestiniens qui ne connaitront jamais leur père
puisque les morts n'ont pas de raison, ni mémoire, ni même un espoir à perdre
moi, je pleure des larmes légitimes
-dites moi qu'elles sont légitimes-
moi, cracheuse de feu à la figure d'une étoile mourante

(...)
si la deception envahisse et la peine embrasse
l'horloge de clocher indiquerait le moment de mettre fin à cette poésie
mais avant de me tirer de ce mauvais pas,
je vais fumer un cigare. 

mardi 24 avril 2018

P. n°21 & mémoires de Chalvagne 3

Styx, était un bon début, poursuivons.
Non mais franchement...
-Hé, Sylvia, tu es là? J'ai besoin que tu prends le relais un peu. Je n'arrive plus à faire n'importe quoi, et ma vie en a besoin. - Tu as du vin? -Evidemment. - Tu écoutes quoi? - Led Zeppelin. -Ok.

-Faut que tu me fasse un petit résumé quand même, j'ai pas tout suivi tu sais. J'étais partie à Chalvagne avec Bruce. Comme ça fait du bien de se perdre dans le forêt pendant des heures, sans calculer comment retourner au refuge. -Bruce n'était pas avec toi? -Bien sûr que non. Il est trop peureux pour faire le chemin. Puis il y avait des empreintes de sangliers. Mais cette peur-là, pour moi, c'était étrangement ravissante. -La pomme de pin que tu m'avais offert pour que je l'offre à B... - Tu l'as fait? -Non. - Comme vous êtes lâches tous les deux. -Ouais.

-Je parlais avec ML hier. -Et? - Elle m'a engueulé un peu. -Tu le mérites. Ella a dit quoi? - Que je ne savais pas faire de concessions. - Elle a raison - Ne penses-tu pas que presque la moitié de l'humanité en a suffisamment fait jusqu'ici? - Tu ne peux pas t'identifier à un seul groupe d'appartenance, ma chérie. -Tu sais bien que c'est plus qu'un groupe d'appartenance. -Pour celles et ceux qui n'en font pas partie, il l'est. -Bah, alors! Qu'est-ce que je fais avec elleux? - Tu n'y es même pas là. Tu vas vraiment trop vite dans le jugement. Comme dans tout d'ailleurs. -Oui, je sais. J'en ai eu une démonstration concrète ce samedi. Nous sommes allées à la plage avec ML pour profiter du beau temps. Je me suis jetée dans l'eau comme si je n'en avais jamais connue. Evidemment, après quelques bras, je suis sortie en étant complétement gelée. Lorsque je nageais, j'avais l'impression que mon visage était la proie aux piqures cruelles d'un armée de fourmis rouges. - Haha, c'était un beau souvenir quand même. -Oui, d'ailleurs à Chalvagne, j'ai rencontré le bois, comme si c'était la première fois. - Si la philo ne marche pas, on devient bûcheronne? -Carrément.
(Merci N, pour la photo, mais aussi de m'avoir appris comment chercher, repérer, transporter, couper, stocker de bois. Comme tu disais, les femmes peuvent très bien s'occuper de l'approvisionnement pour l'hiver, même si la tâche semble exiger "la force masculine"!)

-Tu as changé, l'écrivaine.- Comme quoi? - Tu es plus transparente -Eh bien, tu vois que j'essaie de faire des concessions. - Dans ta tête. -Comment puis-je faire autrement? - J'en sais rien. - Tu n'as pas envie de parler d'autre chose un peu, j'en ai marre de subir des fantasmes et mal dormir à cause de ça, lorsque le monde va mal. -Le monde n'a jamais allé bien. - C'est une excuse, ça? - Tu es obligée d'apprendre de te détendre, c'est tout. - Oui mais c'est quand que ça va terminer cette période de "détente" ? - Quand ça se termine. - Tu ne m'aides pas là. - C'est là où se rejoignent l'auto-apprentissage avec l'auto-responsabilisation. - Sauf que je ne suis pas seule pendant tout ce temps-là. -Grâce à ML. -Merci ML. - Je pense qu'elle aimerait bien te matcher avec son fils. - C'est parce qu'elle n'a pas eu de fille. - Tu parles au nom d'elle. - Je suis incurable. Faut m'abandonner ici et prendre le dessus Sylvia. - Hé! j'ai ma propre vie. - (...)

- Comment ça s'est passée ta journée? - Incroyablement excitée et calme à la fois. (...)CENSURé(...) Voilà, où j'en suis. -Ok, c'est le moment de te rappeler les arguments de ML. On fait une pause cigarette, et tu te redresses. -oui maitresse. 

- Vous étiez pas censés aller à Notre Dame de Landes pour la manif de dimanche dernier avec N? -Oui mais on n'a pas réussi à nous arranger finalement. Ca ne faisait pas de sens de passer une journée entière en stoppe pour y arriver le matin même et pour repartir le lendemain. Y avait la réunion de la comité éthique sur le PMA. Ah! quelle horreur. Déjà, le président n'avait pas trop envie que je prenne la parole visiblement, vu l'amitié qu'il tenait avec la doctorante en droit qui faisait certainement partie de la Manifpourtous, chose que je ne me suis pas retenue à verbaliser. Le débat n'en était pas vraiment un, tellement la question qui était censée lancer le débat était orientée. La PMA est accessible en ce moment en France aux couples hétérosexuels (!), à l'âge de procréer (ce que ça veut dire, va savoir) et a pour condition l'infertilité de l'un-e des membres. C'est de la pure hypocrisie, on est d'accord? -Rien à dire. - Si tu entendais les scénarios catastrophiques qu'ils inventaient pour soutenir leurs arguments, tu inventerais la magie pour créer des tomates et des œufs afin de les leur jeter. - A ce point-là? - C'est inquiétant...  - à ce point-là... - après, le sujet ne me semble pas être l'une des plus urgentes. Ce qui gêne le plus, c'est la mise en question de l'institution familiale. Ce n'est pas uniquement une question de traditions mais bien la continuation d'un système de reproduction socio-économique. S'il disparaisse, c'est tout un système sociétal qui va être ébranlé. Ca fait peur. -Etre en mal d'imagination, ça doit être ça aussi. - Il faut d'abord assurer la structure d'entraide à l'auto-responsabilisation. - Je vois, tu as beaucoup influencée par les idées de J. - Elle font plus en plus de sens. -Fais attention à ne pas trop t'éloigner de la réalité sociologique. - Ouais, c'est un enjeu. 

-Tu n'as pas un poème pour terminer la soirée?
J'ai une adaptation d'une micronouvelle d'Hemingway: l'amour: baby shoes, never worn.
This is the end, donc. 
Not really, way over yonder, plutôt.
Têtue que tu es... 

mercredi 11 avril 2018

séance thérapie 4

Je n'accepte pas cette humanité là. Je ne me supporte plus en tant qu'humain. Je ne me supporte plus tout court.
La peur est envahissante. J'ai peur de rentrer dans mon pays. J'ai peur de ne pas pouvoir revenir ici. J'ai peur d'être arrêtée pour un quelconque motif politique mensonger ou simplement stupide. Je me dis, mais n'exagères pas quand même, tu vas tomber dans un paranoia.
Puis je me réponds, oui mais le procès de Pinar continue depuis 20 ans à cause d'une crime qu'elle n'a pas commis. l'Etat la poursuit parce qu'en tant que sociologue, elle travaillait avec les kurdes, soutenait les arméniens, animait des spectacles de rue avec des travailleuses de sexe, des transsexuelles et des mineurs isolés. Depuis, elle a été acquitté quatre fois, mais son dossier vient d'attérire à la Cour Suprême. Elle a obtenu la nationalité française entre temps mais sa famille est menacée et surtout elle ne peut plus remettre les pieds dans sa terre natale.
Je me réponds, Ahmet Altan, Havva Custan, Mehmet Baransu, Kemal Ozer, Gurbet Cakar et beaucoup d'autres journalistes sont en prison, Asli Erdogan, Can Dundar et je ne sais qui d'autre sont exilés en Europe.
Il y a une semaine, 23 politicien-ne-s (en plus) de HDP ont été garde à vue, sans raison juridique légitime.
10 camarades à l'université de Bogazici sont arrêté-e-s d'avoir manifesté contre les jeunes erdoganistes qui célébraient le massacre qui a lieu à Afrin.
Les amis et collègues à ma mère ont été licenciés de leur fonction publique sous prétexte d'appartenir à Feto, le communauté islamiste de Gulen, réfugié aux Etats-Unis, l'ancien mentor d'Erdogan, accusé d'avoir organisé le coup d'Etat avorté d'il y a deux ans. Alors que tous les deux sont des médecins dans une petite ville touristique, sont de gauche, syndiqués et militants.
Erdogan menace la France parce que Macron a reçu il y a quelques jours une délégation de représentants du Rojava. Il dit à propos de l'attaque de Munster en Allemagne : "La même chose va arriver en France. L'occident ne va pas pouvoir se libérer du fléau du terrorisme. L'occident va s'effondrer en soutenant ces terroristes"

Je ne peux plus supporter mon état d'esprit qui se réfléchit brutalement avant de s'enfermer dehors, plusieurs fois par jour.
Je ne peux plus supporter d'écouter passivement les gens qui n'adressent pas leur paroles à moi mais à une masse d'individus poissonisés.
Je ne peux plus supporter ma façon de me plaindre des choses quotidiennes, des petits trucs sans importance, des mouches, des vers, des cafards qui prennent plaisir à fréquenter ma tête.
Qui es-tu, demandent-ils ardemment. Quelle importance? Pourtant quelle question! elle me rend obsessive.
Mais je me demande, quelle âme sans politique? Quelle politique pour cette âme cherished? Quelle utopie de la société si elle ne correspond pas ni plus ni moins à cette utopie? Si elle n'existe pas comme entité autonome. Si les journalistes sont en prison, si j'ai peur de rentrer dans mon pays, si j'ai peur pour le futur, si j'ai peur tout court?

Pour le moment, je ne peux simplement plus, mais je vais revenir plus forte...
Sans être capable de fermer les yeux et faire ma petite vie tranquille, sans me plonger complétement dans un esprit guerrier, toujours dans un entre-deux, il faut rester courageuse...

lundi 9 avril 2018

séance thérapie 3

Ce soir, nous écoutons Lamb of God, In Flames, Katatonia et Pain of Salvation. L'état d'esprit est rebel et viril avec une touche de nostalgie. Les frontières sont celles de l'anarchie, de libertarien et du vin des Côtes du Rhône. L'amour est omniprésent. Sans objet de désir, il fait des voyages spatio-temporelles. C'est le début d'une nouvelle confusion. Bras ouverts, nous l'accueillons.
La problématique de Jung de l'autre jour nous a interpellé et as we walk through the ashes, we whisper its name.
A qui appartient ce corps? Qu'est-ce que l'appartenir? Dans la mesure où l'écrivaine l'approprie pour en faire le support nécessaire de l'extériorisation de son existence, il est à elle. Mais quelle serait la durée légitime de cette appropriation? Quelles seraient les critères qui détermineraient les limites de son utilisation par elle? through the undertow, let me go. Serait-elle en mesure de let it go? Réellement, non. Cependant, le problème réside dans la revendication. A qui adressons-nous cette revendication? L'instance de reception, n'est-elle pas, dans le même mouvement, est légitimée? Et si nous voulions mettre en question l'autorité de cette instance? Quelle serait dès lors la référence à partir de laquelle nous formulons la revendication d'une libération? L'émancipation entre en jeu peut-être précisément sur ce point. Non seulement pour se débarrasser d'une référence d'autorité, mais aussi pour se constituer en l'absence d'une quelconque autorité. On est à la porte d'un certaine existentialisme? D'un plus grand féminisme?
Reconciliation. Non pas dans le rejet mais dans l'acceptation. Non pas dans la soumission mais dans la désocialisation. Dans une socialisation choisie. Selon quelles critères? J dirait le désir (trop libéral?). G dirait que le désir s'impose (l'essentialisation?). B dirait le consentement (l'invisibilisation?) Ma tête pompette dirait: l'anarchisme intersectionnel. Omer Khayyam dirait sous la plume d'Amin Maalouf: "lève-toi, nous avons l'éternité pour dormir". Elvis Presley ajoutera : "its now or never". Nous les suivons.
Nous accepterons par la même les dérives de la pensée. Je me suis touchée hier en sachant que je touchais à mon corps pensant que mes touchées étaient les siennes. En touchant, en touchant à lui. En me sentant touchée par ces mains qui ne m'ont touché qu'une seule fois, sur le coude. à bas rien mais à bas la honte. Nous acceptons nos fantasies, nous assumons nos contradictions lorsque celles-ci nous font penser ce soir à elle. Nous dénonçons l'impératif de la pudeur et les normes de l'hétéronormativité. Nous aimons librement, sans que cela implique l'appartenance de ce corps à ce désir; sans que cela indique l'appropriation d'un désir par une seule image, celle d'une représentation du bonheur attribué. Nous revendiquons le désir de pouvoir désirer par choix, par communication, par reconnaissance de l'autre en tant qu'iel se présente selon ses propres conditions d'existence, en tant qu'iel veut se faire connaître.
Faisant l'expérience de l'être entier qui tourne, sans que la réalité ne bouge, nous admettons que l'espacetemps sans tiré (C. Rovelli) dépasse notre puissance d'agir, mais aussi de penser. Ce qui est mis en mots devient par là, une vulnérabilité. (dont la définition dans la loi sur l'immigration de 2015, ni bien évidemment dans la Convention de Genève, n'inclut pas la violence domestique comme motif d'octroi d'asile) A chaque fois que la réalité rentre en contradiction avec la philosophie, il y a matière à réfléchir car l'exception ne fait pas le règle. ça, nous l'assumons parfaitement.)
Avant d'écouter Opeth, nous dénonçons les publicités de Veet qui promeut la mise en valeur des sourcils. Nous dénonçons la publicité tout court. Nous dénonçons l'hyperséxualisation des corps des femmes. Avec l'arrivé de l'été, nous savons que nous allons être obligées d'adopter, de nouveau, une stratégie supplémentaire pour retourner les regards de nos seins non-opprimés par le soutien-gorge vers nos yeux, les interlocuteurs de nos propos. Hello, je suis là. Une préoccupation constante non méritée ni désirée. (où est le désir et où le consentement dans des cas pareils?)
Harvest, un excellent morceau pour poser son menton sur sa rotule et pour dire bonne nuit.
Bonne nuit, donc.

vendredi 6 avril 2018

séance thérapie 2

Il n'y a pas grande chose à dire sauf peut-être que nous étions encore heureux. Ma sœur était trop petite (je réalise le passage du temps sur elle, littéralement)! J'adorais jouer avec elle, ce qui est mieux qu'une poupée, c'est une poupée vivante et... chiante. Bon, deuxième partie concernait plus ma mère, je m'intéressais plutôt à ses yeux marrons, toujours grands ouverts comme pour vouloir y intégrer d'un seul coup tout un monde. Je faisais partie de ce monde-là. Un peu plus tard, quand j'avais 10 ans peut être et elle en avait 5, j'ai commencé à créer d'autres mondes pour elle. Mon art consistait à faire des spectacles des marionnettes et des peluches pour elle et sa copine, la fille de notre voisine de la maison de 5h à mari alcoolique (avec le mari alcoolique de la maison de 8h, et mon père, ils faisaient une bande de connards-prets-à-s'enflammer). Nous en avions besoin.

Notre maison était entourée d'un petit jardin où, pendant l'été, nous faisions du barbecue des poissons frais que l'oncle Tuncay avait péché le matin même. J'y avais planté avec mon père un pin et le pêcher était pour ma sœur. Il y avait aussi un citronnier, un grenadier, un pommier, un prunier... Le pin était le seul à ne pas porter des fruits... Dans un moment donné, je m'en souviens, ma mère avait même un coin potager. Combien je détestais l'odeur de la terre et ses mains sales. Je voulais qu'elle soit une mère moderne, qu'elle nous parle de son travail et non des tomates, qu'elle parte avec ses amies les soirs et non rester faire la cuisine et le ménage tout le temps toute seule. Une fois débarrassée de mon père, elle s'est remise à la fois à finir ses études supérieures et enchaîner une maîtrise; et aussi à cultiver son petit jardin cette fois d'appartement. Toutefois, elle n'a jamais arrêté de faire le ménage d'une façon presque obsessionnelle. Il y a des choses qu'elle n'arrive pas à nettoyer de son passé, j'imagine. Je t'aime maman.

Je disais que nous étions heureux, j'adorais ma petite sœur, je l'aime toujours. C'est vrai qu'on ne parle pas beaucoup. Après, je ne parle pas beaucoup avec nulle personne mais ce que nous partageons avec les personnes avec lesquelles je parle de temps en temps, c'est précieux. En même temps, puisque "beaucoup" est toujours relatif et référentiel, je peux dire que je parle beaucoup avec certaines personnes, que d'autres m'en excusent.

Du coup, j'étais petite, je me savais petite parce qu'on me le disait souvent, mais je me savais grande aussi parce que j'était la grande sœur de ma petite sœur. Ma confusion ne date pas d'hier. Au fait, ce n'est que partiellement vrai. Je ne m'en souviens pas du tout de la manière dont on m'appelait. Mes souvenirs les plus anciens ne datent pas si loin que ça. Je crois que je ne réfléchissais pas du tout, je vivais, c'est tout. Quelle naïveté! Avais-je une heureuse enfance? Mais bien sûr! Mais ça aussi, est partiellement fausse parce que je ne sais pas comment me prononcer sur l'ensemble des gazillons de seconds/situations/échanges/conflits/aventures/jeux qui ont constitué mon propre passé. Enfin, il y a eu des moments où j'étais contente, d'autres non, petits traumas, parfois peur et fascination simultanées, normal quoi. 

Sylvia, tu n'existais pas à cet époque, ni les autres d'ailleurs. Autre chose qui reste intacte : je n'existais toujours pas. C'est ça le problème de mémoire. Qu'est-ce que vous faites d'ailleurs? ca me ferait plaisir de vous parler un peu. 

Menteuse, ça ne te fera pas plaisir. Ce n'est qu'une expression vide et froide que tu as appris par cœur parce que les français aiment beaucoup et fonctionnent par des expressions toutes-faites qui leur servent de mots de civilité. Mais tu n'as pas de courage pour les dire ça en face, et puisque tu ne peux pas fabriquer suffisamment intelligemment les tournures de phrases qui t'aideraient à contourner ce sens artificiel d'une manière sympathique, tu les emplois quand même. Tu n'as pas honte de dire des choses aux quelles tu ne crois pas véritablement? Enfin, ça ne veut pas dire que tu te balades perpétuellement avec une masque parce que tu oses de temps en temps, avec des personnes avec lesquelles tu crois avoir une relation plus ou moins établie et sécurisé. As-tu peur de ne pas être aimée, appréciée? 

Bien évidemment Sylvia, comme tout être humain, je crois? Après je ne pense pas que c'est une motivation constante dans mes rapports aux autres. Il est pourtant vrai que l'impératif d'être en plein santé physique et mentale m'oppresse un peu. D'autant plus que les catégories des pathologies sont des constructions historiques, elles aussi (cf. homosexualité, dysphorie de genre, pourquoi pas d'autres?). J'ai lu Tezer Ozlu, j'ai lu ses romans comme si c'était de la poésie. Comment je peux vouloir "guérir"? Mais pourquoi je ne voudrais pas être seine? Parce que c'est un idéal dont la seule fonction est de faire sentir celles et ceux qui n'y arrivent pas, mauvais-e-s dans leurs peaux. Certain-e-s le prend comme un outil de négociation pour réformer la psyché. Mais dans la mesure où la psyché reste une autorité qui fait grâce par ces améliorations, comment peut-on parler d'une Ayça qui veut être/aller bien? La psyché n'appartient-elle pas à Ayça?

Bah non, tu sais bien que l'institution de la psychanalyse freudienne et compagnie est une privatisation de la psyché, qui pose les problèmes en amont pour y apporter des solutions. Elle n'appartient à personne, encore moins à un sujet, d'autant plus que le sujet est une invention de l'histoire. 

Ou à l'inverse, c'est peut-être parce que je n'y fais pas suffisamment de confiance de par mon propre narcissisme et volontarisme individualiste qui se veut capable de résoudre ses problèmes au fur et à mesure qu'ils surviennent dans leur contexte propre? 

Je sais que tu as tendance à te sous-estimer puisque tu crois connaître ton coté miroir et que ça te terrorise de t'aimer toi-même par peur de t'enfermer dans ta réflexion mais tu exagères. Je te rappelle que tu nous a créé pour esquiver l'autorité suprême et incontestable de ta psyché qui se veut souveraine. La pauvre, elle ne connaît pas mieux que ça, elle non-plus. 

Jung m'avait beaucoup aidé dans un moment donné mais depuis que j'ai appris qu'il était antisémite je l'accuse et m'accuse d'y avoir trouvé refuge. 

Tu ne peux pas diaboliser l'intégralité d'une personne à cause de certaines de ses idées. Il s'était trompé ou il ne connaissait pas la gravité de ces pensées-là. Tu as mangé de la chair pendant des longs années. Tu n'arrive toujours pas arrêter de fumer. Milles prétextes pour te culpabiliser d'avantage. En diabolisant les autres tu te sens mieux dans tes propres incapacités? 

Non, c'est plus que ça Sylvia, et tu le sais bien...

Tu n'as pas de meilleurs arguments? Tu cherches des boucs émissaires, c'est tout. 

Je cherche une utopie. 

Va falloir la créer ma petite, puis on y déménagera tout-e-s ensemble.

Oui mais j'ai envie de continuer à écrire sans savoir sur quoi. L'ambiance de ce soir est de Pink Floyd, Division Belle. Ne me jetez pas des pierres, mais celui-là est mon album préféré. Oui je sais c'est un point de discord énorme qui a presque déclenché une guerre l'été dernier lorsque j'étais à Istanbul avec A2. J'attendais une importante réponse à ce moment. Je l'attends toujours sans pouvoir m'avouer qu'il ne fallait pas attendre. Ces sont des High Hopes. Elles vont me rendre folle. Je vais devenir folle et ce n'est même pas un problème. Je me demande si je ne peux pas rentrer vivre à Istanbul. Je peux faire mon master dans mon ancienne université. Si je reste apolitique, il y a moyen que je survive. Je peux même travailler avec A et louer un appartement pas très loin du Bosphore. Je ferais des longues promenades, donnerai des miettes de simit aux oiseaux quand je passe à l'Anatolie et boirai du thé noir à Kuzguncuk. On m'a dit qu'ils ont fermé le Cinaralti probablement pour le transformer à un magasin de tapisserie orientale ou de chaussures de marque. Quel sens?

Il fallait écrire tout ça sur mon carnet et non pas sur ce blog je crois. Mais bon, c'est comme ça. Avec cette brisure qui s'est infiltrée dans ma conscience, je ne peux plus continuer du coup...
hosçakalin.