mardi 20 février 2018

Macron et SNU

Macron veut rétablir le service militaire, revêtu sous le nom du service national universel (SNU). C'est une marche à l'arrière non seulement pour la France mais aussi pour l'être humain que nous sommes. Cette volonté politique est problématique sur plusieurs aspects :

D'abord du coté de sa réception. En bon-ne-s réactionnaires, les hommes et femmes politiques et les médias se prononcent sur sa faisabilité en termes techniques et financières. Ça va coûter à la France autour de 2,4 à 3 milliards d'euros par an (1). Le projet va s'appuyer sur les dispositifs existants. Visiblement, questionner le sens et la portée de cette volonté n'est pas premier dans le programme. Il semble que la proposition n'en est pas vraiment une car il ne s'agit pas de demander aux citoyen-ne-s s'iels l'accepteraient ou non. La décision est posée, il s'agit de déterminer comment le mettre en place d'une manière le plus abordable et moins coûteuse. On peut m'objecter : "oui mais, il le disait déjà pendant sa campagne présidentielle et ce qu'il fait maintenant n'est que tenir sa promesse. En fin de compte, c'est aussi pour ça qu'il a été élu". Vous auriez raison, il y en a un grand nombre qui a voté pour lui, voici les fruits à récolter maintenant. (ah pardon, dans ce règne néo-libérale, on ne récolte pas de fruits, on les achète). 

Cette réception médiatique qui se concentre sur le coût de la mise en place du SNU est un symptôme d'une malaise beaucoup plus grand. Pourquoi la question économique se poserait avant même celle qui porterait sur les conséquences éventuelles de cette décision sur les liens sociaux? Il avance ses arguments couverts par un papier cadeau sur un plateau d'argent,. Vous allez les avaler parce qu'ils font jolis? Macron dit : "Le moment que représentera ce service national universel, c'est un moment de rencontre entre la jeunesse de notre pays et la nation, et en partie son armée, mais ça peut être aussi un engagement civique, comment est-ce qu'on donne de son temps utilement à la nation" (2). Quelle nation? 

Supposons que vous aimez bien "votre" pays. Il est entrain d'être privatisé bout par bout. Les liens nationales dont Macron parle, ne sont pas les liens entre les citoyen-ne-s qui peuplent cette nation. Ce sont des liens qui enchaînent chaque individu isolé à une entité abstraite, qui semble devenir plus en plus un entreprise géant. La jeunesse n'a pas besoin de rencontrer la nation, elle a besoin de se politiser, non pas à partir de ce qu'elle lit 24/24 sur twitter, mais en se rendant compte de ce qui se passe là où elle vit, habite, passe son temps quotidien. Les jeunes ont besoin de rencontrer les un-es avec les autres, puis leurs co-citoyen-ne-s. La jeunesse n'a pas besoin de donner de son temps utilement à la nation, elle doit reconnaître qu'elle en a une fois qu'elle arrive à éteindre son portable, elle doit se réveiller de cet état de paralysie que la démocratie représentative la maintient. C'est ça ce qui serait bon pour votre pays. 

Mais qu'est-ce qu'un pays? Pourquoi est-il le votre? pourquoi cette appropriation? Dans une société marchande ou tout se vend et tout s’achète, où la propriété privée qu'on possède détermine l'estime qu'on a de soi et de l'autre, faire de son pays "le votre", n'est effectivement pas très compliqué. C'est ce qui se passe. A la limite, si vous avez lu Rousseau au terminal, vous me diriez, oui mais ce n'est pas à moi ce pays, c'est à nous toutes et tous. Sauf que les frontières de ce "toutes et tous" sont déjà bien tranchées et ce n'est pas vous qui les avaient déterminées pour commencer. Lorsque l'identification de "nous" prend comme référence cette entité pathologique qu'est la nation, et que la nation s'organise autour d'un Etat qui prend sa légitimité de vos prédécesseurs lointains, le "nous" ne questionne même pas ce que ça veut dire d'être un sujet commun de l'Etat. Le mouvement qui fait de l'Etat une autorité pour exercer la volonté générale, aurait du faire de lui un bien commun dont la gestion est révisé régulièrement.  Or son mode de gestion n'est pas et ne peut pas être mis en question, chaque fois de nouveau, pour chaque nouveau membre de la société. Par conséquent, chaque nouvel arrivant l'accepte comme une entité omniprésente, qui a toujours existé, qui ne peut pas être aboli mais seulement être amélioré par des réformes progressifs, selon les besoins du moment... La suppressions des postes dans l’éducation nationale, la réduction des APL, la circulaire Colomb qui vise à jouer à Agatha Christie au lieu d'augmenter des capacités d'accueils des 115 et le 'Reporty' qui se teste à Nice pour faire de chaque citoyen-ne un-e dénonciateurices potentiel-le... C'est ça le lien social renforcé par l'Etat par des réformes progressifs. Pourquoi l'acceptez-vous? 

Avec la SNU, le projet de Macron vise à remilitariser ces liens. Selon cette vision, les liens sociaux se concentrent autour de l'idée de nation, qui, elle se rétréci vers l'Etat régalien pour rebondir sur une ouverture néo-libérale où tout se privatise. Croyez-vous sincèrement qu'on peut s'écouter, être solidaire les un-es les autres, en se retrouvant autour de la peur? La valeur mise en avant dans cette affaire, à savoir "l'honneur" de donner sa vie, si besoin, à sa nation, est une fausse valeur. Elle est proposée comme solution à un problème qui a été crée par le même Etat. Les réactionnaires et les conformistes sautent dessus, accepte le problème sans questionner s'il est véritablement là, et s’interrogent sur la possibilité de la mise en place de cette solution. n'y a-t-il pas d'autre choix? Une autre manière de renforcer les liens sociaux sans faire appelle aux sentiments nationaux, aux reprises des armes (même si l'engagement peut aussi être civique, dans un pays où presque la moitié de la population a voté FN, le patriotisme héroïque risque de monter très rapidement, notamment dans un contexte international de terrorisme alimenté) n'est-elle pas envisageable? 

Cerise sur le gâteau : tout fier, Macron explique que l'engagement militaire serait obligatoire pour les jeunes hommes et femmes. 
Nous, les jeunes féministes étudiant-e-s ne voulons pas de cette égalité-là! 
                                                                                        par Ayça, au nom de GRAF, antenne étudiante

(1)http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/02/05/20002-20180205ARTFIG00055-un-rapport-denonce-le-cout-trop-eleve-du-service-national-universel.php

(2)http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/13/le-service-national-universel-sera-obligatoire-affirme-benjamin-griveaux_5255954_823448.html

dimanche 18 février 2018

Impressions du jour, 18 fév

Nous étions au local syndical des Solidaires Etudiant-e-s. Deux camarades parisiennes sont venues proposer une formation sur les "luttes anti-patriarcales" à quatre volets : le sexisme, le consentement, la lgb-phobie et la transphobie, tous les quatre très intéressants. Il faut commencer par les remercier de leurs efforts et leur bienveillance à l'égard, entre autres, de mes contributions qui peuvent parfois s'avérer, je l'accepte, être chiantes. Nous avons également pris le temps de faire une petite réunion non-mixte d'une demie-heure dans l'après-midi laissant les garçons s'occuper de la vaisselle. Deux d'entre eux avaient préparé des salades une végan et une végétarienne; un autre avait ramèné des bananes en quantité suffisante pour nourrir une belle famille des singes. Je vous remercie toutes et tous pour cette journée plein de partage et de réflexion. 

Les présentations étaient terre à terre, avec des références aux vécus quotidiens potentiels et réels, avec des propositions concrètes concernant les modes d'action que les étudiant-e-s peuvent adopter, les revendications qu'on peut porter et les arguments qu'on peut mobiliser pour les faire entendre. Le coté théorique n'était pas pour autant absent. Nous avons parlé du sexisme par intention et le sexisme par effet (méchanceté vs. "sans faire exprès"); de l'intersectionnalité qui n'est pas un somme arithmétique des oppressions; de l'espace-safe à l’intérieur des groupes militants qui n'en est pas toujours tout à fait safe; de proposer des réunions non-mixtes en cas de besoin lorsqu'il se présente pendant les ateliers/AGs ; de la possibilité d'utiliser un safe-word pour dénoncer le sexisme lors d'une conversation; du besoin d'intégrer les étudiant-e-s dans les commissions disciplinaires s'il s'agit d'un cas relatif aux comportements sexistes, lgbtphobes ou au harcèlement ; des différences entre le genre, le sexe et l'orientation sexuelle, des particularités de trans* et les procédés médico-juridiques qui les concernent... 

Toutefois, je ne peux pas m'empêcher de souligner un point méthodologique qui, me semble-t-il, touche à une question préoccupante: c'était une journée de "formation". La vieille méthode de transmission des "connaissances" des éclairé-e-s aux ignorant-e-s, n'est elle pas issue justement de ce que le contenu de la formation visait à critiquer? Nous étions autour d'une grande table, face à deux intervenantes qui nous présentaient leur textes. Dans une position d'écoute passive, nous attendions la transmission des informations relatives à nos vies quotidiennes, des instructions déterminées en amont de la discussion, prêtes-à-employer, qui s'immiscent jusqu'à la mise en place rationalisée d'une vie sexuelle soucieuse du consentement des partenaires. L'une des propositions concernant ce dernier point c'était par exemple de demander à sa ou son partenaire : quelle partie de ton corps t'aimerais que je touche le plus souvent/ parfois/ jamais ? Nous comprenons l'intention, il s'agit de rendre visible, dans le souci de neutraliser les effets de la culture du viol, la nécessité, d'un coté de briser le tabou de parler des problématiques de la sexualité afin de ne rien prendre pour acquis ; et de l'autre de communiquer sur ses pratiques sexuelles du couple pour une intimité plus épanouie. Cependant avons-nous besoin, à ce point, de rationaliser notre rapport à l'autre? Qu'est-ce qu'on devient lorsque le discours, le logos s'intègre jusqu'aux plus profonds du partage sensuelle et sexuelle? Quid de la spontanéité, de l'esprit de jeu, de l’éveil progressif du désir et la connaissance graduelle du corps et des plaisirs de l'autre? La réponse à la culture de viol doit-elle passer nécessairement par la régulation rationnelle des rapports d'intimité? 

Nous avons explicité pendant la discussion, suite à mon objection, les motifs qui nous poussent à formuler des telles propositions régulatrices : le risque est grand et la culture du viol rend les risques potentiels effectifs. Toute femme ayant des rapports romantiques ou sexuels avec des hommes a probablement expérimenté, au moins une fois dans sa vie et encore, le fait de se voir entraînée dans des pratiques auxquelles elle n'a pas forcement donné son consentement. (ce vécu n'est pourtant pas spécifique aux femmes mais nous ne pouvons pas passer sous silence les données statistiques) Il est tellement "normal" pour certains d'obtenir ce qu'ils veulent, le moment où ils le veulent que la question de la volonté ou la disposition de l'autre ne se pose même pas. D'ailleurs, et je pense que c'est un point qui doit précéder cette réflexion, cette volonté de toute-puissance ne se manifeste pas uniquement dans le cadre des pratiques sexuelles (là on est déjà dans une certaine intimité, s'il ne s'agit pas carrément d'un viol ou du harcèlement sexuel) ni n'est nécessairement consciemment méchante. 

Voici un exemple personnel trivial qui peut illustrer ce point : j'étais au campus pendant une belle journée d’automne magnifiquement ensoleillée, assise dans le jardin sur les marches qui monte vers le bâtiment d'extension. Il n'y avait pas grand monde autour, quelques passant-e-s de temps à l'autre. J'étais arrivée plus tôt que prévu et attendais l'heure pour aller à mon cours. Sentir le soleil sur ma peau est la nourriture de mon esprit, j'en suis joyeusement dépendante. A quel point j'étais contente, je vous laisse deviner. Dans un moment donné, j'avais fermé les yeux, le visage tourné vers le soleil, profitais de ma solitude momentanée, pour remercier à l'univers de pouvoir le remercier. Vous connaissez certainement, je l'espère, cet état du soi, quel pur plaisir d'exister! "Excuses-moi de te déranger mais ça fait presque dix minutes que je t'observe c'est impressionnant comment tu restes immobile comme ça", entendis-je. Hé le mec, tu viens de ruiner le petit moment que je prenais pour moi, pour me dire que la manière dont je prends un petit moment pour moi est impressionnante et qu'en plus, tu ne te prives pas de me dire que tu m'observais comme si tu étais dans un zoo? Si nous avions un certain degré de familiarité, j'aurai pu excuser son comportement, voire être contente du fait qu'il soit arrivé à ce moment précis pour pouvoir partager ce bien-être avec lui mais nous étions l'un-e pour l'autre complètement étranger-e-s et ce qu'il avait affaire c'était un corps, justement, immobile.

Enfin, ce que je voulais dire c'est que le problème, me semble-t-il, se trouve ailleurs, et ne peut pas être régularisé par des propositions rationnelles concernant nos manières d'appréhender nos pratiques sexuels ou le corps de l'autre confinant le problème à l'espace privé. Le privé est public, non pas seulement parce que ce qui est vécu dans le privé est en réalité ce qui est le plus partagé ; ni parce que le privé descend dans les rues par et pour des revendications rendues publiques; mais parce que le public s'incarne dans ce qui est le plus intime entre deux inconnu-e-s dans la vie quotidienne : le partage du moment. Lorsque ce qui est public est le fétichisme marchand, le consumérisme autophage, le primat de la propriété, de l'appropriation et de l'appartenance;  l'objectivation du corps qui se donne naturellement à observer et la volontaire ignorance du contenu du désir d'autrui deviennent des trivialités négligeables. L'espace-temps que je prenais pour moi, étant absent dans son contenu pour le garçon (qui pourtant était suffisamment gentil de commencer sa phrase en s'excusant), était également absent des considérations sur sa propre capacité d'agir qui me visait dans ce moment précis et partagé. Ceci, est plus qu'un problème de respect, ou de maladresse, c'est un enjeu de reconnaissance. Il y a plus que ce que l'Homme perçoit de la femme que je suis aussi, elle transcende la perception, elle a une absence qui lui est inaccessible et il se doit et doit à elle de reconnaître sa propre ignorance concernant cette absence. C'est seulement ainsi qu'il aurait pu ne pas envahir mon espace-temps : il aurait pu attendre pour que j'ouvre les yeux, en fin des comptes vouloir communiquer n'a rien de méchant. Il aurait pu ne pas siffler derrière elle, le chien de chasse qui court après son cible prétendument reconnu comme tel : il n'y a rien de mal de vouloir transmettre son admiration mais le lapin n'est pas avant tout un nourriture. Il aurait pu ne pas couper sa parole puisqu'il croit savoir ce qu'elle a à dire : si elle tâtonne peut-être qu'elle a plutôt besoin d'encouragement. 

La méthode de "formation" reste, en ce sens, résolument paternaliste puisqu'elle croit pouvoir transmettre aux destinataires des informations formulées en amont du partage. Cette présomption qui fait de la réflexion une matière qui peut changer de main sans influencer l'interlocuteurice, sans être influencée par elleux, ni par la situation d'échange n'entraîne-t-elle pas à figer ce qui peut être co-élaboré avec les participant-e-s/partenaires en fonction de leurs disponibilités, leurs biographies, leurs expériences concrètes? Pourquoi ne pas envisager une pédagogie participative, un atelier collaboratif animé par les intervenantes mais non pas dirigé du début à la fin par elles? Si nous n'étions pas des jeunes politisé-e-s, aurions nous la possibilité d'élargir le contenu de la formation avec nos questions qui ont fait irruption et qui ont prolongé sa durée initialement prévue ? La situation est plus qu'un espace-temps qui héberge l’enchaînement programmé de ses contenus. Ici et maintenant est plus qu'une scission rationnelle et a posteriori de la succession des moments présents, du mouvement de l'histoire. C'est un rapport de moi à toi, et c'est la négligence de la valeur de ce rapport qui avait motivé, au départ, nos deux camarades parisiennes de venir nous former sur les luttes anti-patriarcales. Comment défaire ce nœud ? 

Tout ça, tout ça, sont des pensées, mais ne sont pas que des pensées. 
Puis, vous pouvez me dire que lorsqu'il s'agit des émotions et/ou des désirs, le temps qu'on prend pour réfléchir avant d'agir n'est pas toujours très productif. Croyez moi, j'en sais quelque chose... Mais c'est là où réside peut-être le plus grand enjeu.
à continuer à creuser... 

vendredi 16 février 2018

Coup d'Blog avorté

Attention! Ceci est un Coup d'Blog.
Tu es priée de bien vouloir te calmer jusque une prochaine déclaration car nous sommes nombreuxeuses à en avoir marre de ton état d'esprit bipolaire. Te réveiller à la vu des oiseaux en vol harmonieux pour sortir du cours pleurer en cachette aux toilettes et devenir euphorique dans l'après-midi suite à un double phénomène sonore est un complet non-sens. Il faut y mettre un terme et c'est maintenant.

Nous savons, chère corps, que tu es épuisée et que tu ne dors pas bien car tu te sent envahie par un sentiment d'incapacité généralisé qui te hante même dans ton lit. Nous savons que tu es consciente de cette situation mais que tu n'arrives pas à mesurer ces états de fluctuation, que tu te sens presque dépassée. Nous savons que tes engagements multiples sont à la fois valorisants, puisqu'ils touchent aux autres; mais aussi fatigants, puisqu'ils ne te touchent pas assez, que tu as besoin de prendre du temps de qualité pour toi-même. Qu'à force de vouloir te dissoudre dans l'extérieur tu te dissimules derrière tes ondulations centrifuges au point de vouloir abolir la possibilité même de l'existence d'un quelconque centre hormis cette matière physique qui t'incarne socialement. Qu'en théorie, tu es convaincue que c'est cette manière de vivre qui te convient le mieux, que tu as essayé de réaliser plusieurs d'autres options en vaine, que tu as besoin d'être active, de faire, de te relier aux autres, de collaborer mais qu'au fond, quand tu es seule, tu n'a qu'un seul envie qu'est de regarder droit sur le mur et y voyager.

Cependant chère corps, ceci n'est pas cohérent. Ceci, chère corps, n'est pas envisageable. Chère corps, nous savons bien que c'était ton choix, de sortir de ton pays, adopter une nouvelle langue, et essayer de te démerder dedans. Nous savons, et que tu savais, que la conscience irréfléchie allait devenir un bien rare. Tu avais anticipé cette incertitude dû à la quasi-impossibilité de l'oubli de soi lorsque tu te sais, constamment, étrangère. Tu avais déjà expérimenté ce que signifie de se savoir commettre des erreurs devant tout le monde et à chaque fois. Faute de grammaire, faute de syntaxe, méconnaissance des mots, méconnaissance des éléments historiques, ignorance des référentiels culturels, incompréhension des empreintes symboliques... (quand bien même que tu sais ô combien tu n'a aucun droit à te plaindre car tu as ces fameux papiers) Tu savais ce que les vécus répétitifs d'incapacité ou d'ignorance font au sentiment de soi. Tu te croyais être protégée grâce à l'attitude naïve qui t'accompagne depuis ta petite enfance. C'est elle qui t'avait poussée à t'aventurer dans les eaux inconnues pour commencer.

Est-elle brisée? Qu'est-ce qui s'est passé, chère corps? Pourquoi ta force est diminuée? Pourquoi tu doutes, non pas de ton aptitude de pouvoir tout faire -ce serait une illusion d'omnipotence que tu as déjà accroché au mur dans un joli cadre- mais de celle à t'apprendre à te débrouiller tant bien que mal? Pourquoi tu te sens écrasée sous ton propre poids? Quid de ton insouciance bienveillante, ta volonté d'embrasser l'olivier? Pourquoi ne prends-tu plus autant de plaisir à ressentir le soleil sur ta peau? C'est un effet d'hiver surement, ou te prends-tu trop au sérieux?

Ne vois-tu pas, chère corps, que tu t’entraînes dans une incohérence en cédant à ce punaise de sentiment d'impuissance ?  Que plus tu te prends au sérieux, plus tu te concentres sur toi-même, tu t'y attaches, tu te privatises, tu t'appropries, tu redresses la forme et deviens seule? Tu n'es pas seule, tu ne peux jamais être seule, l'humain ne peut pas être seul dans ce monde chère corps, car l'humain n'existe que sur cette terre partagée, dans cette langue commune, dans le bus 22 allant au campus, dans le queue du cafétéria attendant le petit-déjeuner à la française, l'humain ne peut pas être seul et tu es un être humain.

Donc, get your shit together, chère corps, et ne t'inquiètes pas pour cette lettre ouverte. Je est suffisamment molle pour ne pas pouvoir s'imposer comme autorité. L'énoncé d'ouverture n'était qu'une crie d'alarme, une prière du soir, un rappel à l'ordre et rien d'autre.

Fais de beaux rêves ce soir et reviens parmi nous le plus tôt possible.

vendredi 2 février 2018

romantisme frustré 2

Embrasser le peuple d'esclaves glacé
ou
sauter vers les cendres depuis un cratère
si on compte, aimer, c'est une poignée d'absence

Je plonge sans remède à la fosse océanique
ah! maman, la vague m'a battu
Les regards se noient au premier

mes pieds n'auriont pas si froid
si je n'étais pas si naïve à croire à chaque brin de lumière
voici une autre gravité latente, meurtrière.

bite the bullet, redirige la vers moi

un cri sous avalanche,
-le sourire du renard-
les mains tournées vers le ciel
-le goût de la terre dans la bouche-
un sifflet emprunté au rêveur
- poèmes flatteurs-

je rentre, les cils aux musons
cellui qui cultivait l'amour
dorénavant
le laisse sécher dehors.

Même les dinosaures sont oubliés
ou peut-être
on m'a jamais aimé.


traduction réinterprétée de l'Afrik, 6 septembre 2012.
Pour l'original: http://zambakgiller.blogspot.fr/2012/09/afrik.html