Macron veut rétablir le service militaire, revêtu sous le nom du service national universel (SNU). C'est une marche à l'arrière non seulement pour la France mais aussi pour l'être humain que nous sommes. Cette volonté politique est problématique sur plusieurs aspects :
D'abord du coté de sa réception. En bon-ne-s réactionnaires, les hommes et femmes politiques et les médias se prononcent sur sa faisabilité en termes techniques et financières. Ça va coûter à la France autour de 2,4 à 3 milliards d'euros par an (1). Le projet va s'appuyer sur les dispositifs existants. Visiblement, questionner le sens et la portée de cette volonté n'est pas premier dans le programme. Il semble que la proposition n'en est pas vraiment une car il ne s'agit pas de demander aux citoyen-ne-s s'iels l'accepteraient ou non. La décision est posée, il s'agit de déterminer comment le mettre en place d'une manière le plus abordable et moins coûteuse. On peut m'objecter : "oui mais, il le disait déjà pendant sa campagne présidentielle et ce qu'il fait maintenant n'est que tenir sa promesse. En fin de compte, c'est aussi pour ça qu'il a été élu". Vous auriez raison, il y en a un grand nombre qui a voté pour lui, voici les fruits à récolter maintenant. (ah pardon, dans ce règne néo-libérale, on ne récolte pas de fruits, on les achète).
Cette réception médiatique qui se concentre sur le coût de la mise en place du SNU est un symptôme d'une malaise beaucoup plus grand. Pourquoi la question économique se poserait avant même celle qui porterait sur les conséquences éventuelles de cette décision sur les liens sociaux? Il avance ses arguments couverts par un papier cadeau sur un plateau d'argent,. Vous allez les avaler parce qu'ils font jolis? Macron dit : "Le moment que représentera ce service national universel, c'est un moment de rencontre entre la jeunesse de notre pays et la nation, et en partie son armée, mais ça peut être aussi un engagement civique, comment est-ce qu'on donne de son temps utilement à la nation" (2). Quelle nation?
Supposons que vous aimez bien "votre" pays. Il est entrain d'être privatisé bout par bout. Les liens nationales dont Macron parle, ne sont pas les liens entre les citoyen-ne-s qui peuplent cette nation. Ce sont des liens qui enchaînent chaque individu isolé à une entité abstraite, qui semble devenir plus en plus un entreprise géant. La jeunesse n'a pas besoin de rencontrer la nation, elle a besoin de se politiser, non pas à partir de ce qu'elle lit 24/24 sur twitter, mais en se rendant compte de ce qui se passe là où elle vit, habite, passe son temps quotidien. Les jeunes ont besoin de rencontrer les un-es avec les autres, puis leurs co-citoyen-ne-s. La jeunesse n'a pas besoin de donner de son temps utilement à la nation, elle doit reconnaître qu'elle en a une fois qu'elle arrive à éteindre son portable, elle doit se réveiller de cet état de paralysie que la démocratie représentative la maintient. C'est ça ce qui serait bon pour votre pays.
Mais qu'est-ce qu'un pays? Pourquoi est-il le votre? pourquoi cette appropriation? Dans une société marchande ou tout se vend et tout s’achète, où la propriété privée qu'on possède détermine l'estime qu'on a de soi et de l'autre, faire de son pays "le votre", n'est effectivement pas très compliqué. C'est ce qui se passe. A la limite, si vous avez lu Rousseau au terminal, vous me diriez, oui mais ce n'est pas à moi ce pays, c'est à nous toutes et tous. Sauf que les frontières de ce "toutes et tous" sont déjà bien tranchées et ce n'est pas vous qui les avaient déterminées pour commencer. Lorsque l'identification de "nous" prend comme référence cette entité pathologique qu'est la nation, et que la nation s'organise autour d'un Etat qui prend sa légitimité de vos prédécesseurs lointains, le "nous" ne questionne même pas ce que ça veut dire d'être un sujet commun de l'Etat. Le mouvement qui fait de l'Etat une autorité pour exercer la volonté générale, aurait du faire de lui un bien commun dont la gestion est révisé régulièrement. Or son mode de gestion n'est pas et ne peut pas être mis en question, chaque fois de nouveau, pour chaque nouveau membre de la société. Par conséquent, chaque nouvel arrivant l'accepte comme une entité omniprésente, qui a toujours existé, qui ne peut pas être aboli mais seulement être amélioré par des réformes progressifs, selon les besoins du moment... La suppressions des postes dans l’éducation nationale, la réduction des APL, la circulaire Colomb qui vise à jouer à Agatha Christie au lieu d'augmenter des capacités d'accueils des 115 et le 'Reporty' qui se teste à Nice pour faire de chaque citoyen-ne un-e dénonciateurices potentiel-le... C'est ça le lien social renforcé par l'Etat par des réformes progressifs. Pourquoi l'acceptez-vous?
Avec la SNU, le projet de Macron vise à remilitariser ces liens. Selon cette vision, les liens sociaux se concentrent autour de l'idée de nation, qui, elle se rétréci vers l'Etat régalien pour rebondir sur une ouverture néo-libérale où tout se privatise. Croyez-vous sincèrement qu'on peut s'écouter, être solidaire les un-es les autres, en se retrouvant autour de la peur? La valeur mise en avant dans cette affaire, à savoir "l'honneur" de donner sa vie, si besoin, à sa nation, est une fausse valeur. Elle est proposée comme solution à un problème qui a été crée par le même Etat. Les réactionnaires et les conformistes sautent dessus, accepte le problème sans questionner s'il est véritablement là, et s’interrogent sur la possibilité de la mise en place de cette solution. n'y a-t-il pas d'autre choix? Une autre manière de renforcer les liens sociaux sans faire appelle aux sentiments nationaux, aux reprises des armes (même si l'engagement peut aussi être civique, dans un pays où presque la moitié de la population a voté FN, le patriotisme héroïque risque de monter très rapidement, notamment dans un contexte international de terrorisme alimenté) n'est-elle pas envisageable?
Cerise sur le gâteau : tout fier, Macron explique que l'engagement militaire serait obligatoire pour les jeunes hommes et femmes.
Nous, les jeunes féministes étudiant-e-s ne voulons pas de cette égalité-là!
par Ayça, au nom de GRAF, antenne étudiante
(1)http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/02/05/20002-20180205ARTFIG00055-un-rapport-denonce-le-cout-trop-eleve-du-service-national-universel.php
(2)http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/13/le-service-national-universel-sera-obligatoire-affirme-benjamin-griveaux_5255954_823448.html