vendredi 24 août 2018

Je t'aime jour et nuit.
Enfin au lit, derrière mes pupilles
j'aile dans le monde de rêves où on fait l'amour.
Le conscient moitié éteint,
le non-conscient s'étend vers l'inconscient où je nous retrouve
… heureuses.

Je t'aile de loin de proche de partout
où une fleur s'accroche par ses racines et caresse la terre.
Mon cœur erre et te croise à chaque coin de la ville
qui serre les amantes dans ses bras fébriles et crasseux
et crache comme un déchet celles qui n'ont eu d'autre issu
que de se jeter dans les bras poisseux de la migration.

La cartographie de l'amour se superpose à celle de la ville
et montre comment nous-toustes sans-papier airent
et savent scrupuleusement se taire avec des adverbes mal appropriés
inappropriées, non appropriées,
oui, nous allons demeurer non appropriables
car nous nous airons.

Je t'aite, m'allaite de tes seins îlettes
et je t'aife affamée de l'étoile de ta bouche
sous le ciel de laquelle je couche les enfants à la bonne heure
toute heure est bonheur quand tes caresses me redressent la féminitude
et nous amènent d'Eaubonne à l'aise en baise.

Je t'aibe dans les ailes juteuses des abeilles en récolte,
en vol, ou en escale qui bousculent toute certitude domestiquée
et qui désirent la création éphémère illimitée
partout où on s'aive.

Notre maison multivers
flor'amour,
que ces quelques vers la décorent.

dimanche 19 août 2018

J'aurais voulu porter des lunettes quand j'étais petite
les gens qui en portaient avaient l'air de bien se connaitre dans au moins une chose
la découverte fut décevante, je me connais en rien, ne me reconnais en rien
sauf dans mes pas hésitants lorsque je m'engage dans quelque chose avec enthousiasme mais
je me retrouve en besoin d'encouragement, incapable de continuer toute seule
puis je m'entends, c'est contre cette culpabilité et de manque de confiance qu'inculque aux femmes la société patriarcale que je dois me révolter
c'est précisément là dedans qu'il faut puiser mes sources pour propulser l'énergie créative
sans pré-juger mes propres capacités
sans me limiter dans un pessimisme auto-réalisateur
sans me cantonner dans la volonté mais passer à l'acte
c'est ce que font les femmes fortes que j'admire tant

puis je regarde autour de moi et je croise les regards avides de certains hommes
j'entends "tu n'avais pas honte?" d'un mec qui a entendu que j'ai participé à la Pride de Nuit
"il faut qu'une femme soit pudique" d'un autre qui remarque que je ne porte pas de soutien gorge
je passe devant le jardin public avec mon tablier noir de cuisinière et un mec en tee-shirt rose s'avance vers moi bras ouvert pour me dire combien je suis belle
C se montre non-passivement défensif quand M essaye de parler de l'hypersexualisation des femmes noires dans l'imaginaire collectif à partir de ces propres expériences, comme si c'était lui qui se faisait harceler dans la rue
et nous finissons par être identifiées comme une bande de femmes insatisfaites, en manque de légèreté suffisante pour séduire les hommes
je n'ai pas pu lui dire que j'étais amoureuse d'une femme
il ne serait évidemment pas contre la possibilité d'aimer qui on veut
l'ouverture d'esprit, fantasmes pornographiques, appelez ça comme vous voulez
mais ça me limite dans la mise en mots de mon expérience
et c'est bien ça le problème…

je suis maladroite, et mes mots ne veulent pas dire ce qu'ils font entendre, très souvent
manque de confiance, non maitrise de la langue, naiveté, prétention, stupidité …
ma parole n'est pas toujours féministe, ni même engagée
et je ne suis certainement pas celle qu'on voudrait que je sois, quelque soit ce "on"
je tâtonne, j'oscille, je recule, je tombe mais je sais qu'il faut se remettre debout
et je retrouve cet espoir quand je pense à cette ville italienne qui fabrique de l'amour du passé au présent
avec elle, avec elles, avec nous, je répète dans ma tête

au revoir la honte

mercredi 15 août 2018

monde autre 4.0

un monde de rêve où on rêve d'un rêve sans monde
tout un monde rêvé sans amender quelconque monde-autre
un autre rêve dont le monde ravise en ravissement
un rêve mondain rempli d'utopies ravissantes
sans grever un seul rêve immonde
sans en aggraver un seul
agrandissant non-monde hors de soi
hors de moi avec peur mais avec joie

quand je reviens d'un tel monde de rêves
mon monde en-mondé se retrouve
ravi et enchanté.