mardi 24 avril 2018

P. n°21 & mémoires de Chalvagne 3

Styx, était un bon début, poursuivons.
Non mais franchement...
-Hé, Sylvia, tu es là? J'ai besoin que tu prends le relais un peu. Je n'arrive plus à faire n'importe quoi, et ma vie en a besoin. - Tu as du vin? -Evidemment. - Tu écoutes quoi? - Led Zeppelin. -Ok.

-Faut que tu me fasse un petit résumé quand même, j'ai pas tout suivi tu sais. J'étais partie à Chalvagne avec Bruce. Comme ça fait du bien de se perdre dans le forêt pendant des heures, sans calculer comment retourner au refuge. -Bruce n'était pas avec toi? -Bien sûr que non. Il est trop peureux pour faire le chemin. Puis il y avait des empreintes de sangliers. Mais cette peur-là, pour moi, c'était étrangement ravissante. -La pomme de pin que tu m'avais offert pour que je l'offre à B... - Tu l'as fait? -Non. - Comme vous êtes lâches tous les deux. -Ouais.

-Je parlais avec ML hier. -Et? - Elle m'a engueulé un peu. -Tu le mérites. Ella a dit quoi? - Que je ne savais pas faire de concessions. - Elle a raison - Ne penses-tu pas que presque la moitié de l'humanité en a suffisamment fait jusqu'ici? - Tu ne peux pas t'identifier à un seul groupe d'appartenance, ma chérie. -Tu sais bien que c'est plus qu'un groupe d'appartenance. -Pour celles et ceux qui n'en font pas partie, il l'est. -Bah, alors! Qu'est-ce que je fais avec elleux? - Tu n'y es même pas là. Tu vas vraiment trop vite dans le jugement. Comme dans tout d'ailleurs. -Oui, je sais. J'en ai eu une démonstration concrète ce samedi. Nous sommes allées à la plage avec ML pour profiter du beau temps. Je me suis jetée dans l'eau comme si je n'en avais jamais connue. Evidemment, après quelques bras, je suis sortie en étant complétement gelée. Lorsque je nageais, j'avais l'impression que mon visage était la proie aux piqures cruelles d'un armée de fourmis rouges. - Haha, c'était un beau souvenir quand même. -Oui, d'ailleurs à Chalvagne, j'ai rencontré le bois, comme si c'était la première fois. - Si la philo ne marche pas, on devient bûcheronne? -Carrément.
(Merci N, pour la photo, mais aussi de m'avoir appris comment chercher, repérer, transporter, couper, stocker de bois. Comme tu disais, les femmes peuvent très bien s'occuper de l'approvisionnement pour l'hiver, même si la tâche semble exiger "la force masculine"!)

-Tu as changé, l'écrivaine.- Comme quoi? - Tu es plus transparente -Eh bien, tu vois que j'essaie de faire des concessions. - Dans ta tête. -Comment puis-je faire autrement? - J'en sais rien. - Tu n'as pas envie de parler d'autre chose un peu, j'en ai marre de subir des fantasmes et mal dormir à cause de ça, lorsque le monde va mal. -Le monde n'a jamais allé bien. - C'est une excuse, ça? - Tu es obligée d'apprendre de te détendre, c'est tout. - Oui mais c'est quand que ça va terminer cette période de "détente" ? - Quand ça se termine. - Tu ne m'aides pas là. - C'est là où se rejoignent l'auto-apprentissage avec l'auto-responsabilisation. - Sauf que je ne suis pas seule pendant tout ce temps-là. -Grâce à ML. -Merci ML. - Je pense qu'elle aimerait bien te matcher avec son fils. - C'est parce qu'elle n'a pas eu de fille. - Tu parles au nom d'elle. - Je suis incurable. Faut m'abandonner ici et prendre le dessus Sylvia. - Hé! j'ai ma propre vie. - (...)

- Comment ça s'est passée ta journée? - Incroyablement excitée et calme à la fois. (...)CENSURé(...) Voilà, où j'en suis. -Ok, c'est le moment de te rappeler les arguments de ML. On fait une pause cigarette, et tu te redresses. -oui maitresse. 

- Vous étiez pas censés aller à Notre Dame de Landes pour la manif de dimanche dernier avec N? -Oui mais on n'a pas réussi à nous arranger finalement. Ca ne faisait pas de sens de passer une journée entière en stoppe pour y arriver le matin même et pour repartir le lendemain. Y avait la réunion de la comité éthique sur le PMA. Ah! quelle horreur. Déjà, le président n'avait pas trop envie que je prenne la parole visiblement, vu l'amitié qu'il tenait avec la doctorante en droit qui faisait certainement partie de la Manifpourtous, chose que je ne me suis pas retenue à verbaliser. Le débat n'en était pas vraiment un, tellement la question qui était censée lancer le débat était orientée. La PMA est accessible en ce moment en France aux couples hétérosexuels (!), à l'âge de procréer (ce que ça veut dire, va savoir) et a pour condition l'infertilité de l'un-e des membres. C'est de la pure hypocrisie, on est d'accord? -Rien à dire. - Si tu entendais les scénarios catastrophiques qu'ils inventaient pour soutenir leurs arguments, tu inventerais la magie pour créer des tomates et des œufs afin de les leur jeter. - A ce point-là? - C'est inquiétant...  - à ce point-là... - après, le sujet ne me semble pas être l'une des plus urgentes. Ce qui gêne le plus, c'est la mise en question de l'institution familiale. Ce n'est pas uniquement une question de traditions mais bien la continuation d'un système de reproduction socio-économique. S'il disparaisse, c'est tout un système sociétal qui va être ébranlé. Ca fait peur. -Etre en mal d'imagination, ça doit être ça aussi. - Il faut d'abord assurer la structure d'entraide à l'auto-responsabilisation. - Je vois, tu as beaucoup influencée par les idées de J. - Elle font plus en plus de sens. -Fais attention à ne pas trop t'éloigner de la réalité sociologique. - Ouais, c'est un enjeu. 

-Tu n'as pas un poème pour terminer la soirée?
J'ai une adaptation d'une micronouvelle d'Hemingway: l'amour: baby shoes, never worn.
This is the end, donc. 
Not really, way over yonder, plutôt.
Têtue que tu es... 

mercredi 11 avril 2018

séance thérapie 4

Je n'accepte pas cette humanité là. Je ne me supporte plus en tant qu'humain. Je ne me supporte plus tout court.
La peur est envahissante. J'ai peur de rentrer dans mon pays. J'ai peur de ne pas pouvoir revenir ici. J'ai peur d'être arrêtée pour un quelconque motif politique mensonger ou simplement stupide. Je me dis, mais n'exagères pas quand même, tu vas tomber dans un paranoia.
Puis je me réponds, oui mais le procès de Pinar continue depuis 20 ans à cause d'une crime qu'elle n'a pas commis. l'Etat la poursuit parce qu'en tant que sociologue, elle travaillait avec les kurdes, soutenait les arméniens, animait des spectacles de rue avec des travailleuses de sexe, des transsexuelles et des mineurs isolés. Depuis, elle a été acquitté quatre fois, mais son dossier vient d'attérire à la Cour Suprême. Elle a obtenu la nationalité française entre temps mais sa famille est menacée et surtout elle ne peut plus remettre les pieds dans sa terre natale.
Je me réponds, Ahmet Altan, Havva Custan, Mehmet Baransu, Kemal Ozer, Gurbet Cakar et beaucoup d'autres journalistes sont en prison, Asli Erdogan, Can Dundar et je ne sais qui d'autre sont exilés en Europe.
Il y a une semaine, 23 politicien-ne-s (en plus) de HDP ont été garde à vue, sans raison juridique légitime.
10 camarades à l'université de Bogazici sont arrêté-e-s d'avoir manifesté contre les jeunes erdoganistes qui célébraient le massacre qui a lieu à Afrin.
Les amis et collègues à ma mère ont été licenciés de leur fonction publique sous prétexte d'appartenir à Feto, le communauté islamiste de Gulen, réfugié aux Etats-Unis, l'ancien mentor d'Erdogan, accusé d'avoir organisé le coup d'Etat avorté d'il y a deux ans. Alors que tous les deux sont des médecins dans une petite ville touristique, sont de gauche, syndiqués et militants.
Erdogan menace la France parce que Macron a reçu il y a quelques jours une délégation de représentants du Rojava. Il dit à propos de l'attaque de Munster en Allemagne : "La même chose va arriver en France. L'occident ne va pas pouvoir se libérer du fléau du terrorisme. L'occident va s'effondrer en soutenant ces terroristes"

Je ne peux plus supporter mon état d'esprit qui se réfléchit brutalement avant de s'enfermer dehors, plusieurs fois par jour.
Je ne peux plus supporter d'écouter passivement les gens qui n'adressent pas leur paroles à moi mais à une masse d'individus poissonisés.
Je ne peux plus supporter ma façon de me plaindre des choses quotidiennes, des petits trucs sans importance, des mouches, des vers, des cafards qui prennent plaisir à fréquenter ma tête.
Qui es-tu, demandent-ils ardemment. Quelle importance? Pourtant quelle question! elle me rend obsessive.
Mais je me demande, quelle âme sans politique? Quelle politique pour cette âme cherished? Quelle utopie de la société si elle ne correspond pas ni plus ni moins à cette utopie? Si elle n'existe pas comme entité autonome. Si les journalistes sont en prison, si j'ai peur de rentrer dans mon pays, si j'ai peur pour le futur, si j'ai peur tout court?

Pour le moment, je ne peux simplement plus, mais je vais revenir plus forte...
Sans être capable de fermer les yeux et faire ma petite vie tranquille, sans me plonger complétement dans un esprit guerrier, toujours dans un entre-deux, il faut rester courageuse...

lundi 9 avril 2018

séance thérapie 3

Ce soir, nous écoutons Lamb of God, In Flames, Katatonia et Pain of Salvation. L'état d'esprit est rebel et viril avec une touche de nostalgie. Les frontières sont celles de l'anarchie, de libertarien et du vin des Côtes du Rhône. L'amour est omniprésent. Sans objet de désir, il fait des voyages spatio-temporelles. C'est le début d'une nouvelle confusion. Bras ouverts, nous l'accueillons.
La problématique de Jung de l'autre jour nous a interpellé et as we walk through the ashes, we whisper its name.
A qui appartient ce corps? Qu'est-ce que l'appartenir? Dans la mesure où l'écrivaine l'approprie pour en faire le support nécessaire de l'extériorisation de son existence, il est à elle. Mais quelle serait la durée légitime de cette appropriation? Quelles seraient les critères qui détermineraient les limites de son utilisation par elle? through the undertow, let me go. Serait-elle en mesure de let it go? Réellement, non. Cependant, le problème réside dans la revendication. A qui adressons-nous cette revendication? L'instance de reception, n'est-elle pas, dans le même mouvement, est légitimée? Et si nous voulions mettre en question l'autorité de cette instance? Quelle serait dès lors la référence à partir de laquelle nous formulons la revendication d'une libération? L'émancipation entre en jeu peut-être précisément sur ce point. Non seulement pour se débarrasser d'une référence d'autorité, mais aussi pour se constituer en l'absence d'une quelconque autorité. On est à la porte d'un certaine existentialisme? D'un plus grand féminisme?
Reconciliation. Non pas dans le rejet mais dans l'acceptation. Non pas dans la soumission mais dans la désocialisation. Dans une socialisation choisie. Selon quelles critères? J dirait le désir (trop libéral?). G dirait que le désir s'impose (l'essentialisation?). B dirait le consentement (l'invisibilisation?) Ma tête pompette dirait: l'anarchisme intersectionnel. Omer Khayyam dirait sous la plume d'Amin Maalouf: "lève-toi, nous avons l'éternité pour dormir". Elvis Presley ajoutera : "its now or never". Nous les suivons.
Nous accepterons par la même les dérives de la pensée. Je me suis touchée hier en sachant que je touchais à mon corps pensant que mes touchées étaient les siennes. En touchant, en touchant à lui. En me sentant touchée par ces mains qui ne m'ont touché qu'une seule fois, sur le coude. à bas rien mais à bas la honte. Nous acceptons nos fantasies, nous assumons nos contradictions lorsque celles-ci nous font penser ce soir à elle. Nous dénonçons l'impératif de la pudeur et les normes de l'hétéronormativité. Nous aimons librement, sans que cela implique l'appartenance de ce corps à ce désir; sans que cela indique l'appropriation d'un désir par une seule image, celle d'une représentation du bonheur attribué. Nous revendiquons le désir de pouvoir désirer par choix, par communication, par reconnaissance de l'autre en tant qu'iel se présente selon ses propres conditions d'existence, en tant qu'iel veut se faire connaître.
Faisant l'expérience de l'être entier qui tourne, sans que la réalité ne bouge, nous admettons que l'espacetemps sans tiré (C. Rovelli) dépasse notre puissance d'agir, mais aussi de penser. Ce qui est mis en mots devient par là, une vulnérabilité. (dont la définition dans la loi sur l'immigration de 2015, ni bien évidemment dans la Convention de Genève, n'inclut pas la violence domestique comme motif d'octroi d'asile) A chaque fois que la réalité rentre en contradiction avec la philosophie, il y a matière à réfléchir car l'exception ne fait pas le règle. ça, nous l'assumons parfaitement.)
Avant d'écouter Opeth, nous dénonçons les publicités de Veet qui promeut la mise en valeur des sourcils. Nous dénonçons la publicité tout court. Nous dénonçons l'hyperséxualisation des corps des femmes. Avec l'arrivé de l'été, nous savons que nous allons être obligées d'adopter, de nouveau, une stratégie supplémentaire pour retourner les regards de nos seins non-opprimés par le soutien-gorge vers nos yeux, les interlocuteurs de nos propos. Hello, je suis là. Une préoccupation constante non méritée ni désirée. (où est le désir et où le consentement dans des cas pareils?)
Harvest, un excellent morceau pour poser son menton sur sa rotule et pour dire bonne nuit.
Bonne nuit, donc.

vendredi 6 avril 2018

séance thérapie 2

Il n'y a pas grande chose à dire sauf peut-être que nous étions encore heureux. Ma sœur était trop petite (je réalise le passage du temps sur elle, littéralement)! J'adorais jouer avec elle, ce qui est mieux qu'une poupée, c'est une poupée vivante et... chiante. Bon, deuxième partie concernait plus ma mère, je m'intéressais plutôt à ses yeux marrons, toujours grands ouverts comme pour vouloir y intégrer d'un seul coup tout un monde. Je faisais partie de ce monde-là. Un peu plus tard, quand j'avais 10 ans peut être et elle en avait 5, j'ai commencé à créer d'autres mondes pour elle. Mon art consistait à faire des spectacles des marionnettes et des peluches pour elle et sa copine, la fille de notre voisine de la maison de 5h à mari alcoolique (avec le mari alcoolique de la maison de 8h, et mon père, ils faisaient une bande de connards-prets-à-s'enflammer). Nous en avions besoin.

Notre maison était entourée d'un petit jardin où, pendant l'été, nous faisions du barbecue des poissons frais que l'oncle Tuncay avait péché le matin même. J'y avais planté avec mon père un pin et le pêcher était pour ma sœur. Il y avait aussi un citronnier, un grenadier, un pommier, un prunier... Le pin était le seul à ne pas porter des fruits... Dans un moment donné, je m'en souviens, ma mère avait même un coin potager. Combien je détestais l'odeur de la terre et ses mains sales. Je voulais qu'elle soit une mère moderne, qu'elle nous parle de son travail et non des tomates, qu'elle parte avec ses amies les soirs et non rester faire la cuisine et le ménage tout le temps toute seule. Une fois débarrassée de mon père, elle s'est remise à la fois à finir ses études supérieures et enchaîner une maîtrise; et aussi à cultiver son petit jardin cette fois d'appartement. Toutefois, elle n'a jamais arrêté de faire le ménage d'une façon presque obsessionnelle. Il y a des choses qu'elle n'arrive pas à nettoyer de son passé, j'imagine. Je t'aime maman.

Je disais que nous étions heureux, j'adorais ma petite sœur, je l'aime toujours. C'est vrai qu'on ne parle pas beaucoup. Après, je ne parle pas beaucoup avec nulle personne mais ce que nous partageons avec les personnes avec lesquelles je parle de temps en temps, c'est précieux. En même temps, puisque "beaucoup" est toujours relatif et référentiel, je peux dire que je parle beaucoup avec certaines personnes, que d'autres m'en excusent.

Du coup, j'étais petite, je me savais petite parce qu'on me le disait souvent, mais je me savais grande aussi parce que j'était la grande sœur de ma petite sœur. Ma confusion ne date pas d'hier. Au fait, ce n'est que partiellement vrai. Je ne m'en souviens pas du tout de la manière dont on m'appelait. Mes souvenirs les plus anciens ne datent pas si loin que ça. Je crois que je ne réfléchissais pas du tout, je vivais, c'est tout. Quelle naïveté! Avais-je une heureuse enfance? Mais bien sûr! Mais ça aussi, est partiellement fausse parce que je ne sais pas comment me prononcer sur l'ensemble des gazillons de seconds/situations/échanges/conflits/aventures/jeux qui ont constitué mon propre passé. Enfin, il y a eu des moments où j'étais contente, d'autres non, petits traumas, parfois peur et fascination simultanées, normal quoi. 

Sylvia, tu n'existais pas à cet époque, ni les autres d'ailleurs. Autre chose qui reste intacte : je n'existais toujours pas. C'est ça le problème de mémoire. Qu'est-ce que vous faites d'ailleurs? ca me ferait plaisir de vous parler un peu. 

Menteuse, ça ne te fera pas plaisir. Ce n'est qu'une expression vide et froide que tu as appris par cœur parce que les français aiment beaucoup et fonctionnent par des expressions toutes-faites qui leur servent de mots de civilité. Mais tu n'as pas de courage pour les dire ça en face, et puisque tu ne peux pas fabriquer suffisamment intelligemment les tournures de phrases qui t'aideraient à contourner ce sens artificiel d'une manière sympathique, tu les emplois quand même. Tu n'as pas honte de dire des choses aux quelles tu ne crois pas véritablement? Enfin, ça ne veut pas dire que tu te balades perpétuellement avec une masque parce que tu oses de temps en temps, avec des personnes avec lesquelles tu crois avoir une relation plus ou moins établie et sécurisé. As-tu peur de ne pas être aimée, appréciée? 

Bien évidemment Sylvia, comme tout être humain, je crois? Après je ne pense pas que c'est une motivation constante dans mes rapports aux autres. Il est pourtant vrai que l'impératif d'être en plein santé physique et mentale m'oppresse un peu. D'autant plus que les catégories des pathologies sont des constructions historiques, elles aussi (cf. homosexualité, dysphorie de genre, pourquoi pas d'autres?). J'ai lu Tezer Ozlu, j'ai lu ses romans comme si c'était de la poésie. Comment je peux vouloir "guérir"? Mais pourquoi je ne voudrais pas être seine? Parce que c'est un idéal dont la seule fonction est de faire sentir celles et ceux qui n'y arrivent pas, mauvais-e-s dans leurs peaux. Certain-e-s le prend comme un outil de négociation pour réformer la psyché. Mais dans la mesure où la psyché reste une autorité qui fait grâce par ces améliorations, comment peut-on parler d'une Ayça qui veut être/aller bien? La psyché n'appartient-elle pas à Ayça?

Bah non, tu sais bien que l'institution de la psychanalyse freudienne et compagnie est une privatisation de la psyché, qui pose les problèmes en amont pour y apporter des solutions. Elle n'appartient à personne, encore moins à un sujet, d'autant plus que le sujet est une invention de l'histoire. 

Ou à l'inverse, c'est peut-être parce que je n'y fais pas suffisamment de confiance de par mon propre narcissisme et volontarisme individualiste qui se veut capable de résoudre ses problèmes au fur et à mesure qu'ils surviennent dans leur contexte propre? 

Je sais que tu as tendance à te sous-estimer puisque tu crois connaître ton coté miroir et que ça te terrorise de t'aimer toi-même par peur de t'enfermer dans ta réflexion mais tu exagères. Je te rappelle que tu nous a créé pour esquiver l'autorité suprême et incontestable de ta psyché qui se veut souveraine. La pauvre, elle ne connaît pas mieux que ça, elle non-plus. 

Jung m'avait beaucoup aidé dans un moment donné mais depuis que j'ai appris qu'il était antisémite je l'accuse et m'accuse d'y avoir trouvé refuge. 

Tu ne peux pas diaboliser l'intégralité d'une personne à cause de certaines de ses idées. Il s'était trompé ou il ne connaissait pas la gravité de ces pensées-là. Tu as mangé de la chair pendant des longs années. Tu n'arrive toujours pas arrêter de fumer. Milles prétextes pour te culpabiliser d'avantage. En diabolisant les autres tu te sens mieux dans tes propres incapacités? 

Non, c'est plus que ça Sylvia, et tu le sais bien...

Tu n'as pas de meilleurs arguments? Tu cherches des boucs émissaires, c'est tout. 

Je cherche une utopie. 

Va falloir la créer ma petite, puis on y déménagera tout-e-s ensemble.

Oui mais j'ai envie de continuer à écrire sans savoir sur quoi. L'ambiance de ce soir est de Pink Floyd, Division Belle. Ne me jetez pas des pierres, mais celui-là est mon album préféré. Oui je sais c'est un point de discord énorme qui a presque déclenché une guerre l'été dernier lorsque j'étais à Istanbul avec A2. J'attendais une importante réponse à ce moment. Je l'attends toujours sans pouvoir m'avouer qu'il ne fallait pas attendre. Ces sont des High Hopes. Elles vont me rendre folle. Je vais devenir folle et ce n'est même pas un problème. Je me demande si je ne peux pas rentrer vivre à Istanbul. Je peux faire mon master dans mon ancienne université. Si je reste apolitique, il y a moyen que je survive. Je peux même travailler avec A et louer un appartement pas très loin du Bosphore. Je ferais des longues promenades, donnerai des miettes de simit aux oiseaux quand je passe à l'Anatolie et boirai du thé noir à Kuzguncuk. On m'a dit qu'ils ont fermé le Cinaralti probablement pour le transformer à un magasin de tapisserie orientale ou de chaussures de marque. Quel sens?

Il fallait écrire tout ça sur mon carnet et non pas sur ce blog je crois. Mais bon, c'est comme ça. Avec cette brisure qui s'est infiltrée dans ma conscience, je ne peux plus continuer du coup...
hosçakalin. 

jeudi 5 avril 2018

séance thérapie 1

Suite aux conseils de M, j'ai décidé de prendre un peu plus de temps, (quantitativement, même si lui, il fonctionne plutôt par la réflexion sur les entretiens) pour me détendre... 
Soyons honnête, je suis dans la merde. Même pas, mais j'en ai l'impression; ou plutôt j'ai un certain vécu qui se répète trop souvent (et ça, à chaque niveau de la réflexion), ce qui fait que le lapse de temps qui sépare l'un (vécu) de l'autre devient trop court, de même pour le sentiment qui l'accompagne, bien entendu pas trop joyeux, les virgules s'enchainent,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,  
.Soldat : ça, c'est ce que l'image du contrôleur de ticket dans les transports communs devient dans les habitudes, une fois passé à l'inconscient. (l'habitude elle même se présente sous forme d'essence) Soldat sécularisé, car le sentiment de sécurité est assuré depuis après-guerre (il y en a une en ce moment en Syrie par exemple, et l'Afrique brûle, RDC en son sein).
Non mais sérieusement, j'ai besoin de me détendre... Je n'ai aucune idée comment on fait ça, mais bon ça fait une exercice de plus dans l'auto-apprentissage de la pédagogie. 
Je ne suis même pas fatiguée. L'année dernière, pendant l'hiver, c'était le.. non mais je n'ai pas envie d'écrire sur ça. Puis, j'ai assez des pensées négatives ces derniers jours. 
Action directe, combien c'est difficile! surtout lorsqu'on a besoin de s'apprendre à se détendre.
Imaginez...
La certitude, c'est une pot de fleurs, mortes. 
J'ai vraiment besoin de la poésie. Mes mots me manquent tellement... voici un appropriation qui ne dérange pas, et qu'il faut care dans son innocence. C'est la seule espace qui n'est pas envahi par quelconque idée fixe. (Sauf que la scolarisation à 3 ans est sur le point de devenir obligatoire, le milieu par excellence de la reproduction sociale -non pas au sens de la reproduction des valeurs familiales, mais celle des valeurs de l'Etat qui vend par ailleurs des armes aux enfants de je ne sais quel coin du monde, tellement les conflits armés sont répondus dans la territoire qui dépasse les limites de l'Europe- l'OTAN interviendra. Les nouveaux arrivants, sont-ils légitimes pour remettre en question cette décision?-). 
Si nous vivions dans une société où les politicien-ne-s étudient le troisième livre de la République, ce que "Les Montagnes Russes" représentent aurait un autre nom. 
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de ma meilleure amie. Non mais vraiment, elle ne comprend pas le français (elle sait dire j'ai dix neuf ans mais c'était il y a cinq ans déjà). Elle, que je connais depuis l'âge de 6 ans. (C'est ding, hein?). Nous jouions toutes les deux de la batterie au collège. Nous faisons du kung-fu, son père était notre entraineur, mentor aussi (merci Ali Hocam). Puis je suis partie pour aller étudier au lycée (c'est ce que vos enfants vont devoir faire dans pas longtemps si vous restez silencieuxeuse face à la réforme d'éducation en cours (#sauvetafac), mais aussi #sauvetonlycée), mais notre amitié n'est pas restée derrière moi. Il y a peu de rencontres qui vous assure qu'elle va se reproduire avec la même intensité à chaque fois. Eh bien la notre en est une. Heureusement que tu existes Tugçem, joyeux anniversaires. 
Je commence à développer une certaine admiration pour le romantisme allemand, ils sont mignons.
Visiblement il y avait aussi des écrivaines importantes qui ont fait partie de ce courant. (Celui ou celle qui a volé ce livre de la bibliothèque est prié-e de le remettre à sa place dans le plus court délai). La reconnaissance est un enjeu central. 
Je pense que je suis une sceptique malgré moi. 
Il se peut que ceci soit une crise de conscience. Le fait qu'on prononce "bilinç" et "vicdan" avec un seul et même mot pose-t-il des véritables problèmes? 
Le travail par contre, est devenu un véritable torture. Il faut que je me détends. Dernières semaines. 
A2, réponds moi de temps en temps. Je comprends l'argument mathématique mais tu es un être humain. Ne tombe pas dans l'esprit concurrentiel. Faut œuvrer à faire ce qu'on aime faire dans ce monde. Puis, tu me manques aussi. 
Il ne faut pas que je parle au nom des autres, ça a des effets catastrophiques. Le rougeur de mon visage n'en revient toujours pas. 
Une chambre à soi, c'était une étape nécessaire.

Gravity is working against me.