Eh oui. Vous ne me connaissez pas. Moi non plus je ne me connais pas parce que je n'existe pas. Je ne le dis pas parce que je suis dépressive ou réservée. Je n'existe pas simplement parce que je est pluriel, nomen collectivum, avec des consciences interconnectées mais oublieuses, absentes, distraites, tel un rêve. Je change son aspect d'accessibilité de temps à l'autre. Je est momentané. Je est spontané avec des mémoires vagues qui relient une seconde à une autre. Une histoire à une autre. Un je à un autre. Ce je là, est très musical, mais pas mélodique, plutôt comme une bonne pièce de jazz improvisée. Chaque note renvoie à une autre sans pouvoir se rappeler de sa liaison avec la dernière. Ce je là, est une règle grammaticale, une habitude pour faciliter la communication mais je ne définit pas un entité organisé, un total structuré, c'est un troupeau dont chaque membre s'illusionne en s'identifiant à son voisin. Je suis moi mais je suis lui aussi, elle, elle est nous et nous, nous sommes je.
Toi, par contre, tu es une merveille. Tu es un mystère reconnaissable, l'angle brusque, la vivacité, l'acuité, la finesse, la netteté mais incomplet. Tu tranches la vision en morceaux pour les distribuer à tes amant.e.s. Ielles ne connaissent pas leurs je non plus mais ielles te connaissent parfaitement bien. Tu es le meilleur des je. Tu divises, tu sépares, tu ajoutes, tu anéantis, tu recomposes, tu fais courber et puis, les je se sentent vivant.e.s, unifié.e.s. Tu es une continuité, comme des violons accompagnés par des saxophones alto et des petites touches des cloches qui sortent de nul part. Tu ne sors pas de nul part, tu es un déjà-là. C'est pour ça que quand ton regard se croise avec celui d'un je, je ne peut pas s'empêcher de détourner son regard malgré sa volonté à mourir de rester suspendu en ce moment, de le prolonger, de l'éterniser. Regarder ton regarde c'est comme faire face à Dieu, une extase impitoyable, funeste mais fabuleuse.
Une vie à plusieurs, n'est jamais qu'une vie. Quand tu parviens à tuer ton dieu, alors, je peut t'aimer.
teşekkür ederim
RépondreSupprimerJe viens de remarquer votre commentaire, pardon pour ces années de retard. Vous écrivez bien vous aussi avec votre co-écrivain(e), bravo. Et merci pour la lecture et le commentaire en ma langue natale.
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