samedi 21 octobre 2017

Entre temps, la gêne s'est transformée en glaçons fondantes. 
C'était un beau matin. Deux personnes étaient en train de voyager d'un endroit au milieu de nul part vers un autre au milieu d'un autre nul part. Imaginez donc la distance qui les sépare. Mine de rien iels étaient de bon humeur. Un, marron comme il ne sera jamais, attendait la bonne odeur pour éveiller son esprit. L'autre, bleue comme elle est quand il la regarde, avançait vers un grand bon-jour ensoleillé. (non, c'est pas ça the male gaze)

Pour débuter, il disait : "voyons petite, es-tu une véritable schtroumpfette ? "
Elle répondait : "qu'est-ce que tu veux dire par petite vous les mecs l'utilisez comme si c'était un compliment mais vous ignorez combien c'est infantilisant de toute façon ça vous plait d'être toujours le grand protecteur dont la femme a rêvé comme si elle a besoin d'un protecteur aussi de jouer au prince charmant qui s'est tellement habitué à séduire par ce genre de mots qu'il n'accepterait jamais d'être séduit par une femme comme si c'était une sorte de déshonore c'est à cause de gars comme toi qui ne pèse jamais ses mots quand ils ouvrent la bouche que les femmes deviennent incapables de se représenter le degré de puissance de leurs propres cor... " (non, c'est pas ça le syndrome de  la schtroumpfette)

Ouais, ça vous fait rire, comme tout ce qui est consciencieusement tragi-comique. Derrière l'apparence excessivement guerrière de ce flux de mots, hélas, dort un cerbère qui souffre d'hyperlipidémie, tellement de gens traversent l'entrée des enfers tous les jours. 
Certes, désigner un ennemi absolu, coupable de tous les maux de la planète, et qu'il fallait exterminer une fois pour toute, ne fait pas partie de l'art médical car toutes les bactéries ne sont pas calamiteuses, ni l'est une seule pauvre à qui on n'a probablement pas demandé s'il voudrait venir à l'existence en mode monocellulaire ou sous forme de plante carnivore (tiens, je me demande s'il y en a des "végétariennes" devenues telles par je ne sais quelle mutation somatique). Mais il n'est pas si difficile de prendre soin de ses propres mots et actes, de veiller à ce qu'ils ne s'imposent point. Oui, formuler des énoncés comme ça, c'est ça, ce qui est enfantin. Malheur, il y en a visiblement des grands qui éprouve le besoin d'être parenté. (le verbe materner n'ayant pas son symétrique) 
Et oui, toute être humain se doit et doit à tout autre de se soucier des propos féministes chiants, enfin.

Entre temps, il a regardé son montre et elle a continué sur son chemin un peu moins bleue. 
Entre parenthèses, je me souviens combien j'aimais dessiner. 
Entre nous, une conception de la justice qui se fonde sur la présomption de l'existence omniprésente de compétition entre les concerné-e-s s'appelle la méritocratie, me semble-t-il. C'était un peu décevant de m'en rendre compte si brusquement là où je m'attendais le moins... 

dimanche 8 octobre 2017

existentialist hermeneutics

an interpretation could opt for :
sharing three seconds surrounded by nothing 
but the depth of a mirror which reflects nothing
but an ocean in the profundity of which scintillates nothing
but the light of a stellar gaze which attests nothing
but a dazzling call for the eyes which demand nothing
but to remain under the heavy waters which carry nothing
but a swell of hasty desire to be drawn into us.

a sour one would assert : 
sharing three seconds might evoke nothing
but a silent presence that mean nothing
but a tasty pride that results of nothing 
but a recognition of a stare awed by nothing
but the experience of stupefaction in the sight of nothing
but a distant portrait pretending to be nothing 
but a brief brave brain fart. 

a conjunction of the two would note that : 
sharing three seconds suspended in time is nothing
but the effect of the apprehension of nothing 
but an evident endearing statement of nothing 
but a candid desire which shows nothing 
but a peculiar wish to endure the risk of nothing 
but to seem filmically dreamery on behalf of nothing 
but a pursuit of the call of the moment 

nonetheless, a truth seeking interpretation would submit that : 
sharing three seconds occurs along with nothing 
but a concentrated conjecture of assumptions filled with nothing
but a weighty absence of communication leading to nothing 
but a speculation on motifs of an action which reflects onto nothing
but a misfortunate poetry driven by the very will of doing nothing 
but to fallow the call of the moment which wanders through nothing 
but an incitement to invention of itself.

you could as well chose not to interprete 
but the magnitude of three seconds in a life time scales much more than nothing 
whether or not there is a but and if it deserves an interpretation or not 
lets just create ourselves into the time and be alone together?

dimanche 1 octobre 2017

P.n°17 - qu'est-ce qu'une certaine MB peut faire écrire

Hé Sylvia, c'est quoi ce que tu veux? On dirait une gamine de 7 ans. 
On ne le dirait pas, on le constaterait, et seulement approximativement, et puis c'est tout. Pourquoi dirait-on "c'est une gamine de 7 ans"? Elle est trop précise pour être formulée à haute voix, cette phrase-là. Soit, on serait déjà engagé dans une conversation genre: "Non! C'est ta gamine-là? Elle a vachement grandi dis-donc! Quelle âge a-t-elle maintenant?" à quoi on répondrait : "ma foi, ça fait déjà quelques bonnes années que nous ne nous sommes pas vus! Elle va avoir ses 7 ans en novembre". Ou bien on dirait "pourquoi tu ne l'amènes pas chez le coiffeur, le pauvre, il a l'air d'être une fille. Quelle âge a-t-il d'ailleurs? Tu sais, c'est important de le masculiniser un peu à ces âges-là",  à quoi on répondrait avec un long soupire interne : "Arrête avec tes conneries sexistes, il aime bien ses cheveux long, puis ça lui va bien je trouve. Je vais lui offrir un bonnet pour son septième anniversaire le mois prochain." 
Voyez, on dirait pas une gamine de 7 ans, on dirait "on dirait". Après tout, c'est gratuit de se déresponsabiliser de ses propres pensées. 

Hé Sylvia, qu'est-ce que tu veux, au fond? Tu as l'air agitée.
Ben non, elle n'a pas l'air agitée. Elle ne peut pas avoir l'air, être agitée simultanément et les communiquer. Ou bien, vous la rapprochez de jouer une comédie puisqu'elle paraîtrait agitée alors qu'elle ne l'est pas. Dans ce cas, laissez la pauvre tranquille, visiblement elle en a besoin. Ou bien, elle est véritablement agitée et qu'elle n'est pas en mesure de dissocier quoi que ce soit pour répondre à votre première question. Alors, laissez la pauvre tranquille, votre interpellation ne ferait que s'ajouter dans le mélange. Ou bien, elle est en train de prendre l'air puisqu'elle se sent agitée, dans ce cas, laissez plutôt un message, elle vous rappellera. Manifestement elle est entrain de s'occuper d'elle-même. 

Hé Sylvia, qu'est-ce qui se passe en toi? Je te sens agitée. 
Ouais, enfin, je ne sais pas ce qui se passe, j'ai envie de rigoler un peu, de prendre les choses à la légère, de fréquenter des gens sympas. Si tu savais, après tant du temps passé à brosser les chiottes chez les inconnus, puis les préparer à quoi manger, puis les entendre se plaindre combien les poiles du chat sont toujours partout en même temps qu'ils essayent d'ingurgiter leur bœuf saignant avec des couverts en argent de je ne sais plus quelle date, je n'ai vraiment pas envie de prendre la tête avec les conventions collectives. Puis j'ai rencontré une fille il y a quelques jours lorsque je tractais pour le collectif. Elle m'a plu dès le premier regard. Puis elle n'est pas bête du tout. C'est une cinéaste engagée, une vraie sorcière. On s'est donné rendez-vous pour la soirée même. Elle parle beaucoup mais demande peu. Comme ça m'arrange de parler peu sur moi-même, je l'ai écoutée raconter ses aventures de magicienne dans la forêt-noire où elle a filmé le cercle des femmes-loups et au festival du théâtre de Seferihisar où elle a mis en scène sa Carmela et son Paulino avec un couple d'acteurs renommés; comment elle montait sur le cheval du statut de Jean-d'Arc lorsqu'ils jouaient au cache-cache avec ses copains quand elle était petite et combien ils étaient dupes de ne pas pouvoir la retrouver à chaque fois; puis elle a aussi parlé de ses histoires d'amour qui finissaient mal en générale, de sa mère qui lui a fait cadeau The infinite loop alors même qu'elle ne savait pas lire l'anglais, probablement parce qu'elle est une lesbienne non-avouée, ajouta-t-elle avec un gros sourire. Ça lui va très bien les gros sourires comme ça, constatais-je à chaque fois. Je l'ai invitée rencontrer Bruce le lendemain, qui s'est aussitôt réjouit autant que moi de sa lucidité. Mais je crains qu'elle l'a trouvé un peu trop directe. Il est de genre à dire tout ce qui se passe dans sa tête sans trop réfléchir à la recevabilité de ses paroles. C'est parce qu'il est indifférent à ce que l'on pense de lui, ce qui fait son charme, si j'ose dire, mais il n'est jamais méchant. En plus il parle tellement peu que lorsque le peu qu'il dit va droit au but, ça peut troubler les inconnu-e-s. Mais bon, je pense qu'ils vont bien s'entendre au fur et à mesure qu'ils prennent le temps de se connaitre. 

Eh alors, pourquoi je te sens agitée comme ça? 
Eh bien parce que presque tout ce que je viens de te raconter est de la fiction, ou issu de mon imagination, dirais-je, ça sonne plus littéraire et moins professionnel. Enfin, si, j'ai nettoyé les chiottes, j'avais besoin d'argent et quand on en a besoin, on est prêt à tout pour en trouver, ou presque. Et si, j'aime vraiment the infinite loop, je suis même allée chercher le deuxième tome dans une librairie parisienne dans le quartier latin quand j'y étais montée pour écouter Butler il y a quelques ans. Entre nous mais her french sucks. Ça serait mieux si elle parlait en anglais, je crois. Puis l'histoire du théâtre est vraie aussi (Duuh! le nom du festival est écrit en ta langue natale) mais le cercle des femmes-loups n'existe pas, de ce que je sais, ou de ce que je ne sais pas. C'est quand même un bon nom pour un groupe féministe, je trouve. Mais bon voilà, je me sens agitée, ça s'est vrai. Mais je ne suis pas en mesure de dire ce qui se passe. Je suis en train de subir des sentiments qui ne me plaisent pas du tout. Enfin, en soi, ils sont agréables puisqu'ils font rêver, ce qui n'est pas trop mon genre mais, je découvre. Voyons, même Bruce (il a rasé ses moustaches d'aristo à mon très grand malheur) n'arrive pas m'aider y mettre des mots bien qu'on a picolé je ne sais plus combien de bières l'autre soir et finis par se bidonner sur tout et n'importe quoi, y compris sur cette histoire. C'est probablement pour ça d'ailleurs qu'on a échoué à trouver une explication rationnelle sur ce qui me traverse en ce moment. En fin de compte, ce n'est pas encore insupportable, mais j'avoue que parfois, ça me donne envie de faire des bizarreries. Chose que je me retiens de faire puisqu'il me faut, me dit-on. Tu vois pourquoi j'ai besoin de la légèreté, de m'extraire des conventions collectives, de ce discours qui se déresponsabilise trop facilement en mettant tout sur ce ON? Je préfère quand même la franchise de Bruce à l’ambiguïté des mots qui prétendent se faire entendre entre les lignes en italique

Tu es amoureuse ou quoi? Tu châties bien. 
BAH NON! C'est quoi ce gros mot, au milieu de nul part, descendu du ciel comme un ballon à gaz en pénurie de gaz au milieu des gazez atmosphériques? Tu m'écoutes là, où tu interprètes met mots à ta guise? ça t'amuserait bien de me voir écouter des chansons d'amour à la française avec des mouchoirs pleurés et des paquets vides de chocolat sur mon lit. Tu sais bien que ça ne se passe pas comme ça chez moi ma chère. Je vis mes chagrins en plein dignité. Puis il n'y a même pas de raison pour que je sois en chagrin d'amour parce qu'il n'y a rien de vécu. Après, c'est vrai que je déplore un peu mes conduites parfois maladroites. Ça m'est arrivé par exemple de perdre le contrôle de ma raison suite à une rencontre silencieuse qui n'a duré que quelques secondes et de dire des bêtises et comme si ça ne suffisait pas déjà, de me sentir tellement gênée de ce que je venais de faire que j'eus trouvé le refuge dans la fuite. On dirait pas une gamine de 7 ans là? Mais, Punaise! C'est moi la victime ici! De toute façon, je n'ai pas trop de temps pour réfléchir sur tout ça. Passons, je vais me plonger dans mon bouquin, il paraît que c'est une histoire d'amour, ça aussi, entre une philosophe et sa philosophie.