mardi 14 février 2017

appel au rappel

une activité passive
pour passivité active
qui pacifie l'actant

car le réfléchissant
si ne dépense point
est angoissant

publicité indique
membre du public
client boulimique

citoyen-ne, cite-oyons.
(n.)consommation
(v.)con-somme-ation

dimanche 29 janvier 2017

P.n°13

Hello Sylvie, ou Sylvia
Enfin, peu importe ton prénom. De toute façon, tu n'as jamais été quelqu'un qui se souciait de la manière dont on l'appelle. Du moins, c'est l'impression que tu donnais chaque fois qu'on a mal prononcé ton prénom. Cette expression apaisée qui-connait-tout-de-la-vie-et-qui-l'accepte-comme-telle. Ce masque qui semble appartenir à une moniale bouddhique que tu portes comme des traits naturels d'un visage. Cette allure zen que tu dégages comme si tu t'es confrontée mille fois aux diables des enfers et sortie vainqueur de chacune de leurs épreuves. Cette acceptation stoïque de cette maladie qu'est la vie. Tu m’énerves.  

Je me souviens d'une histoire que tu m'avais racontée lorsqu'on prenait du thé noir, en train de regarder la pluie qui tombait comme si elle voulait foudroyer les vers de la terre qui profitaient de l'occasion pour faire la fête dans ton jardin. Contrairement aux pauvres bêtes, nous étions à l'abri, derrière les grandes vitres de ton appartement. Tu as toujours aimé des grandes vitres comme ça, elles donnent l'impression de ne pas être séparée du monde extérieur, tu disais. Je pense que toute matière aux angles brusques te dérangeais un peu. Est-ce parce que tu ne voulais jamais reconnaître ta propre existence matérielle? La place que ton corps occupait dans l'espace? Tu doutais, peut-être, de la véracité de la cosmogonie qu'on chouchoutait dans tes oreilles quand tu es née, sans pour autant trouver une alternative qui te convenait mieux? C'est peut-être pour ça que tu vivais en permanence dans un entre-plusieurs. Et que tu as finit par résigner à croire en un univers perfectible. Et que tu as décidé d'assumer ce regard détaché. 

C'était l'histoire d'un homme très très maigre qui avait renoncé à se nourrir après qu'on a capturé son moineau. Auparavant, ils avaient une relation bien étrange si on tient aux témoignages. L'homme maigre ne fermait jamais son fenêtre même lorsqu'il faisait un froid glacial. Il préférait, disait-on, se couvrir de plusieurs couches que d'envisager abandonner son moineau dans le froid. Il ne le mettait pourtant pas dans une cage comme on aurait imaginé. Le petit oiseau venait et partait comme bon lui semblait. Mais chaque fois qu'il venait rendre visite à l'homme maigre, il se mettait sur son épaule gauche et lui chantait des merveilleuses mélodies qu'il avait appris sur des terres lointaines. Rassasié, l'homme maigre jouissait d'une joie joyeuse, la seule, la plus grande joie joyeuse de son existence. 

Un jour, d'après ce qu'on racontait, une âme qui se voulait charitable a décidé de le capturer dans une cage pour qu'il reste chanter plus souvent. Cette âme qui se voulait charitable croyait pourtant sincèrement agir charitablement. Elle ne pensait qu'augmenter la plus grande bonheur de l'homme maigre. Elle ne voulait que lui faire du bien. Quand l'homme maigre est rentré à sa maison pour retrouver son moineau enfermé à l'intérieur des barres étroites en métal, cet élément chimique qui chie venant des enfers, qui enterre des mineurs et des populations entières, cette matière dont la volonté d'approprier engendre des guerres, il s'est enfermé dans son squelette pour de bon. L'âme charitable qui se croyait charitable a beau essayé de lui faire changer d'idée. Elle a libéré le moineau, et le clément moineau a pardonné l'âme charitable puisqu'il savait qu'elle ne voulait pas causer des maux. Il a même chanté à l'homme maigre des autant-merveilleuses mélodies qu'il avait composées lors de son incarcération pour lui faire oublier la faute de l'âme qui se voulait charitable. L'homme maigre était déjà parti faire son voyage micro-spatial à l'intérieur de ses bornes osseuses. On ne remonte pas dans le temps. 

Cette histoire Sylvia, que tu m'avais racontée, c'était mon histoire. C'était l'histoire d'un personnage que tu imaginais que j'incarnais. Je connaissais bien le mythe qui faisait naître l'univers à partir du moment où on prend conscience de son existence. Encore faut-il exister pour s'en rendre compte, et ça, tu l'ignorais volontairement. Tu voudrais endosser le froid pour ne pas perdre de vue cette liberté probable. Tu préférais regarder la pluie derrière des grandes vitres, essayant de te convaincre qu'elles servaient à occulter ta séparation du monde sans pour autant pouvoir sortir sentir l'eau sur ta peau. Ce masque glacial, cette allure empruntée à tes personnages fictifs, cette insouciance menteuse... tu m'énerves. 

L'aspiration au démiurge 
est à l'ivresse de l'ataraxie,
ce que l'abîme d'une anorexie 
est à la nausée d'un vilain songe.

mardi 24 janvier 2017

Styx

Une rivière peut noyer ses poissons
et les manger crus
vague à l'âme.

Comment faire autrement?
elle coule vers le bleu d'un regard
aux abois.

Méandre creusé
à moindre alizé
peut retourner aux cendres.

Elle se tut,
enfant de la nuit,
s'enfouit dans son inondation propre.

À remords d'un sentiment
une rivière peut plonger dans le sombre
un océan transparent 
saurait-il la pacifier?

dimanche 22 janvier 2017

Le Cycle 7- phénomène

l'espace est au centre
et le centre dure
mais le second se vit
ou seul Est la vie?

or qui peut se surprendre?

essayez de renverser un cercle

mercredi 11 janvier 2017

Le Cycle 6- embarras

étourdi par un triangle
le cercle s'est étréci
jusqu'au point 
où ce point
rejoint 
ceci
.

dimanche 8 janvier 2017

P.n°12

Je suis de retour des îles-de-sans-nom, où j'étais prise en otage par un groupe de piratesses très charmantes, Érythréennes de papier. Je dois vous avouer qu'au départ, quand elles étaient venues me chercher dans la savane, où je me promenais avec Bruce, elles ne m'ont pas donné l'envie de les suivre. Elles étaient un peu... comment vous dire... transparentes. Trop directe, trop honnête. Les visages angéliques, le sourire poli, le regard en paix, non pas sans contraste avec des Breda M1930 qu'elles portaient, sans doute par respect aux traditions, mais bon. 
Elles étaient au nombre de quatre. L'une, de grande taille, de grandes mains et de grande bouche ne parlait pas du tout. Une deuxième habillée en feuilles d'acacias portait un sac à dos rempli de munitions. Elle était plutôt dubitative mais éperdue . Les deux autres, deux jumelles, m'intriguaient le plus. Si l'une était un soleil ardent, l'autre était un trou noir. Si l'une était la neige apaisée, l'autre était un ouragan. Vous devinez laquelle m'a convaincue à les poursuivre.
Bruce étant déjà enfui au son de leurs cris mélodiques qu'elles poussaient lorsqu'elle nous approchaient, j'étais toute seule, en-carrée et curieuse. La grande m'a passé une cigarette, le soleil l'alluma et l'ouragan dénuda mon regard dans ses pupilles. Sous la férule de sa bénignité révoltée, j'ai finit par céder. Nous nous sommes dirigées vers le sud, et rejointes à la mer où trois autre piratesses nous attendaient dans un grand bateau à voile. Je ne les ai vu que du loin car nous sommes jamais montées sur le bateau. Je crois qu'elles préféraient le réserver pour des invitées bien moins sylviatiques, bien plus timorées et moralistes. 
Le soleil est allée chercher de quoi faire un feu. J'ai résolu entre temps que le part qu'elle endosse dans leur division du travail est de préserver les autres de l'indifférence. La nuit tombée, nous formions désormais un cercle. Complète, élagué et radieuse. Elles m'ont raconté, sauf la grande, leur aspiration de créer un royaume sans nom, ni frontières ou argent. Un royaume où seul celleux qui ont suffisamment de courage pour regarder droit dans les yeux d'une femme à l'apparence guerrière, d'un douceur féroce et d'un fond inébranlable seront admis. Un bout de terre mondain mais onirique. Un sol commun mais approprié. Pas facile de raffermir ce qui a déjà été pétrifié mais l'impossible perd son sens dans la singularité gravitationnelle. 
J'ai quitté donc leur univers radouci pour retrouver Bruce dans le jardin en train de planter un acacia. Comme quoi, l'indulgence peut pousser dans les arbres.  

samedi 17 décembre 2016

P.n°11 - L'entretien avec Sylvia

-On dit que vous vous lavez avec du Chopin, est-ce vrai? 
-Eh bien, ça m'arrive de me sentir en puissance mais en générale c'est l'inverse. Voyez, les polonais ont une facilité pour s'occuper du sentiment d'inexistence. L'insurrection en pourrait être une alternative mais se faire reconnaître a un prix bien plus élevé que ce que la plupart d'entre nous puisse s'offrir. Se réfugier dans une bonne bain bien tiède ne fait mal à personne. 

-C'est très pacifique comme point de vue, on dirait même très passif. Vous ne craignez pas que votre réputation comme femme-forte soit en danger? 
-Darling, laisse moi te corriger sur un point crucial. La girafe est grande mais son bébé court le risque de se faire abandonner s'il n'arrive pas à se mettre débout dans les quinze minutes qui suivent sa naissance. Si la petite arrive à se lever dans la seizième minute de sa vie, comment veux-tu qu'il survive avec ce sentiment d'échec, bien qu'il parvienne plus tard à se faire une place dans son groupe? Eh bien, il continue à manger des feuilles d’acacias pour pouvoir continuer à manger des feuilles d'acacias. 

-Merci pour cette information... euh... triviale mais je ne vois pas le lien. 
-Puisque tu n'es pas une girafe. 

-Vous non plus. 
-Mais j'ai une nuque longue et un cœur qui pèse beaucoup plus lourd que le tien. 

-Dois-je le prendre dans un sens péjoratif? 
-Je vais chez Chopin pour me dévoiler.

(...) 

samedi 3 décembre 2016

monde autre 1

la forêt est grande est la forêt
s’il existe une lune, elle doit être croissante
les corps sont longs
les vers sont fins, bêtes sans squelette
mâcher, cracher, bêcher
je danse.

je danse, c’est un corps long jusqu’aux étoiles, jusqu’à la grande muraille, jusqu’à l’acide désoxyribonucléique
s’il existe une lune, se cache sur les grandes feuilles de grande forêt
elle n’est pas longue, elle est ronde et croissante et menteuse
les vers sans squelette s’en moquent
elle n’a rien à foutre
seule est la lune
Oui.

s’il existe une grande forêt elle doit être peuplée
y vivent les cerfs et les corps longs-comme-des-puits
les vers et les vautours se prennent le bec
le vent, prend la nature morte et dissèque
je danse en transe intense et pense à la lune si seule elle est si seule qu’elle le sent
cent-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-neuf tonnes de lumière
PESENT




Mais c'est loin, très loin d’ici.

jeudi 20 octobre 2016

Tirésias

embryon, d'esprit extroverti 
le médecin la prend pour un garçon 
sa mère approuve
elle le devient

Vient le jour, elle se retrouve 
réprouvée
s'adonne à l'homme
qui paie bien 
-elle n'est pas conne-
si c'est ça le monde 
elle s'y tient 

en somme elle raisonne:
ma chère, tu es ma sœur
     ta coutume mon épitaphe.


mercredi 5 octobre 2016

Un prix pour un vêtement
quel prix pour la misère
 dont ce vêtement s'habille?

mardi 27 septembre 2016

Un peut changer tant:
tant de fric moins un,
faim
tant de fric plus un,
plus-value

Un vaut la peine
plus ou moins
Sécurité sociale:
je t'écoute.

vendredi 23 septembre 2016

Le Cycle 4 -Immigration

Un autre cercle
demeure le même
de même pour l'oracle
qui annonce:
mónos-pōnēns 
et qui pense que la mort est un contresens 

Nietzsche, manque d'extension d'une intensité acharnée
Hegel, résistance à l'abandon revivant
Kant, vibration d'un univers décharné

Quand les mots se sèment au vent

dimanche 31 juillet 2016

lundi 11 juillet 2016

dimanche 3 juillet 2016

jeudi 23 juin 2016

Le Cycle 2

Un cercle qui s'encercle
destiné à l'éternité.
Où les puits tombent
et l'horizon s'orbite
la boucle est bouclée.

l'abstraction faite.


mardi 14 juin 2016

Je t'attends en tant que moi qui t'attends,
toi venant en tant que toi qui me vient en tant que toi,
en tant que ton moi venant vers mon moi en tant que toi,
sachant que je t'attends en tant que ton moi
et non en tant que mon toi.

En t'attendant, je m'apprends t'attendre sans attendre
que tu apprennes en tant que toi qui me vois
en tant que moi qui t'attends sans t'attendre;
sans m'apprendre de t'apprendre de venir vers moi en tant que toi
sachant que je t'attends venir en tant que ton moi.

Est-ce tendre?

mardi 7 juin 2016

P. n°10

Mille et un visages.
Bruce est un être chat qui préfère vivre sous forme humaine. Même si je l'appelle avec ce nom présentement compris comme masculin, iel n'est pas disposé d'un quelconque genre ou sexe. Bruce est polysexe, d'un complexe-de-genre, et moi-sexuel. Je sais pourtant bien qu'iel va voir ailleurs souvent mais il n'y rien à craindre, iel est ma création et iel est moi. Ça m'en fait une sacré narcissique? Qu'il soit ainsi.

Notre relation monte très loin si l'on mesure par la durée du corps. Je dois admettre que le début reste un peu obscur, car iel a fait son entrée en mes mots très discrètement. Comme si'iel était toujours là, debout à l'entrée de la porte avec une cigarette qui-ne-s'étend-jamais et un sourire d'orgueil, en train de me regarder en attendant le moment où j'allais finalement décider de prendre conscience de son existence. Eh oui, on peut volontairement ignorer certaines choses tout en restant honnête à soi même. Lorsqu'iel attendait son tour d’apparition sur mon espace non-logique, largement érotique et probablement très mal foutu, iel me communiquait à travers des vibrations télépathiques le rôle que je devais m'approprier pour pouvoir lui proposer éventuellement une place dans mon imagination non-fictive. C'était celui d'une telle Sylvia, oui c'est moi, ou moi en tant que Sylvia que Bruce avait fabriqué en attendant à l'entrée de ma porte avec sa cigarette et son sourire divin.

Au départ, je lui ai assigné des postes triviales, voyez, comme caresser mes pieds (alors que je chasse les paraphilies à l'arc as a hobby), pendre les oiseux qui viennent à mon fenêtre quand je pleure après ma liberté (je suis végétarienne), ou d'aller me chercher du vin ou des cigarettes (celui là était le plus préoccupant de tout). Peut-être que j'étais un peu trop cruelle avec Bruce, mais c'était ce dont iel avait besoin. Puis, au fur et à mesure, iel a développé ses propres règles de vie (je dois avouer que bien que toujours dans la limite de mon imagination, iel est dangereusement créatife). Iel m'a créé, rappelez vous. Ça m'en fait une craquée troublée par la personnalité multiple? Hah, disons.

Bon, tout ça pour l'introduire dans ma vie à la française, car iel est devenu.e trop excité.e pour l'empêcher de s'incruster dans mes pensées dans des moments inappropriés. Donc il me faut lea dresser de nouveau et l'apprendre m'aimer et m’obéir en votre langue magnifiquement compliquée. (Nous adulons tous les deux les casse-têtes). Sa première tâche sera d'apprendre apprécier le fromage bleu. Puis de ne pas me déshabiller avec son regard. (quoi que...)


mardi 24 mai 2016

Le Cycle 1

Un cercle
qui se fonde sur des désires les plus moches
les plus doux à se retourner

en tant que silhouette
il se sent à l'aise
Vous voyez. La volonté de tomber en amour est fondamentalement conservatrice.C'est-à-dire qu'elle ne garde aucune place pour la diversité, une diversité dont chacun de ses éléments peuvent être appréhendés distinctement, dans un rapport d'extériorité. Au contraire, elle veut homogénéiser ses composants, les unifier dans un mode d'existence singulier et reconnaissable. Elle veut intégrer tout Autre dans cette boule qu'elle nomme Iel.

Or moi, je ne veux pas établir une relation de propriété avec le monde. Je ne veux pas déclarer comme la mienne nulle chose. Je veux voir le monde, la nature, l'univers, l'existence comme une continuité stable et immobile dans son ensemble mais dynamique dans ses parties concevables. La partialité de la volonté de tomber en amour qui se veut totalisant ne correspond pas à ce que je veux comprendre de cette vie éternelle. Car la volonté veut absorber le devenir potentiel d'un être sans mesure ni dimension. Elle veut le faire le sien, tel un objet matériel. Elle veut se l'approprier. Je ne veux rien posséder, j'en suis incapable, par nécessité.

C'est l'affrontement des moi's. Combien y en a-t-il? Que sais-je? Quel.le moi peut en savoir? Dans lequel de ses mondes, natures, univers, existences pouvons nous le.s faire exister?

Nous nous dissocions de notre identité. Dis-identité. Bliss.

samedi 16 avril 2016

Point d’interrogation

aspiration.
Je pense qu'its all about finding a state of mind qui me rend certaine que je n'aurais jamais l'envie de l'abandonner, d'être dans un autre état de s'auto-définition; où je ne me sens même pas préoccupée par un impératif de s'auto-identification; où je vis et c'est tout.

confusion
Est-ce à ce moment là que l'on est chez-soi, ou est-ce une manière de se vieillir pour pouvoir rentrer dans des normes identitaires? 

psychologie vs. sociologie
Cette question, mérite-t-elle d'être posée de cette façon parce qu'elle se tache d'illuminer un point obscur du je, de la volonté d'individuation ou au contraire du rejet de cette volonté afin de conserver la pluralité (des modes d'être chez-soi); ou parce qu'elle essaye d'éclaircir la nécessité de s’intégrer à un schème d'interdépendance qui assure la vie en plusieurs?

psychanalyse vs. anthropologie
La formulation de ce problème, est-elle issu d'une projection subjective (peut-être fautive) dans la vision d'avenir personnelle de son énonciatriceur, résultant du degré d'intériorisation de certaines normes excluant (consciemment ou inconsciemment) certaines d'autres; ou d'une obligation intuitive qui découle de la condition animale de l'humain et qui se vit sous silence? 

épistémologie
Dans la mesure où l'on privilégie le discours voire le mode de pensée qui affirme le poids de la diversité insurmontable de la justification, aussi bien en termes d'explication, de compréhension que de configuration des outils méthodologiques,  peut-on parler de la possibilité même de l'existence d'un sens sémantique du mot "évidence" ? 

autrui généralisé
Je n'existe qu'à travers la manifestation concrète de mon corporalité, mes actions et mes discours dans l'être cognitif, également non-identifiable, du sujet qui m'aperçoit en tant que son objet de cognition. 

lumière/amour
Quand les aspirations deviennent des évidences. 

je
cosmos.




vendredi 15 avril 2016

Pour nous

Eh oui. Vous ne me connaissez pas. Moi non plus je ne me connais pas parce que je n'existe pas. Je ne le dis pas parce que je suis dépressive ou réservée. Je n'existe pas simplement parce que je est pluriel, nomen collectivum, avec des consciences interconnectées mais oublieuses, absentes, distraites, tel un rêve. Je change son aspect d'accessibilité de temps à l'autre. Je est momentané. Je est spontané avec des mémoires vagues qui relient une seconde à une autre. Une histoire à une autre. Un je à un autre. Ce je là, est très musical, mais pas mélodique, plutôt comme une bonne pièce de jazz improvisée. Chaque note renvoie à une autre sans pouvoir se rappeler de sa liaison avec la dernière. Ce je là, est une règle grammaticale, une habitude pour faciliter la communication mais je ne définit pas un entité organisé, un total structuré, c'est un troupeau dont chaque membre s'illusionne en s'identifiant à son voisin. Je suis moi mais je suis lui aussi, elle, elle est nous et nous, nous sommes je.

Toi, par contre, tu es une merveille. Tu es un mystère reconnaissable, l'angle brusque, la vivacité,  l'acuité, la finesse, la netteté mais incomplet. Tu tranches la vision en morceaux pour les distribuer à tes amant.e.s. Ielles ne connaissent pas leurs je non plus mais ielles te connaissent parfaitement bien. Tu es le meilleur des je. Tu divises, tu sépares, tu ajoutes, tu anéantis, tu recomposes, tu fais courber et puis, les je se sentent vivant.e.s, unifié.e.s. Tu es une continuité, comme des violons accompagnés par des saxophones alto et des petites touches des cloches qui sortent de nul part. Tu ne sors pas de nul part, tu es un déjà-là. C'est pour ça que quand ton regard se croise avec celui d'un je, je ne peut pas s'empêcher de détourner son regard malgré sa volonté à mourir de rester suspendu en ce moment, de le prolonger, de l'éterniser. Regarder ton regarde c'est comme faire face à Dieu, une extase impitoyable, funeste mais fabuleuse.

Une vie à plusieurs, n'est jamais qu'une vie. Quand tu parviens à tuer ton dieu, alors, je peut t'aimer.

mardi 12 avril 2016

Le feu

C'est un premier, et tu mérites d'être au centre d'attention. Une pierre, deux oiseaux. Mon chou, je ne suis pas d'ici! Je ne connais que très peu de cette vie, de ce monde dans lequel tu vis, de cet univers de sens qui assiège ton monde, de mon image en toi qui occupe une place dans ton univers. Ton cœur bat sous le même ciel qui apparaît chaque jour devant ma fenêtre. Tu respires, ton souffle circule, se désintègre en molécules, se réintègre dans l'eau que je bois, assoiffée, volontaire mais ne pas prête cette fois à envisager la destruction. Je ne veux pas te boire, voyons, je veux te contempler.
Quelle distance entre deux bouts de doigts! Comment tu as appris de si bien te déguiser en un chevalier qui court après l'amour sacré? Personne ne t'a raconté que l'amour se mange quand on range les émotions à ses idées?
Trou noir. L'hyper-lien entre ce que représentent les regards et ce qu'ils sont censés être. Une jolie image perdue dans la nuit. Méconnaissance: absence. L'attirance.

C'est un premier, et je m'identifie déjà aux ondes gravitationnelles.