mardi 8 mai 2018

Have a Cigar

Je viens de rencontrer Alvaro de Campos
dès que je me débarrasse de l'actuel 
je vais tomber amoureuse, surement, du patron de son Tabac.

Dans ce vide rempli des étoiles mourantes chaque seconde un peu plus
existe une ville dont les rues en béton brûlent mes pieds avant l'heure
ils ne sont pas nus, je marche en talon aguille
-la parodie mesquine de ma petite vie-
on ne me demande même pas qui je suis
cracheuse de feu à la figure d'une étoile mourante

(je suis venue en mauvais pas ici
j'aurais dû venir en dansant, fleurs dans mes cheveux
au lieu, je les ai coupé très courts
je les ai coupé en garçon gâchis
en fillette qui a peur de ses propres cheveux
la flotte des cheveux fut défaite
depuis, je les ai dans ma peau)

la fenêtre de mon appartement ne s'ouvre pas au Tabac
et les chiens n'existent pas, eux non plus
(si, mais ils ne viennent à l'existence que pour chier en laisse
puis, ils redisparaissent)

depuis ma fenêtre
je vois une femme qui a monté un dragon pour arriver jusqu'ici
une autre à qui le même dragon a fait l'amour pour lui faire payer le voyage
une autre qui dort dans l'oreille gauche du dragon pour ne pas s'entendre
une autre qui fut nourrice de toute la famille dragon, petit-fils y compris
ce sont des folles d'un autre monde qui ne connaît pas d'étoile mourante
elles portent des pommes de pin dans leurs cheveux
elles ne l'ont pas dans leurs peaux
nous voulons toutes tuer le dragon
cracheuses de feu à la figure du dragon millénaire

le dragon a pour voisine Bébé, tous les deux sdf
ils sillonnent les airs sublunaire en système mafieux
-les rues en béton de cette ville ne brûlent pas leurs pieds-
pour protester contre leur extorsion affective itinérante
certaines compagnies aériennes se mettent en grève
d'autres proposent des avions-taxis sans pilote
d'autres, désespérées, ne voyant pas d'issue
préparent un program spatial pour coloniser Mars
la concurrence ne fait pas flipper le dragon
Bébé fait fi et de la concurrence et du dragon
elle chante avec les futuristes: siempre me quedera 
écoutons.

elle décrivait un comportement étrangement familier
mais ne se souciait pas du rassemblement
-pas facile de trouver l'équilibre en talon aguille-
l'inclination vers un consumérisme affectif
a été prise en charge par les confitures bonne maman
père noël ayant pris sa retraite dans la Geyikli Gece
il avait vendu tous ses cadeaux au bon marché
l'économie n'a pas supporté tant de charge privée
elle fabrique désormais des dragons nucléaires
affrontons.

depuis, le père noel fait le foin et le compost
et s'en fiche de la sort de ses anciens compagnons rennes
chassés par le dragon, certains participent à la circulation industrielle de leur propre chair
certains d'autres, âmes artistes, s'exposent au dessus des cheminées, nus.
d'autres encore ont retrouvé le chemin vers les rêves des enfants
celleux qui se souviennent encore de ses voyages oniriques, bien sûr
celleux qui adulent les étoiles mourantes, éternellement lumineuses
celleux qui savent s'orienter dans les brumes, sans compas
comme celleux qui invoquent les esprits invoquent les esprits
celleux-là m'invoquent et trouvent des épluchures d'agrumes
-fantasmes puérils-

la vie organique persévère dans son être, en général
il existe par exemple tat de bactéries qui mutualisent la peau du dragon
certaines puces profitent de l'été pour venir faire du camping
certaines chantent des chansons mélancoliques en cercle
-Cristina Branco accompagne, se nao chovesse tanto, meu amor-
d'autres les insultent parce qu'elles chantent mal
le regard des autres ment, faisant semblant d'affectionner la mélodie
toutes mènent leur vie, n'ayant pas connu un autre que ce dragon-là
elles restent et mettent de la crème de beauté sur son dos
créent des beaux jardins aux poils frais
le dragon aime se faire gratouiller par le râteau
ça le rend plus violent encore
et la bombe tombe dans ce vide rempli des étoiles mourantes.

ainsi, parfois la vie organique ne persévère pas dans son être en particulier
cent dix huit narines saignent en concertation
cinq fois plus d'orteil s'offrent à la recyclage somatique
car la vie organique en général apprécie la phalange pelée
les créanciers-unis en profitent pour vendre plus d'armes
d'autres bénéficient de la réduction de la fin de saison
d'autres encore protestent la rançon et libèrent la meute
on court, on court sans orteil, sans narine, sans poil
-sans avoir eu une seule séance de bronzage-
un morceau du corps à l'ouest
l'autre à la ramasse
ici hors sujet
là bas hors-jeu
jamais l'enjeu, la vie organique en particulier consent à mourir.

laissez le sang couler! voyez,
c'est un espoir perdu, personne à sa recherche
cette chose qui s'est brisée demande du temps pour se soigner
tôt ou tard, cette absence d'air qui suffoque va guérir les plaies
comme une esclave sexuelle d'un sauveur imaginaire qui dit :
ce n'est pas mon monde 
et qui prie, cinq fois par jour pour nettoyer son âme de ce corps sali
le même qu'elle porte tous les jours, embelli par des vêtements de mode
achetés à trois sous qu'elle n'a pas, puisqu'elle ne travaille pas,
ne la confondez pas, c'est une banquière anarchiste à tendance noble
qui se moque de l'Etat qui se moque d'elle depuis cette terre
qui tourne autour d'une étoile mourante.

Moi, je pleure
comme un père défoncé qui appelle sa fille à minuit
pour qu'elle vient le récupérer du trottoir sur lequel il reste couché
pour qu'elle l'achète un sandwich au fromage parce qu'il a des poches vides
pour qu'elle lui trouve un coin pour dormir, n'ayant plus de demeure
cette fois, au moins, il ne tremble pas par terre
mousse blanche dans la bouche, muscles au bendir 9/8
cette fois, au moins, elle n'est pas devant les urgences
seule, sans savoir ce qu'il lui arrive, chapeau rouge de santa à la main
cette fois, au moins, elle n'est pas dans ce bus leeennnnt comme escargot
qui la conduit à l'hôpital où il fait son spectacle déguisé en transhumain
cette fois, elle écrit, pour se débarrasser du malheur du monde
du malheur de la banquière anarchiste
du malheur des enfants palestiniens qui ne connaitront jamais leur père
puisque les morts n'ont pas de raison, ni mémoire, ni même un espoir à perdre
moi, je pleure des larmes légitimes
-dites moi qu'elles sont légitimes-
moi, cracheuse de feu à la figure d'une étoile mourante

(...)
si la deception envahisse et la peine embrasse
l'horloge de clocher indiquerait le moment de mettre fin à cette poésie
mais avant de me tirer de ce mauvais pas,
je vais fumer un cigare.