dimanche 4 juin 2017

pourquoi nomencollectivum?

Je voudrais vous raconter un peu ma vie ici, en France. J’ai toujours considéré l’écriture comme une activité intime, qui fait descendre dans ses puits, alimenter son magma, nourrir sa terre… Or mon évolution m’a fait entendre sa volonté de dévier de son chemin. Non pas parce que le changement laisse ses décombres derrière, mais parce qu’il s’élève sur eux. Grâce à cet espace de vie virtuel, j’expérimente comment la langue m’écrit tout en me servant de moyen pour m’exprimer. Ici, vit quelqu’un qui semble être une autre Ayça et que celleux, qui ne l’avaient pas accompagnée dans sa biographie, désignent comme étant Ayça. Or je n’ai pas témoigné de ma résurrection.

 Avant, je pensais que lorsque les mots coulaient de mon for intérieur vers l’extérieur, ils emportaient ma raison et mon cœur dans leur lit. Comme s’il s’agissait de quelque chose qui émigrait. Un mouvement qui se projetait hors de moi, qui s’apprêtait à arriver, à accéder. Des mots qui prenaient leur sens en moi et regorgent. Des mots qui me laissaient impuissante face à l’accession à leur propre réalisation. Des mots qui, moi écartée, donnent l’illusion d’être nés de moi-qui-est-ce-qu’elle-est-puisqu’elle-ne-peut-pas-être-autrement. Des mots, qui puisent leur ressource en Ayça et qui font  écrire Ayça. Vous me percevez ainsi ? Or moi, je mutualise une vie symbiotique avec elle. Et tout comme les autres, ce je-là cherche à comprendre son existence, à la transmettre et simultanément, à exister. Des personæ dépourvues du besoin de maîtriser ou de quadrillage, attribué-e-s à Ayça... Ne vous en faites pas, je suis attachée d’amour à ce prénom que je porte depuis des années, ainsi soit-il.

Si les mots ne viennent pas d’en moi, ni ne sont transmis par moi, si la source et l’exécutrice sont des entités d’existence dé-fusionnées mais que malgré cela, vous, les lisant-e-s, concevez l’écrivant comme l’écrivaine, je peux (désormais, tout pronom personnel « je », ses toniques et ses possessions pointeront un ensemble d’entités existantes concentrées sur « je », « moi », « ma » et « mon » etc.) orienter les effets que mes mots ont sur les lisant-e-s à travers des provocations réactivantes. Autrement dit, je peux modeler, dé-modeler et remodeler consciemment mes schèmes d’action littéraires qui précèdent le moment de ma prise de conscience mais qui perdent l’autonomie grâce à ce resurgissement lumineux. Ce qui veut également dire que je peux, à mon gout, composer l’allure que Ayça prend dans vos champs imagino-perceptifs en me servant de ces mots-là qui sont censés m’exprimer. Aux lisant-e-s qui intègrent ce qu’iels lisent à leurs critères d’aperception qui se rapportent à Ayça, je peux en présenter une qui soit conforme à ce que je voudrais qu’elle soit. Si vous me joignez dans la considération qui fait exister l’existant dans la perception d’autrui, je peux créer Ayça. Je ne sais point si l’humain puisse être a propre divinité, cela dépendrait de la divinité que vous cherchiez à définir, mais l’écrivant est capable d’être sa propre déesse. (Je ne parle toutefois pas des conséquences que ces actes puissent avoir en vous)

Jusqu’ici, en théorie, ces mots peuvent s’endosser les uns les autres. En pratique, avec quels (genres de) contenus puis-je composer Ayça ? Lorsqu’iel conçoit ses personnages, l’écrivain-e les emplit de modes d’affectionnement, de modalités réflexives, de schèmes de pensée. Ceci est nécessaire pour qu’ils ressemblent à l’être humain et pour que les lectrices et les lecteurs puissent sympathiser avec les personnages. Ainsi, l’écrivain-e se confronte à l’obligation de déterminer la composition identitaire vers laquelle iel veut qu’ils se rapprochent ainsi que d’anticiper lesquels parmi les éléments accessibles peuvent parvenir à réaliser la composition ciblée. Toutefois, le résultat n’est pas toujours prévisible. Dans la plupart du temps, le cours narratif des évènements fait surgir le processus d’autoréalisation du personnage. Cependant, le cadre de cette autoréalisation reste limité par les bornes de la mémoire d’expérience et des habitudes réflexives de l’écrivain-e. Une liberté sans mesure est un leurre, même pour les personnages imaginés mais elle n’est pas inapprochable, parce qu’il existe un heureux cadeau que l’écrivain-e peut offrir à ses personnages : se débarrasser de son être unitaire et de ses principes supposés intouchables et faire advenir à sa place un-e aventurier-e d’expériences.

Quand je me suis rendue compte de l’état d’intériorisation de l’idée selon laquelle Ayça se verrait comme un personnage du monde en train de se réaliser (le moment de son ressort à la conscience peut être daté de mes années de lycée mais son enracinement se situe dans mon journal intime à la française. Ça couvre donc plusieurs années qui me semble être relativement long) j’ai décidé d’essayer de me lier d’amitié à toutes mes personæ qui ont emprunté leurs chemins respectifs au cours de notre biographie commune et qui, pour ne pas être dépendant-e-s, se tâchaient d’entreprendre seul-e-s la résolution de leurs conflits internes. Grâce aux techniques d’autogestion qui m’échappaient sur ma terre natale, mais qui se sont révélées sur la terre où je poursuis ma maturation, désormais, nous nous écoutons. Nous décidons ensemble, quand le besoin se produit, sur la manière dont notre présence spatio-temporelle va se mouvoir. Nous avons mis en commun nos mémoires d’expérience et nos schèmes de pensées respectives. Nous organisons des ateliers où nous discutons sur la manière dont nous voudrions apparaître dans les organes sensoriels des autres « je » qui partagent le présent avec nous ; sur notre responsabilité envers celleux avec qui nous retrouvons la coexistence dans cette cavité terrienne où nous remplissons une persistance de la naissance à la mort ; et sur la sorte d’héritage matérielle que nous désirons laisser à celleux à qui nous préexistons.

Je voudrais dire par là, qu’il ne s’agit pas d’adhésions identitaires que posséderait Ayça, ni des adhérant-e-s qui existeraient dans « mon je » puisqu’il n’y a pas de « je » comme une entité ontologique unitaire. Ces deux options aboutissent à une seule et même conclusion qui s’explicite par un état d’appartenance : un aux autres ou autres à un. Or il s’agit des entités d’existences qui interprètent et réalisent alternativement une existence matériel à travers leurs épurateurs respectifs. Elles sont dépourvues d’une constitution rigide et interne puisqu’influencées par les modifications entraînées par leurs voisines sur le corps et la position qu’occupe ce corps dans le monde environnant. Elles sont des événements qui s’exposent à la communication inévitable médiatée par la matérialité de l’existence et elles se considèrent avant tout dans une relation d’amour et par une volonté omniprésente à la compréhension (nous pouvons co-définir l’amour et la volonté de compréhension). Ayça, est la manifestation corporelle qui se présente à vous dans un t1, c’est tout.


Ma vie en France donc passe ainsi, dans des réflexions et des actions similaires… 
One for all, all for one.

vendredi 2 juin 2017

Le Cycle 9- attente

commence
3000 avant 0
les traces de roue

l'arrière grande-fille
de la première qui l'attendait
c'est notre vécu

lointain
la nuit austère
vers la lumière
auprès de l'intime

ma raison,
la plus belle victime